Madagascar-OMS. Novembre 2014, une épidémie de peste. Reportage.

L’OMS se mobilise pour endiguer une épidémie de peste à Madagascar.

La bactérie de la peste se développe chez les rats.
La bactérie de la peste se développe chez les rats. | PAULA O SULLIVAN/SOUTH GEORGIA HERITAGE TRUST

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé vendredi 21 novembre l’apparition de cas de peste à Madagascar, le premier mortel ayant été enregistré dans un village le 31 août. Dans un communiqué, elle indique avoir été notifiée le 4 novembre par les autorités sanitaires malgaches du développement de cette maladie.

Au 16 novembre, 119 cas et 40 décès avaient été recensés précise l’OMS, dont deux cas dans la capitale Antananarivo avec un décès. Dans cette ville, « il y a maintenant un risque d’un rapide développement de la maladie due à la haute densité de population (…) et aux faiblesses du système de santé », met en garde l’OMS.

RÉSISTANCE DES MOUCHES À L’INSECTICIDE

Une force spéciale nationale, rassemblant divers acteurs de santé, a été constituée pour combattre la maladie avec l’aide de l’OMS et le soutien financier de la Banque africaine de développement.

L’organisation souligne que la situation est compliquée par la résistance des mouches à l’insecticide deltamethrin, utilisé pour les contrôler. La bactérie de la peste, qui se développe chez les rats, est véhiculée par les mouches. Chez l’homme, elle se développe sous forme bubonique, et si la bactérie atteint les poumons, elle provoque une pneumonie et devient alors transmissible à travers la toux.

Découverte à temps, la forme bubonique se soigne avec des antibiotiques, mais la forme pneumonique, une des maladies infectieuses les plus meurtrières, peut être fatale en seulement 24 heures. Le taux de mortalité dépend de la mise en route rapide du traitement, mais il peut être très élevé, précise l’OMS. Le Monde.fr avec AFP |22.11.2014. (Le Monde).

 

Madagascar: un décès dû à la peste bubonique à Antananarivo. 20/11/2014.

A Madagascar, un cas de peste a été enregistré dans un quartier de la capitale, Antananarivo. Une jeune femme est morte la semaine dernière et sa famille a d’abord refusé de rendre le corps aux services sanitaires. Les forces de l’ordre ont failli intervenir, car pour éviter la contagion, les morts de la peste doivent rapidement être enlevés et enterrés à part.

C’est la première fois qu’un tel cas est enregistré dans le quartier pauvre d’Ankasina. La jeune femme de 21 ans est morte de la peste bubonique. Sa famille tenait à accomplir les rites funéraires malgré les risques de contagion : « On est attristé par notre perte et les services sanitaires sont venus en force », explique la sœur de la victime.

Finalement, les médecins ont réussi à trouver le ton juste pour convaincre la famille. « Le problème s’est résolu en leur disant qu’ils devaient nous parler correctement, car s’ils nous parlaient avec violence, on ne leur donnerait jamais le corps », ajoute cette proche.

Ce malentendu a fait des vagues : la famille a été rejetée par ses voisins et trois de ses membres ont perdu leur emploi par crainte de la contagion. Alors pour éviter la panique, le docteur Lalahrison Randriambinintsoa, qui pratique au dispensaire du quartier, doit faire de la sensibilisation : « Il faut parler aux gens d’hygiène et surtout leur dire de venir au dispensaire en cas de problèmes de santé. La peste, diagnostiquée très tôt, n’est pas grave, mais trop tard cela devient mortel. »

Toute la semaine, une campagne de dératisation et de désinfection a lieu dans le quartier. Bilal Tarabey / RFI

 

Madagascar: la peste est de retour, l’OMS se mobilise.

On la croyait disparue, mais elle fait encore des victimes. 40 morts à Madagascar depuis le début de l’épidémie. La situation est compliquée par la résistance à l’insecticide des mouches qui véhiculent la bactérie.

Madagascar: la peste est de retour, l'OMS se mobilise

Le manque d’hygiène et la promiscuité dans la capitale Antananarivo font craindre un développement rapide de la maladie.

REUTERS/Thomas Mukoya

L’OMS a annoncé l’apparition de cas de peste à Madagascar, et mis en garde contre le danger qu’elle se développe rapidement dans la capitale Antananarivo. L’Organisation Mondiale de la santé indique avoir été informée le 4 novembre par les autorités sanitaires malgaches du développement de cette maladie, et dont le premier cas mortel a été enregistré dans un village le 31 août. Au 16 novembre, il y avait un total de 119 cas et 40 décès, précise l’OMS, dont 2 cas dans la capitale avec un décès.

 

A Antananarivo « il y a maintenant un risque d’un rapide développement de la maladie due à la haute densité de population dans la ville et aux faiblesses du système de santé », met en garde l’OMS. Elle souligne que la situation est compliquée par la résistance des mouches à l‘insecticide deltamethrin utilisé pour les contrôler. Une force spéciale nationale, rassemblant divers acteurs de santé, a été constituée pour combattre la maladie avec l’aide de l’OMS et le soutien financier de la Banque Africaine de Développement.

La bactérie véhiculée par les mouches et les rats

La bactérie de la peste qui se développe chez les rats est véhiculée par les mouches. Chez l’homme elle se développe sous forme bubonique, et si la bactérie atteint les poumons elle provoque une pneumonie et devient alors transmissible de personne à personne à travers la toux.

