Mayotte. Les Comoriens, des clandestins chez eux. Plus de vingt mille morts. Expulsion des migrants.

Mayotte : des dizaines de clandestins débarquent en plein jour à Mtsamboro

Samedi 21 février 2015, un kwassa en provenance d’Anjouan chargé d’une trentaine de personnes a pu accoster en plein jour sur une plage de l’îlot de Mstamboro, rapporte France Mayotte Matin. La zone souffre de plus en plus de cet afflux d’immigrés clandestins, tandis que l’absence des autorités pose question.

À Mtsamboro, les habitants font entendre leur colère. À l’image de ce vendredi, où ils ont manifesté dans les rues « pour alerter les autorités et notamment l’État pour tirer la sonnette d’alarme et dénoncer une situation devenue insupportable », raconte France Mayotte Matin.

C’est que « chaque jour, le ballet des kwassas atteint les côtes avec des pilotes qui déposent leurs passagers sur l’îlot de Mtsmaboro », poursuit le quotidien mahorais. « Après avoir touché terre, l’exploitation de la misère humaine se met en place sur le département avec des barques qui proposent de gagner Grande-Terre moyennant 200 euros par personne », ajoute-t-il.

Dernier exemple ce samedi, lorsqu’un kwassa a fait son apparition vers midi avec une trentaine de personnes à bord, dont cinq enfants. « Les pilotes se sont approchés au plus près » pour faire débarquer tout le monde, relate France Mayotte Matin, précisant « qu’une vidéo amateur a été tournée pendant la « manœuvre » et que « les deux passeurs sont ensuite repartis, se félicitant de ne pas s’être fait pincer, saluant même la caméra en train de filmer, tel un pied de nez lancé aux autorités françaises ».

Et le journal mahorais de s’interroger sur l’absence des forces de l’ordre : « Il n’y aura pas eu un uniforme dans les parages, que ce soit la gendarmerie ou la police aux frontières à qui de toute façon les missions nautiques sont retirées (…) L’immigration clandestine ne faiblit pas, les moyens techniques sont là avec quatre radars fixes, mais où sont les moyens humains pour arrêter l’hémorragie ? »

Car à Mtsamboro, cet afflux n’est pas sans conséquences. Tous les clandestins ne disposent pas forcément de la somme nécessaire pour gagner Grande-Terre. « Certains restent des jours, des semaines isolés, coupés du monde avant d’être libérés de l’île. Ils doivent donc entre-temps se nourrir et pour ce faire, ils pillent littéralement les petites plantations d’oranges et de bananes que les agriculteurs ont fait pousser« , rapporte France Mayotte Matin, soulignant que « les pertes sont considérables ».

Et de poursuivre : « Les moins chanceux se débrouillent et prennent tout ce qu’ils trouvent. Les tortues font les frais de ces ventres vides, elles sont chaque jour massacrées. Et ce week-end (…), une armée de clandestins s’est ruée sur le platier découvert à la recherche de coquillages, de poissons, de poulpes afin d’améliorer le quotidien. »

Aussi, selon le quotidien mahorais, « un véritable village est en train de se monter » sur la plage de l’îlot de Mtsamboro. Et « l’endroit, magnifique, est investi par la clandestinité et la misère plus absolue ».

www.ipreunion.com

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Comores: Le Sommet de la Coi et les noyés de Mayotte

