4 500 victimes (OMS). Lettre ouverte aux chefs d’état africains sur le Virus Ebola

 Lettre ouverte aux chefs d’état africains sur le Virus Ebola

Messieurs les chefs d’états africains,

Je viens par cette lettre ouverte solliciter votre attention sur un problème qui mine l’existence de notre peuple. Il est question du virus Ebola que vous savez détruit des milliers de vies en Afrique de l’Ouest depuis plus d’un semestre. Les dernières données de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) indiquent que plus de 4500 personnes ont déjà succombé à ce virus qui se propage à une vitesse vertigineuse et plus de 9000 personnes sont présentement infectées. Le plus effrayant est que l’OMS estime que d’ici la fin de l’année, le virus pourrait infecter en moyenne 10,000 personnes par semaine. Avec une mortalité de près de 70%, ceci sous-entend que d’ici la fin de l’année, si rien n’est fait, près de 7000 africains décèderaient par semaine du virus Ebola.

Jamais dans notre histoire nous n’avons été aussi menacés et affectés par une épidémie comme celle- ci. Certes, le paludisme, le VIH-SIDA et la faim n’ont pas été tendres avec nous mais au moins dans ces cas, la contamination n’est pas aussi rapide que dans celui d’Ebola ; chose qui rend ce virus plus dangereux que toutes les maladies auxquelles nous avons eu à faire face.

Si je vous écris cette lettre messieurs les dirigeants, c’est parce que je suis écœurée, attristée et inquiétée par votre indifférence devant une situation aussi grave. Selon l’ONU, il faut 1 milliard de dollars pour contenir et éradiquer la fièvre d’Ebola dans les pays touchés à savoir en Guinée, au Liberia et en Sierra Léone. À ce jour, nous avons les USA et l’Union Européenne qui disent avoir investi près de $250 millions dans ce combat. La Chine a quant à elle fournit des équipements médicaux d’une valeur de $5 millions. Le Japon a contribué de $22 millions et le Cuba a envoyé plus d’une centaine de professionnels de la santé pour ne citer que ceux-là. La Banque Africaine de Développement compte débloquer ensemble avec la Banque Mondiale $400 millions dans ce même sens.

Mais chers messieurs les dirigeants africains, le seul effort que vous avez officiellement fait de votre part pour contenir l’épidémie d’Ebola est d’isoler vos frères et sœurs de la Guinée, du Nigeria, du Liberia et de la Sierra Léone. Quand ce n’est pas le Kenya qui interdit les vols en provenance du Liberia, c’est le Ghana qui le fait avec le Nigeria ou c’est la Côte d’Ivoire et le Sénégal qui ferment leurs frontières voisines aux pays victimes de la fièvre d’Ebola ou encore le Maroc qui se retire de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) par peur d’Ebola. Certes, ce sont des mesures préventives pour protéger vos peuples et je ne peux qu’encourager des efforts dans ce sens. Toutefois, laissez-moi vous dire que quand la maison de votre voisin brûle, il ne suffit pas de fermer vos portes et fenêtres pour empêcher aux flammes de consumer votre propre maison. Vos actions qui ne sont accompagnées d’aucun soutien à vos voisins se présentent comme suit : « Que ces gens ne viennent pas nous contaminer ici ; laissez les mourir entre eux ».

Je suis très déçue par votre indifférence et énervée qu’à ce jour, la majeure partie des efforts fournis par le monde pour contenir ce virus soit étrangère au continent africain. Je ne refuse pas que nous sommes presque tous démunis mais je sais aussi en tant qu’africaine que la solidarité existe dans notre culture et que dans nos communautés, quand un drame se produit, chacun contribue à sa manière à la résolution du problème : du plus riche au moins nantis, du plus grand au plus petit et du plus diplômé au moins lettré. Mais là, je me rends compte que vous dirigeants africains contemporains n’incarnez point cette culture et êtes tout le contraire de ceux qui ont lutté pour les indépendances de ces pays que vous prétendez diriger aujourd’hui. Au temps de Kwame N’Nkrumah, Sylvanus Olympio, Julius Nyerere, Modibo Keita, Sékou Touré, Habib Bourguiba, Jomo Kenyatta, la Guinée n’eut pas de soucis à se faire quand la France a choisi de la dépouiller après son indépendance car les pays frères l’ont soutenu avec des ressources humaines, financières et matérielles. Mandela a su compter sur nombreux de ces dirigeants pour combattre l’Apartheid en Afrique du Sud. Le Zimbabwe a aussi bénéficié du soutien des voisins et amis pour chasser les « Rhodésiens » et se libérer du joug de la Grande Bretagne ; les exemples sont légions.