Voir le reportage de Vice News sur le retour de la peste à Madagascar:

Découverte à temps, la forme bubonique se soigne avec des antibiotiques. Mais la forme pneumonique, une des maladies infectieuses les plus meurtrières, peut être fatale en seulement 24 heures. Le taux de mortalité dépend de la mise en route rapide du traitement mais il peut être très élevé.

Sur la base des informations disponibles l’OMS « ne recommande aucune restriction aux voyages et au commerce », et demande la mise en place d’indicateurs de risques pour les zones urbaines comme Antananarivo.

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/madagascar-la-peste-est-de-retour-l-oms-se-mobilise_1624900.html#qx6WZkH4OMLJCewy.99

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La peste à Mada : Rajaonarimampianina doit être mis en quarantaine!

Envoyé par: jango (Adresse IP journalisée)
Date: sam. 22 novembre 2014 20:19:51

Voilà une maladie qui est en passe de prendre une tournure inquiétante mais que ces individus au pouvoir ne semblent pas prendre au sérieux.

Evidemment, ils ne font pas partis des catégories à risque vu qu’ils passent la majorité de leur temps dans des véhicules climatisés et l’air réoxygéné des lobbys d’hotel, à l’abri des puces qui cohabitent en permanence avec une grande majorité de malgaches.

Sérieusement, le retour en force de cette maladie est une preuve de plus d’une longue liste de la déconfiture de ce régime qui se vautre dans l’auto satisfaction et la suffisance, en mettant la population dans des conditions de vie dignes du moyen âge.

Ces conditions de vie résultent de l’inexistence d’un plan ni même d’un début de programme de sortie de crise (politique, économique, social) visant à un mieux être des malgaches. Depuis presqu’un an au pouvoir, le résultat est quasi nul, au lieu de stopper le déclin de la transition, il a accentué les défaillances et aggravé la pauvreté.

La bonne gouvernance, l’état de droit, la lutte contre les trafics, sont restés des slogans vides qu’aujourd’hui il n’est plus possible de colmater les brêches par des promesses sans lendemain comme l’engagement de résoudre la crise de la Jirama en 3 mois ou de faire de la compagnie Air Madagascar, une entreprise phare de l’océan indien.

On peut comprendre son envie insatiable de partir à l’étranger pour oublier ses soucis locaux mais cette maladie va le ratrapper car elle est aussi honteuse que l’ebola. Des dirigeants dignes de ce nom auraient déjà pris l’initiative de faire un appel national et cesser le cynisme politique en expédiant le problème de la réconciliation dans un mélange indigeste de la décentralisation.

La non maitrise de la peste fait partie des créations dont le hvm est seul spécialiste.

On ignore jusqu’où les malgaches vont accepter de se faire maltraiter comme un peuple sans dignité et sans honneur, dépossédé de leurs droits les plus élémentaires.

Aujourd’hui, en n’ayant aucune stratégie de lutte contre cette maladie, le pouvoir s’attaque directement à leur droit à la vie! (Forum Mouvance Ravalomanana)

 

 Touristes, faites attention à vous.

Peste : Le tourisme risque d’en être victime

Le secteur touristique risque d’être la prochaine victime économique de la propagation de la peste à Madagascar. Apparemment, certains représentants du corps diplomatiques et des bailleurs de fonds ne croient pas trop au propos du Premier ministre et ministre de la santé Kolo Roger, qui vient de déclarer que tout est sous contrôle à propos de la peste à Madagascar. Moins de 24 heures après la rencontre avec le Premier ministre pour les rassurer, la Fédération de la Russie sort un communiqué officiel pour déconseiller à ses ressortissants de visiter la Grande Ile, à cause justement de l’épidémie de la peste qui est en train de se propager et qui est hors de contrôle selon la Russie.

On dirait qu’elle parle de l’Ebola car tous les grands pays font de même avec l’épidémie de l’Ebola qui sévit dans la partie ouest de l’Afrique. Les médias étrangers, comme France 24 a déjà passé l’information en boucle ce qui n’est pas du tout du goût du ministre de la santé.

Pour le moment, les impacts ne se font pas encore sentir au niveau des réservations pour les opérateurs touristiques. Néanmoins, ils rassurent les clients sur les mesures prises pour contrer la maladie qui est guérissable et qui est circonscrite dans certaines zones.

Car, apparemment, la peste, une maladie du moyen âge fait autant peur à certains qu’Ebola aujourd’hui. Ceci en raison de la mauvaise communication et de non prise de responsabilité à temps. Mieux vaut tard que jamais, le ministère de la santé en collaboration avec la circonscription scolaire d’Analamanga est en train de mener une campagne de sensibilisation auprès des jeunes élèves de toutes les écoles primaires publiques de la région pour les inciter à préserver l’hygiène, la propreté pour lutter contre la peste. Cette campagne est à mener dans toute l’île selon le ministère de la santé qui réitère que le traitement de la peste est gratuit et qu’il faut se dépêcher de consulter les médecins dès les premiers symptômes suspects. En tout cas, les responsables des établissements scolaires, EPP et CEG 67ha Nord ouest, ont nié avoir fait de la discrimination à l’encontre des élèves résidant d’Ankasina. (L. Ravalomanana)

Peste. Depuis le 23 Novembre 2014.