Publié le 21/08/2014 à 06:29 par dafinemkomori

Un_dhikri_pour_nos_morts  

Nos vingt mille morts s’invitent

Je me rappelle encore, ce 4 décembre 2007, à minuit 15. Une alerte est lancée. J’apprends que dans le village de Kani-Keli, au large de Mayotte, une vedette de pêche transportant principalement des comoriens originaires de Ndzuani heurte frontalement une vedette de la police française aux frontières.
Le kwasa coule, fait deux morts (repêchés), dont un enfant, et huit personnes seront portées disparues. La trentaine de rescapés sera conduite au centre de rétention administrative de Pamandzi, dans l’attente d’une reconduite. Ce jour là, j’ai compris qu’un tournant est franchi.La France décide de dresser un mur artificiel, de faire plier les autorités comoriennes sur le dossier Maore, de balayer d’un revers de main les résolutions des Nations unies, de déshumaniser ses relations séculaires avec notre peuple.
Aucune enquête ne sera conduite par les autorités comoriennes, malgré la colère qui couvait dans les articles parus dans Al-watwan. Il a fallu qu’une enquête soit lancée par la Commission nationale française de la déontologie de la sécurité (Cnds) pour que les circonstances dramatiques du naufrage soient connues.L’avis rendu le 14 avril 2008, par la Commission conclut à un homicide involontaire et exige que soit mis fin par la police française (conformément à la réglementation internationale en vigueur) à la pratique de la navigation en dérive feux éteints lors des opérations de recherche en mer. La commission dénonce des méthodes dangereuses qui aboutissent à la mise en danger d’êtres humains.J’ai aussi en mémoire et je revis comme un cauchemar cette mère qui noya en pleine mer, dans l’obscurité totale, son bébé en pleurs, parce que les passagers du kwasa l’y obligent de force, de peur d’être localisés par la police. Cette mère erre, semble-t-il, dans la démence, sur les plages maoraises à la recherche de son bébé espérant que les marées vont un jour charrier son corps.Vingt mille morts. C’est un chiffre macabre qu’on évoque. Mais ce sont surtout des êtres humains, avec leur vie, leur famille, leur misère, leur espoir, qui finissent dans le plus grand cimetière marin, sans linceul, sans prière, sans nom, sans sépultures, sans laisser de traces, avec comme unique souvenir douloureux : la certitude d’être condamné à l’oubli.

Parce qu’entre Mayotte et les autres îles, un visa est imposé en 1994 pour des raisons électorales. Cette tracasserie administrative complique la circulation millénaire entre les îles et ouvre la voie à un trafic de navigation clandestine. Les Comoriens sont perçus à Mayotte comme une menace et on leur impute la responsabilité de la saturation du système de santé, de l’explosion démographique, du chômage et du développement du racisme et de l’insécurité…

En 2006, Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, fixe un quota de 12.000 reconduites qui atteindra en un temps record les 16 000. La suite on la connait. On érige l’île de Mayotte en zone de non-droit, avec des lois d’exception taillées sur mesure à Paris contre les Comoriens des trois autres îles.

Alors, légitimement, on est en droit de savoir, quel autre sujet pourrait s’inviter au sommet des chefs d’Etat de la région de l’Océan indien si le drame de nos vingt mille morts en mer n’est pas évoqué ? Quel autre sujet ?

Ahmed Ali Amir -Alwatwan.

http://dafinemkomori.centerblog.net/3005-comores-le-sommet-de-la-coi-et-les-noyes-de-mayotte#c16683301

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Ces îles françaises que nos voisins revendiquent

Publié le Mercredi 23 juillet 2014 à 16:54 Le Journal de Mayotte.

Le drapeau français flotte sur de nombreux territoires de notre région mais cette présence est contestée. A quelques jours du voyage de François Hollande dans l’océan Indien, voici un tour d’horizon des revendications territoriales de nos voisins.

Tromelin, 1 km² de sable

Au sommet de la Commission de l’océan Indien (COI) à Moroni ce samedi, le chef de l’Etat français va s’entretenir avec l’ensemble de ses homologues de la région. Nul doute que les revendications territoriales seront au menu des échanges car dans la région, la présence de la France est contestée en de multiples endroits. En fait, seule La Réunion et son statut de département français ne fait l’objet d’aucune opposition officielle.

Avec Maurice, c’est l’île Tromelin qui est en question. Située à 450km à l’est de Madagascar et à 535km au nord-ouest de La Réunion, l’île d’une surface d’un seul kilomètre carré est occupée à l’année par quatre salariés de Météo France qui se relaient. Elle fut le théâtre en 1761 d’un drame entré dans l’Histoire. Le territoire, intégré aux Iles éparses, est placé sous l’autorité du préfet des TAAF installé à Saint-Pierre (La Réunion).
L’île Maurice revendique sa souveraineté sur ce bout de sable et surtout sur la zone de pêche et les eaux riches en thons qui l’entourent. Après de longues années de négociations, Tromelin a fait l’objet d’un accord de cogestion en 2010, ratifié par Maurice mais pas encore par la France. Le texte est bloqué dans le processus parlementaire.