Vous, la nouvelle génération de dirigeants africains êtes un véritable déshonneur pour vos prédécesseurs. Tellement vous êtes nonchalants, laxistes et passifs devant la souffrance de votre peuple et la douleur de vos voisins que je me demande si vous êtes vraiment des africains. Vous faites partie des dirigeants les plus riches de la planète quand nous, vos peuples, sommes les populations les plus misérables au monde. Jamais il ne vous vient à l’esprit de penser à nous autonomiser et à œuvrer pour notre émancipation. Tout ce qui vous importe est comment piller nos ressources ensemble avec vos maîtres de la métropole et quémander de l’aide pour un soit disant développement qu’on ne voit jamais. Aucun d’entre vous n’est capable de débloquer un petit million de dollar pour soutenir la Guinée, le Liberia et la Sierra Léone mais je suis persuadée que si Barack Obama vous invite à Washington pour un Sommet US-Afrique sur Ebola, vous trouverez les fonds pour y aller ensemble avec une centaine de valets aux frais des contribuables pour vous amuser dans les hôtels les plus chers des USA . Vous êtes les seuls dirigeants au monde capables de dépenser $1000 pour aller quémander $10 aux institutions internationales car vous êtes semble-t-il vaccinés contre le bon sens, la dignité et la honte.

Messieurs les dirigeants africains, je refuse de dire que j’ai honte d’être africaine parce que mon continent est infesté par des leaders irresponsables de votre espèce. Je refuse de perdre espoir et de penser que vous demeurerez éternellement au pouvoir ou ne changerez pas. Je refuse de vous laisser mettre en péril la vie de votre peuple en ignorant votre indifférence face au virus Ebola. Je sais que bon nombre d’entre vous êtes sans cœur mais vous avez une cervelle qui fonctionne parfaitement bien car ne peut être sottes, des personnes qui détournent impunément des milliards de fonds publics. Alors j’implore votre cervelle d’arrêter pendant quelques jours de penser à comment voler l’argent du peuple ou comment truquer les prochaines élections et de réfléchir sur quoi faire pour éradiquer le virus Ebola.

Sachez pour votre gouverne que personne n’est immunisé contre ce virus et que vos proches et vous pouvez aussi le contracter. Je ne souhaite pas voir l’Afrique transformée en cette Europe du Moyen Age dont la moitié de la population fut décimée par la peste bubonique. Comme des rois d’Europe à l’époque, vous aussi risquez de périr si ce virus n’est pas éradiqué. Et ne pensez surtout pas que de la manière dont vous allez en Europe, en Amérique ou en Asie pour vous soigner quand vous souffrez d’une carie dentaire, des maux de cheveux ou du cancer des ongles, que vos hôtes vous recevrons quand il s’agira d’Ebola. C’est en Afrique que vous mourrez et personne ne vous offrira un cercueil en or serti de diamant dont vous, amoureux de l’extravagance rêvez. C’est au four crématoire que vous finirez et personne ne vous pleurera parce qu’Ebola a aboli les funérailles pompeux.

Sur une note moins sarcastique, je vous invite à faire preuve de solidarité et de bon sens pour une fois. Assistez la Guinée, le Liberia et la Sierra Léone qui sont des pays frères. Ne le faites pas pour nous, peuples africains parce que nous savons que nos intérêts sont les derniers de vos soucis. Faites-le pour vous-même afin d’avoir la chance de vivre longtemps pour continuer à piller éternellement nos ressources comme vous savez si bien le faire parce qu’en Afrique, aussi pénible qu’elle soit la vie, personne ne souhaite mourir.

Bien à vous,

Farida Bemba Nabourema
Citoyenne Togolaise Désabusée

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