La Destination Madagascar déconseillée aux touristes, par la Russie  (TNN)

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Exportation de litchis (Occident).

mercredi 26 novembre 2014, par Léa Ratsiazo

Après le tapage médiatique national relayé par les médias internationaux sur la peste, le ministre de la Santé, le docteur Kolo Roger entouré de son équipe sort enfin de son silence pour expliquer aux représentants des partenaires techniques et financiers la situation ce 25 novembre. Car le ministre de la santé estime que le tam-tam des médias autour de la peste risque fort de nuire à l’économie de Madagascar et notamment à l’export. « Certains supermarchés à l’étranger hésitent à vendre des litchis en provenance de la Grande Ile car ils craignent que ces fruits transmettent la peste. Ce qui n’est pas vrai du tout », explique le ministre de la Santé. Il fait appel ainsi au sens de responsabilité des gens de média pour préserver l’économie nationale. « Je ne vous demande pas de parler de moi d’une façon positive mais de bien faire attention pour que les informations n’aient pas de répercussion négative sur l’économie nationale », selon Kolo Roger. Cette mise au point auprès des partenaires techniques et financiers était nécessaire pour qu’ils relayent les « vraies informations », toujours dans le but de ne pas léser l’économie nationale.

Est-ce que cela veut dire que si cela n’avait pas eu des répercussions sur l’économie, sur l’export en particulier, il n’aurait rien dit, rien communiqué à la population malgache, première concernée quand même ? Les décès causés par la peste auraient pu s’allonger à l’infini, le ministère de la Santé n’aurait rien communiqué, si l’export n’avait pas souffert ? D’ailleurs, la semaine dernière lors de son passage à l’Assemblée nationale, le Premier ministre ne voulait répondre à aucune question des journalistes sur la peste. C’est seulement quand l’OMS Madagascar a informé la presse que le ministère de la santé s’est empressé de communiquer.

Pour nous rassurer, le Premier ministre précise que la situation de la peste actuelle ne diffère pas beaucoup de la situation habituelle en terme de cas positifs et de morts. Est-ce que cela devrait nous tranquilliser ? Non, car justement non seulement la peste aurait dû être éradiquée, au moins diminuée. Faut-il encore rappeler que Madagascar et la RDC (République démocratique de Congo) sont les deux seuls pays au monde où la peste sévit encore d’une façon endémique. Un mort de la peste est un mort de trop.

Une enveloppe de 2,5 milliards d’ariary est allouée à la lutte contre la peste et la sensibilisation de la population constitue la priorité. Les hommes et femmes du régime ainsi que le parti du pouvoir squattent radio et télévision nationale toute l’année pour nous servir des informations insipides sur leurs zavabita mais n’avaient jamais jugé utile d’utiliser l’audiovisuel nationale pour sensibiliser la population sur l’essentiel.

Le ministère de la Santé sait très bien que la saison pesteuse comme il l’appelle commence au mois de septembre-octobre jusqu’au mois de mars-avril. Et pourquoi, rien n’a été fait pour rappeler, pour sensibiliser, pour informer la population sur la peste au moins depuis le mois de septembre ? Le ministère de la Santé rectifie le chiffre avancé par l’OMS, ce n’est pas 40 morts mais 47, pas 119 cas avérés mais 139, s’il veut des félicitations il n’a qu’à lever la main !

Défaillance de la communication
mercredi 26 novembre 2014, par Léa Ratsiazo

 

 

 Madagascar : Le Retour de la peste noire.

 La peste noire est de retour à Madagascar.

 

 

Par Benjamin Shapiro

vice.com
Le village de Beranimbo, le point de départ de l’épidémie de peste noire

Alors que l’hélicoptère qui me transportait était sur le point de se poser, j’ai contemplé Beranimbo, un village d’à peu près 80 huttes rassemblées au beau milieu des montagnes du nord de Madagascar. Mon pilote, un expatrié allemand prénommé Gerd, avait déjà tenté de se poser quelques minutes auparavant. Mais sa tentative s’était avérée vaine, car les pales de rotor avaient soulevé tellement de poussière que notre atterrissage était devenu impossible.

Quelques heures auparavant, lors de notre départ vers Beranimbo – situé à trois heures de la capitale Antananarivo – Gerd semblait impatient. Cette mission était inédite pour lui, plutôt habitué à véhiculer des équipes de tournage de documentaires centrés autour de la vie passionnante des lémuriens de l’île. « Vous voulez que je fasse un passage ? » m’a-t-il demandé, sans que je comprenne vraiment ce qu’il voulait dire. Sans attendre ma réponse, il s’est mis à survoler les montagnes à très basse altitude. J’essayais de réprimer mes nausées en admirant la variété de la végétation, tout en remarquant de larges parcelles déforestées, l’une des plaies de cette région.

Pourquoi étions-nous là, à survoler des territoires quasiment inhabités ? À l’automne 2013, Beranimbo avait été le centre d’une épidémie de peste noire ayant entraîné la mort de 90 personnes à travers le pays. On associe généralement cette maladie avec le Moyen-Âge, une époque durant laquelle la peste noire, propagée par les rats et les puces, avait décimé la population mondiale en provoquant le décès de 75 à 200 millions de personnes. Malgré cela, près de 2 000 cas sont recensés chaque année par les autorités sanitaires mondiales, principalement dans les pays du tiers-monde.

Depuis les années 1930, le recours massif aux antibiotiques a permis de faire disparaître cette menace dans les pays développés. Mais, depuis des années, les épidémiologistes soulignent la vulnérabilité de Madagascar face à une bactérie susceptible de se propager très rapidement. J’ai voulu savoir comment une maladie que les gens qualifient de « médiévale » pouvait encore constituer une menace de nos jours. C’est pour cette raison que j’ai pris la direction de Beranimbo.