Le Canal du Mozambique et ses richesses potentielles

©TAAF

Les quatre autres Iles éparses sont, elles, revendiquées par Madagascar. Les Glorieuses (au nord de Mayotte), Bassas da India, Europa et Juan de Nova (au sud du Canal du Mozambique) sont également rattachées aux TAAF. Si elles ne sont pas habitées en permanence, quelques militaires et des scientifiques y assurent une présence régulière ou permanente.

«Je promets de me battre pour la restitution de nos îles», avait déclaré Hery Rajaonarimampianina dans une allocation télévisée, quelques heures avant la fin de la campagne électorale malgache le 23 octobre dernier. «Cela fait dix ans que Madagascar se bat pour avoir ces îles. Elles contiennent beaucoup de richesses, d’où la difficulté de les récupérer », avait-t-il ajouté. Depuis Hery a été élu président.

Une «mer du Nord» en puissance

Là encore, ce ne sont donc pas les îles en elles-mêmes qui suscitent la convoitise mais leur richesse connue et surtout supposée : leur zone économique exclusive (ZEE), extrêmement vaste et riche en poissons, pourrait également contenir des hydrocarbures. La découverte de pétrole et de gaz au Mozambique voisin a aiguisé les appétits. Le canal du Mozambique serait même « une prochaine mer du Nord en puissance », selon un rapport de United States geological Survey (USGS) de 2010, en référence au pétrole présent au large de la Grande-Bretagne.

Les 43,2 km² de terres de ces quatre territoires génèrent une zone économique exclusive (ZEE) de 636.000 km2… soit une bonne moitié du Canal du Mozambique.

Discuter d’une cogestion

Exposition sur la richesse de la flore d'Europa organisée par le Conservatoire botanique de Mascarin, au mois d'Août à La Réunion

«Le fait que l’on puisse y découvrir des ressources, c’est un point positif mais qui ne change pas la position de la France : nous sommes légitimes dans ces îles», souligne Pascal Bolot, actuel préfet, administrateur supérieur des TAAF. « La souveraineté française sur ces îles est une question réglée », confirme le Quai d’Orsay.

C’est justement ce que conteste Madagascar. Indépendante depuis le 26 juin 1960, elle n’a pas digéré que le général de Gaulle ait signé un décret quelques semaines avant – le 1er avril – pour les détacher de la Grande île. Deux résolutions de l’ONU de 1979 et 1980 « invitent » la France à ouvrir «sans tarder» des négociations pour une «réintégration» de ces îles «séparées arbitrairement de Madagascar».

Au Quai d’Orsay, on fait valoir que «les différends sont gelés et que l’enceinte des discussions, c’est la Commission de l’océan Indien (COI)». Les présidents français et malgache s’y rencontreront justement samedi. «La question de la cogestion, nous sommes prêts à en discuter», assure-t-on au ministère des Affaires étrangères.

Enfin, autre île sujette à tension, cette fois avec les Comores : Mayotte. Une question que nous connaissons bien.
RR
Le Journal de Mayotte

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L’île de Mayotte

Appelée aussi Maore en shimaoré[1]), officiellement Département de Mayotte, est un département et une région d’outre-mer (DROM)[2] français de l’océan Indien situé dans l’archipel des Comores, lui-même localisé dans le canal du Mozambique, et dont le chef-lieu est Mamoudzou, la plus grande ville du territoire. Mayotte est constituée de deux îlesprincipales, Grande-Terre et Petite-Terre, et de plusieurs autres petites îles, dontMtsamboro, Mbouzi et Bandrélé. Son code départemental officiel est le « 976 ». Ses habitants sont appelés les Mahorais.

 

Mayotte-Comores : un collectif d’ONG dénonce un accord sur « la circulation des personnes »

Protection des migrants. Vendredi 4 juillet 2014

Plusieurs dizaines d’ONG s’opposent à la signature d’un accord entre la France et les Comores sur la circulation des personnes entre Mayotte et les autres îles des Comores. Loin de rétablir la libre circulation entre les 4 îles de l’archipel, l’accord prévu provoquera encore des drames car selon les ONG, le gouvernement de l’Union des Comores devra s’engager à accepter d’accueillir toutes les personnes expulsées de Mayotte. Pour le collectif d’ONG, « qu’en est-il de la vie des quelques 200 000 habitants de Mayotte enfermés dans un bunker isolé de l’océan Indien à l’instar de l’Europe qui prétend protéger ses habitants dans une forteresse contre un « ennemi imaginaire » ? ». Voici son communiqué