Alors que nous approchions de notre destination, Gerd paraissait de plus en plus nerveux. « C’est peut-être trop dangereux », a-t-il bredouillé alors qu’il tentait d’atterrir. Mais notre pilote ne se préoccupait pas tant de sa propre santé que de celle des 200 personnes rassemblées autour de l’appareil alors que le rotor continuait de tournoyer dangereusement. Les hélicoptères sont rares à Beranimbo et attirent inévitablement l’attention. La plupart appartiennent à la Croix-Rouge et transportent des humanitaires.

J’ai été rapidement introduit auprès du doyen du village, un vieil homme mince portant une veste claire et un chapeau de safari. Pour célébrer notre arrivée, il avait décidé d’abattre un zébu afin de préparer un repas de fête. « Le sacrifice du zébu scelle notre amitié, m’a-t-il dit. Cela marque notre reconnaissance. » L’animal a été décapité sous mes yeux. Par la suite, on m’a présenté Rasoa Marozafy, un homme âgé de 59 ans, père de sept enfants et vivant à Beranimbo depuis sa naissance. Rasoa avait contracté la peste noire quelques mois auparavant mais avait survécu.

À l’image des autres habitants du village, Rasoa était maigre, sans aucun doute à cause d’une malnutrition chronique. Il m’a observé avec attention avant de me serrer la main selon la coutume malgache, c’est à dire en saisissant le poignet. Puis il s’est mis à me raconter le récit de sa rencontre infortunée avec cette terrible maladie.

Le village de Beranimbo, le point de départ de l’épidémie de peste noire qui a touché le nord du pays en septembre 2013.

Alors que la saison chaude et humide commençait, le village de Beranimbo a été touché par une épidémie mystérieuse au cours du mois de septembre 2013. La première victime à déplorer était un cousin de Rasoa, un fermier décédé quelques heures après être tombé malade. Les habitants avaient respecté la tradition qui consistait à ne pas enterrer le corps le temps que certains arrangements soient effectués, et ils l’avaient disposé au centre du village.

Quelques jours plus tard, Rasoa était pris d’une terrible fièvre et de maux de ventre douloureux. Le lendemain, il toussait et crachait un sang noirâtre. De petites lésions sont apparues sur ses aisselles – et le surlendemain, sa femme Veloraza développait les mêmes symptômes.

Le village céda à la panique en apprenant que le guérisseur était lui-même malade. Des habitants de Beranimbo prirent la direction de villages voisins sans savoir qu’ils répandaient la maladie à travers toute la région. Au début du mois d’octobre, des centaines de personnes avaient été contaminées. Par peur de transmettre la maladie à d’autres gens, Rasoa et Veloraza choisirent de s’isoler dans la jungle afin d’y mourir ensemble.

La maladie s’est donc répandue pendant plusieurs semaines avant que des villageois très affaiblis n’atteignent la ville de Mandritsara. Des tests préliminaires menés par des médecins locaux semblaient indiquer que ces décès étaient liés à des troubles caractéristiques de ces communautés isolées : la malnutrition, l’absence d’hygiène, etc. Sauf que tout a changé lorsqu’un malade fut déclaré positif à Yersinia pestis, la bactérie à l’origine de la peste noire.

Des coordinateurs régionaux de la Croix-Rouge ont été alertés le 5 octobre 2013, ce qui a conduit à l’envoi de travailleurs humanitaires sur place. Rasoa et Veloraza, toujours isolés au milieu de la forêt, n’en savaient rien et des villageois ont été envoyés à leur recherche. Après une journée d’efforts, le couple a été localisé et transporté au village afin de se voir administrer de la tétracycline et de la streptomycine, deux antibiotiques très puissants. Ils étaient sur le point de mourir, mais en seulement quelques jours, tous leurs symptômes avaient disparu.

« Nous ne nous séparerons jamais », m’a dit Valoraza, assise aux côtés de son mari, les yeux embués de larmes. Avant d’être traitée, elle n’avait jamais entendu parler de cette maladie. Je lui ai demandé quelles avaient été les conséquences de la maladie sur son village. « Les conséquences ? » répéta-t-elle avec colère. « Des gens sont morts. Voilà quelles sont les conséquences. On pensait qu’on allait tous mourir. »

Les villageois préparent un zébu pour le repas

Je suis né l’année du rat. Quand j’étais enfant, c’était une grande fierté pour moi que d’appartenir au premier signe du zodiaque chinois. Je ne me considérais pas comme de la vermine insidieuse, mais plutôt comme un être instinctif et travailleur. Malgré cela, les gens voient généralement le rat comme un animal sale, tout en bas du royaume animal, aux côtés des êtres néfastes et inutiles. Si je suis persuadé que le rat ne mérite pas d’être comparé au cafard ou à la tique, j’admets que mêmes les pigeons ou les corbeaux sont regardés avec moins de mépris.

Les rats ont toujours été craints pour leur propension à transmettre toutes sortes de maladies, comme la cryptosporidiose, des fièvres hémorragiques – et bien entendu la peste, la plus terrible des grandes pandémies de l’Histoire. On a évoqué cette maladie sous le nom de Mort Noire, Peste Noire ou encore Grande Peste, mais les gens connaissent généralement l’expression de peste bubonique, que l’on associe à des types qui se baladent en se flagellant, au Triomphe de la Mort de Brueghel ou encore aux Monty Python.

Bien sûr, la peste est bien éloignée de tous ces clichés pour ceux qui veulent bien s’y intéresser deux minutes. Comme de nombreux lycéens fans de fantasy, je me suis passionné pour le Moyen-Âge et pour une maladie qui a provoqué la plus grande catastrophe de l’histoire de l’humanité. Depuis sa première évocation en -1320 avant Jésus-Chris par les Philistins, on estime à 300 millions le nombre de victimes, et aucun vaccin n’a encore été trouvé. La bactérie Yersinia pestis s’avère impossible à éradiquer et elle sera sans doute encore présente sur Terre bien après la disparition programmée de l’espèce humaine.

« C’est une maladie adaptée à une époque et à un environnement particulier », m’a dit Tim Brooks, un épidémiologiste britannique que j’ai contacté juste avant mon départ. « En réalité, son heure n’est pas encore venue. » Si l’heure n’est pas encore au triomphe de la peste, cela ne veut pas dire que cette maladie attend sagement son tour pour rayer l’Homme de la surface du globe. On dénombre trois grandes pandémies de peste dans l’Histoire. La première s’est déroulée durant le sixième siècle de notre ère, la seconde correspond à la Peste Noire de 1347, et la dernière a débuté au 19ème siècle – certains épidémiologistes un poil pessimistes affirment qu’elle n’est toujours pas achevée. Elle touche d’ailleurs une poignée d’Américains chaque année, dans la partie ouest du pays. Le mois dernier, le département de la Santé du Colorado a annoncé que trois individus avaient contracté la peste pneumonique, sans doute propagée par une puce qui avait piqué le chien du premier malade.

Depuis le début du XXIème siècle, il faut tout de même admettre que le nombre de cas est très faible. Des antibiotiques bon marché comme la doxycycline permettent une guérison dans quasiment 100% des cas. Mon docteur m’avait expliqué comment me comporter en cas d’infection tout en me rassurant : ma mort était très peu probable.

Malgré tout, « très peu probable » est une expression qui ne m’a pas totalement rassuré. Je m’imaginais tomber malade dans un coin reculé de Madagascar et être dans l’impossibilité d’aller chercher des secours. Je sais que les maladies se foutent du respect de la dignité humaine mais à mes yeux, la peste a tendance à rendre les derniers jours des malades particulièrement horribles. Voilà comment elle procède : une période d’incubation de deux à six jours précède l’apparition de symptômes violents, comparables à ceux de la grippe. Des lésions cutanées apparaissent, puis vos extrémités noircissent, vous toussez et vomissez du sang – puis vous mourrez.

La peste bubonique est la forme la plus commune de cette maladie, et tire son nom des bubons. La peste pneumonique, quant à elle, correspond à l’entrée de la bactérie dans les poumons et est très facilement transmissible, à l’image de la grippe. La peste septicémique existe, mais elle est plus rare et intervient lorsque le sang est directement infecté.

Une fois arrivé à Madagascar, j’ai réalisé que la plupart des habitants savaient ce qu’était la peste. Ils étaient au fait de sa capacité à instaurer le chaos. Ils savaient également qu’elle proliférait grâce à la saleté, aux rats, à la malnutrition, et qu’elle pouvait se répandre très rapidement sur l’île avant d’atteindre la côte orientale de l’Afrique.

Comme l’Histoire nous l’a appris, lorsque vous classez une maladie comme étant une « pandémie », il est déjà trop tard. C’est pour cela que je me suis rendu sur place, afin de me rendre compte de la situation par moi-même.

Rasoa Mazorafy et sa femme Veloraza, tous deux d’anciens malades de la peste.

En arrivant à l’aéroport international d’Antananarivo, j’ai tout de suite remarqué l’odeur très particulière qui régnait sur place. En fait, ce n’était pas vraiment une odeur, plutôt une âpreté qui m’a poursuivi pendant tout mon séjour. S’il m’est arrivé d’être écoeuré par les effluves d’ordures et de sueur humaine, le pays semblait surtout être empli d’émanations que l’on peut sentir lorsque l’on passe un peu de temps dans une poterie.

« Madagascar ressemble à l’empreinte d’un immense pied gauche avec un gros orteil gigantesque qui pointe vers le nord », m’a expliqué Sir Mervyn Brown, l’ancien ambassadeur britannique à Antananarivo. Le pays a une superficie totale de près de 600 000 kilomètres carrés et son climat est chaud, avec des hivers très doux.

Il y a à peu près 88 millions d’années, l’île s’est séparée du supercontinent du Gondwana, et elle se situe aujourd’hui à 400 kilomètres des côtes du Mozambique. C’est l’un des seuls endroits sur Terre qui a préservé son écosystème. Plus de 75% des espèces de la faune et de la flore locale sont endémiques, même si on déplore la disparition de nombreuses espèces à cause des techniques agricoles utilisées par les premiers colons et encore pratiquées aujourd’hui.

La peste est presque impossible à éradiquer à Madagascar, à cause d’une interaction complexe de facteurs socioculturels et naturels. Selon un rapport de 2013 publié par un centre d’études américain, le pourcentage élevé d’animaux porteurs de la maladie pose les bases d’une future contamination, et les conditions socioéconomiques sur l’île favorisent la transmission entre les individus.

Des cas de peste surgissent souvent au sein de villages situés à une altitude supérieure à 800 mètres et s’expliquent par les pratiques des fermiers. L’organisation agricole de ces territoires augmente les risques : les maisons en haut de collines, les haies autour des stocks de nourriture et les champs de riz situés en contrebas des villages constituent des milieux favorisant la prolifération de Yersinia pestis. De plus, les pénuries alimentaires épisodiques font chuter la population de rats et incitent les puces à trouver de nouveaux hôtes : les êtres humains.

Dans le nord de l’île, la peste frappe d’octobre à avril, quand les températures ne descendent presque jamais en-dessous de 20 degrés. L’humidité favorise l’augmentation de la population de Xenopsylla cheopis, aussi connu sous le nom de puce orientale du rat, qui est le premier vecteur de transmission de la maladie.

Si ces petites bêtes sont souvent vues comme les responsables des épidémies de peste, les êtres humains ne sont pas innocents pour autant. Dans les villages, les récoltes sont souvent stockées dans les maisons pour empêcher les vols, ce qui attire les rats et les puces. La déforestation force les rats à se réfugier dans les villages. De plus, la paupérisation de ces communautés entraîne une émigration importante, ce qui est un facteur important de la propagation d’une maladie.

Les cérémonies funéraires malgaches favorisent aussi les épidémies, car les défunts sont exhumés de temps à autre afin de pratiquer des cérémonies traditionnelles. Des pics de contamination sont souvent décelés après de telles cérémonies, ce qui a incité le ministère de la Santé à demander à la population d’attendre au moins sept ans avant d’exhumer les victimes de la peste.

Malgré cela, le gouvernement a arrêté de collecter des données en 2006 à cause de graves problèmes financiers. Aujourd’hui, il n’y a plus qu’une seule source fiable de collecte de données au sujet de la peste : l’institut Pasteur d’Antananarivo.

Mis en place par l’administration coloniale française au début du XXème siècle, cet institut est un acteur crucial dans la lutte contre la propagation de cette maladie. Son statut privé lui a permis de ne pas subir le contrecoup de la décrépitude économique d’un pays désormais exsangue. Une visite là-bas était indispensable pour que je puisse mesurer le danger d’une possible épidémie.

Abdavamamba, un bidonville d’Antananarivo dont le nom signifie « la bouche du crocodile »

« Il y a une puce ! » s’est exclamé un jeune laborantin de l’institut alors qu’il pratiquait l’autopsie d’un rat sur une table en plein air. Il venait tout juste de briser la nuque de l’animal avec une pince, puis il l’avait ouvert avec un scalpel et des ciseaux et s’était servi d’une pince à épiler pour extraire le foie de la carcasse.

Une petite brosse de poche lui avait permis de faire tomber une puce à l’intérieur d’une petite boîte. Certains scientifiques avaient inconsciemment reculé, comme si cette toute petite créature pouvait provoquer un chaos imminent. J’ai demandé à Michel si cette puce était susceptible de porter la maladie. « Oui, m’a-t-il répondu, car elle se nourrit du sang de rat, qui peut contenir la bactérie. »

L’Unité Peste de l’institut Pasteur est composée de têtes brulées qui travaillent avec un sérieux à toute épreuve. En tant qu’unique unité scientifique du pays s’occupant de Yersinia pestis, ils ont sans doute l’un des pires jobs du monde. Tous les jours, ils se rendent dans des zones à risques pour prélever des rats, puis ils les autopsient pour déterminer si la peste est présente dans tel ou tel endroit.

Tous les gens que j’ai rencontrés à Madagascar ont exprimé leur inquiétude au sujet d’une possible épidémie massive. Il m’a paru évident que si la peste devait atteindre Antananarivo, les conséquences seraient terribles. La surpopulation et la promiscuité qui règnent dans la ville permettraient à la bactérie de se répandre bien plus rapidement que dans les campagnes. Le directeur de l’Unité Peste, le docteur Christophe Rogier, m’a déclaré à ce sujet : « Il est urgent que cette maladie tant négligée soit enfin prise au sérieux. Vu que la contamination a pour le moment lieu dans des zones éloignées, personne ne s’en préoccupe. Mais avec les déplacements de population, ce qui était auparavant un problème local peut devenir un problème national. »

Les bidonvilles de la capitale partagent de nombreux points communs avec les cités médiévales densément peuplées qui ont été rayées de la carte au cours du XIVème siècle. Parmi les deux millions d’habitants d’Antananarivo, des dizaines de milliers de personnes vivent dans des taudis sans eau courante. « Si la peste atteint les bidonvilles, m’a déclaré Rogier, il pourrait y avoir des milliers de victimes. » Un tel évènement pourrait faire basculer dans le chaos un pays déjà très instable.

Michel Ranjalahy de l’Unité Peste, tient un rat potentiellement porteur de la peste. 

Les hommes et les femmes d’Antananarivo se baladent pieds nus depuis des siècles. Le problème, c’est que les rues ressemblent à des immenses traînées de boue délimitées de part et d’autre par des égouts à ciel ouvert dans lesquels s’entassent ordures et détritus. Tous les canaux de la ville sont encombrés par des déchets, ce qui ne décourage pas les enfants de jouer et de nager à travers les sacs plastiques à la recherche d’un objet pouvant avoir un peu de valeur.

Le lendemain de mon retour de Beranimbo, j’ai pu me balader dans l’un des pires bidonvilles de la capitale aux côtés d’Andriambeloson Solofo Pierre – dit Billo – un agent de sécurité de 28 ans, père de trois enfants. Je l’ai rejoint dans un café décrépit du quartier d’Andavamamba. Billo gagne entre 3 et 5 dollars par jour. Comme de nombreuses autres familles du pays, la sienne ne possède aucune couverture santé. « J’ai peur pour ma famille », m’a-t-il avoué en regardant le soleil se coucher au-dessus d’un canal rempli d’ordures.  « Personne ne fait attention à nous. Les routes sont dans un état déplorable et tous les projets de réaménagement et d’irrigation ont été abandonnés après le coup d’État. »

Le coup d’État auquel fait référence Billo a eu lieu en 2009 et a été un désastre pour le pays, à l’image des autres moments clés de l’histoire malgache. Lorsque la France a colonisé Madagascar en 1885, elle a massacré plus de 100 000 Malgaches. Après l’indépendance de 1960, le pays a basculé rapidement dans l’anarchie puis dans une utopie marxiste inepte.

Tout cela a changé avec l’arrivée au pouvoir de Marc Ravalomanana en 2001, qui a amené un semblant de stabilité dans le pays. L’économie était florissante, soutenue par les ressources en minerais, dont du nickel et du fer, et par les cessions de terrains au profit de géants industriels comme Daewoo.

Mais en 2009, un coup d’État – que beaucoup jugent appuyé par le gouvernement français – a renversé Ravalomanana pour installer au pouvoir Andry Rajoelina, le maire de la capitale.

En réponse à ce coup d’État, de nombreux pays ont supprimé leur aide au développement, qui représentait près de 70% du budget de Madagascar. Un mois plus tard, l’économie nationale était en lambeaux. La pays a été banni de l’Union Africaine et selon un rapport de l’OCDE, c’est le pays du tiers-monde qui reçoit le moins d’aide financière.

Le gouvernement de transition mené par Rajoelina a pris la décision de suspendre toutes les rénovations dans le secteur de l’irrigation, des transports, de la santé et des communications. Ces mesures ont fait disparaître la classe moyenne malgache, qui est retombée dans une pauvreté qu’elle venait tout juste de quitter. Les Malgaches n’ont pas fini de payer le prix de ce coup d’État.

Le rapport entre la peste et la situation politique m’a sauté aux yeux après ma rencontre avec le docteur Jean-Louis Robinson, l’ancien ministre de la Santé, délogé par le coup d’état. Selon lui, l’arrivée au pouvoir de Rajoelina a entraîné la fermeture de 400 dispensaires de santé à travers le pays.

Le 20 décembre 2013, à la suite de nombreuses déroutes électorales, Rajoelina a été contraint d’abandonner le pouvoir au profit de Hery Rajaonarimampianina, l’ancien ministre des finances. Le département d’État américain a immédiatement autorisé les transferts financiers à destination du pays, ce qui aura sans doute le mérite d’améliorer un peu la situation du pays. Malgré tout, il ne faut pas s’attendre à des miracles selon un rapport d’un think tank américain : ces élections démocratiques « ne sauraient résoudre à elles seules le problème de la profonde faiblesse des institutions du pays et en particulier l’incapacité des autorités à gouverner et à réformer des secteurs essentiels, » dont celui de la Santé.

Pour sa part, Billo ne peut qu’attendre avec appréhension la prochaine saison de la peste, qui débute en octobre. Tandis que l’on se faufilait parmi la foule très dense d’Andavamamba, il se demandait à haute voix combien de personnes périraient au cas où l’épidémie toucherait la capitale.

Deux filles de Beranimbo, témoins de l’épidémie de peste

Le dernier jour de mon séjour à Madagascar, j’ai rencontré un guérisseur du nom de Dadafara, qui officie dans une hutte située dans une petite rue d’Antananarivo. La décoration était éclectique, composée de crânes de zébus, de plantes exotiques et d’eau de pluie collectée sur les 12 collines sacrées d’Imerina, un ensemble de montagnes qui entoure la capitale. Quand les Malgaches tombent malades, ils vont généralement voir des types comme Dadafara, même si les élites du pays les considèrent comme des charlatans et méprisent leurs pratiques.

Je voulais savoir quel traitement un guérisseur comme lui pourrait administrer à un malade ayant la peste bubonique, et Dadafara a accepté de me traiter comme si j’étais un patient. Il m’a expliqué le déroulement de ses consultations. D’abord, il fallait que je lui explique mes symptômes avant qu’il ne se mette à invoquer l’esprit des ancêtres afin qu’ils le conseillent. Dadafara a tendu un petit miroir vers la lumière. « Je communique avec les ancêtres grâce à ça », m’a-t-il expliqué. Après avoir reçu cette expertise précieuse, Dadafara était censé me prescrire de l’eau bénite et des herbes bouillies afin de me guérir.

Après l’explication est venu le temps de la pratique. Dadafara m’a demandé de lui décrire mes symptômes, ce que j’ai fait avec précision. « J’ai 40 de fièvre, lui ai-je dit, et mes aisselles sont recouvertes par des ulcères de la taille d’un œuf de poule. Je vomis du sang, j’ai mal à la tête et mes muscles me font souffrir. De plus, je vis dans un endroit sans eau courante et avec beaucoup de rats. »

Mon accompagnatrice a alors traduit mes propos à Dadafara, qui a répondu tout simplement : « Vous avez la peste. Vous devez aller chez un docteur tout de suite. »

Une tête de zébu fraichement coupée

Le mois dernier, une ville chinoise de 30 000 habitants a été mise en quarantaine après la mort d’une personne ayant attrapé la peste bubonique, un peu à l’image de ce qui se produit dans La Peste de Camus. La police a mis en place des barrages routiers et a demandé aux automobilistes de rebrousser chemin.

À la fin de La Peste, le médecin Bernard Rieux, qui a survécu à l’épidémie ayant touché Oran, traverse une foule euphorique qui célèbre la fin d’une maladie terrible. Ultime phrase d’un chef-d’œuvre majeur de la littérature mondiale, les mots de Rieux – et donc ceux de Camus – entrent en parfaite résonance avec la situation de Madagascar : « Écoutant, en effet, les cris d’allégresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette allégresse était toujours menacée. Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, la jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse. »

http://www.vice.com/fr/

 

 

Madagascar: la peste est arrivée dans la capitale Antananarivo</p> <p>Endémique dans les campagnes de Madagascar, la peste a fait récemment son apparition dans la capitale Antananarivo, où la prolifération des rats et des puces qui véhiculent la maladie inquiète.<br /> Une jeune femme est morte de la maladie le 11 novembre dans un bidonville de la capitale, une zone insalubre où les habitations s'empilent entre marécages et rizières. Un autre cas non mortel a été signalé dans cette ville de deux millions d'habitants.<br /> "Il y a maintenant un risque d'un rapide développement de la maladie" en raison de "la haute densité de population dans la ville" et des "faiblesses du système de santé", avertit l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a fait état de 119 cas de peste dans le pays cette année, dont 40 mortels.</p> <p>Lundi soir, le ministère de la Santé malgache a donné un nouveau chiffre de 138 cas suspects de peste depuis janvier, dont 47 mortels. Un bilan qui pourrait s'alourdir du fait de la "recrudescence saisonnière" observée chaque année "entre octobre et mars".<br /> Dans le quartier d'Ankasina où vivait la jeune femme de 21 ans, les habitants restent incrédules.</p> <p>"On vit ici depuis 1975, avec les mêmes conditions de vie, alors pourquoi c'est aujourd'hui qu'on a la peste?", s'interroge Bernadette Rasoarimanana, la mère de la victime.</p> <p>"On doit l'admettre, notre quartier est vraiment sale et délaissé par l'Etat, envahi par les rats, et cela depuis longtemps", soupire Adolphe Rakotojaona, un voisin.</p> <p>Le dernier cas de peste dans la capitale remonte à dix ans, selon Christophe Rogier, le directeur général de l'Institut Pasteur de Madagascar.</p> <p>"Il est possible que la peste ait continué à circuler à Antananarivo pendant dix ans, sans qu'elle ne touche les humains", avance-t-il. En revanche, les rats qui pullulent dans les bas quartiers de la ville ont pu continuer à être touchés par le virus. "Les rats sont des réservoirs naturels de la peste, il y a des rats qui survivent à la peste aussi!"<br /> Autre problème, selon l'OMS: la résistance des puces à la Deltaméthrine, un insecticide.</p> <p>Le bacille de la peste, qui se développe chez les rats, est véhiculé par les puces. Chez l'homme, après piqûre d'une puce, la maladie se développe généralement sous forme bubonique. Si la bactérie atteint les poumons, elle provoque en plus une pneumonie et devient transmissible à travers la toux.</p> <p>- Discrimination -</p> <p>Découverte à temps, la peste bubonique se soigne avec des antibiotiques. Mais la forme pneumonique, une des maladies infectieuses les plus meurtrières, peut être fatale en seulement 24 heures.</p> <p>Pour l'heure, l'OMS "ne recommande aucune restriction aux voyages et au commerce" à Madagascar, mais demande la mise en place d'indicateurs de risques pour les zones urbaines telles qu'Antananarivo.</p> <p>"Il y a eu pendant des années des surveillances qui ont été organisées, mais malheureusement elles se sont arrêtées depuis 2006 ou 2007, faute de moyens financiers", déplore le directeur de l'Institut Pasteur.</p> <p>Madagascar est un des pays les plus pauvres du monde. Plus de 90% des 22 millions d'habitants vit avec moins de deux dollars par jour. La Grande Île de l'Océan Indien sort de cinq ans d'une crise politique qui a considérablement affecté l'économie.</p> <p>Sur le terrain, la famille de la victime affirme subir des discriminations depuis que les médias ont évoqué la terrible maladie.<br /> "Nous avons été licenciés sans aucune explication, sans parler des mauvais regards que la société jette sur nous dans la rue", témoigne sa mère Bernadette Rasoarimanana.</p> <p>Elle avait pu ramener le corps de sa fille de l'hôpital et le Bureau municipal d'hygiène (BMH) avait donné sans problème l'autorisation d'inhumation, raconte-t-elle.</p> <p>Deux jours après le décès, "un employé du BMH est venu ici pour faire un prélèvement de sang sur le cou de ma fille, et par la suite on a déclaré que ma fille est morte de la peste", explique Mme Rasoarimanana.</p> <p>"Il n'est pas question de stigmatiser", insiste le secrétaire général du ministère de la Santé, Philémon Tafangy, qui note que l'Etat a pris en charge l'inhumation, effectué une désinsectisation et donné des médicaments à tous ceux qui ont été en contact avec la personne décédée.</p> <p>Mais la famille n'a pas voulu rendre le corps, et Bernadette Rasoarimanana en tremble encore: "Des dizaine de soldats armés sont venus ici pour prendre ma fille!"</p> <p>https://fr.news.yahoo.com/madagascar-peste-arriv%C3%A9e-capitale-antananarivo-180648020.html

 

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