Une visite de François Hollande à son homologue comorien, Ikililou Dhoinine, est prévue le 26 juillet prochain. La coopération franco-comorienne est déjà scellée par une déclaration d’amitié et de coopération et par un document cadre de partenariat signés à Paris le 20 juin 2013. Un accord instituant un partenariat de défense est entré en vigueur le 1er mai 2013, plusieurs formations de militaires comoriens ont été effectuées par l’armée française et de nombreux accords économiques ont été signés entre les deux États. L’objectif officiel de la prochaine rencontre présidentielle dans la capitale comorienne est le sommet de la Commission de l’océan Indien. Mais l’enjeu majeur pourrait bien être la signature d’un accord bilatéral défini, sans plus de précisions, comme « relatif à la circulation des personnes », élaboré en toute opacité.
Selon une version connue à ce jour de cet accord, il s’agit de la circulation depuis trois îles de l’archipel des Comores – la Grande Comore, Anjouan et Mohéli – vers la quatrième – Mayotte. Elle sera facilitée pour une caste dirigeante comorienne qui, à ce prix, accepte de coopérer avec la France pour mieux l’interdire aux autres.

- Des visas de circulation (à entrées multiples pour des courts séjours) facilités essentiellement pour une minorité privilégiée (acteurs et actrices économiques et culturels, sportifs de haut niveau, avocats, médecins) avec une attention particulière aux fonctionnaires, diplomates et membres d’ONG ; d’autres personnes pourront en bénéficier : pour raison de santé, pour la famille proche de comoriens titulaires d’un titre de séjour délivré à Mayotte, pour les obsèques d’un proche parent. Et un étudiant ayant obtenu un diplôme équivalent au master pourra être autorisé, pendant six mois, à compléter sa formation par une expérience professionnelle à Mayotte.
- À l’égard des autres Comoriens, l’accord prévoit une coopération contre la circulation vers Mayotte et pour l’expulsion de ceux/celles qui y vivent. L’Union des Comores s’engage en effet à accepter toute personne reconduite de Mayotte vers l’une des trois autres îles et à coopérer avec la France pour interdire la circulation non autorisée vers Mayotte – pour la « sécurité de l’ensemble des points d’entrée et de sortie du territoire comorien », pour le « démantèlement des filières », pour la « sécurisation des titres d’identité et de voyage des ressortissants comoriens » et contre la « fraude documentaire ».
- Une coopération spécifique est même prévue en vue du « retour dans leur commune d’origine » des mineurs comoriens présents à Mayotte… alors que, selon le recensement 2012 de l’INSEE, 33 000 étrangers (dont la plupart sont des mineurs comoriens) sont nés à Mayotte.

Ce montage inéquitable en rappelle d’autres. La France et ses partenaires européens œuvrent en effet depuis une dizaine d’années pour renforcer leurs politiques d’expulsion des étrangers et de fermeture de leurs frontières par une coopération des États d’origine et de transit des migrants. À l’issue de longues tractations sur l’octroi de contreparties à des États réticents à renoncer ainsi à leur souveraineté, des dizaines d’accords, bilatéraux ou multilatéraux, « de réadmission » ou de « gestion des flux migratoires » sont déjà en vigueur.

Dans un théâtre bien plus petit puisque Mayotte n’est qu’à 70 km de l’île d’Anjouan, l’accord franco-comorien qui s’annonce leur ressemble. Les conséquences dramatiques de cette politique française aux frontières de Mayotte qui jamais ne parviendra à bloquer la circulation dans l’archipel, mais qui la rend toujours plus périlleuse ressemblent, elles aussi, aux effets de la politique migratoire européenne. Et qu’en est-il de la vie des quelques 200 000 habitants de Mayotte enfermés dans un bunker isolé de l’océan Indien à l’instar de l’Europe qui prétend protéger ses habitants dans une forteresse contre un « ennemi imaginaire » ?

Dans le cas comorien, ce jeu de dupes était pourtant particulièrement délicat. Car, depuis 1975, l’Union des Comores revendique sa souveraineté, reconnue à ce jour par l’ONU, sur les quatre îles de l’archipel … y compris Mayotte dont la France a fait un département. Certes ce projet d’accord évite soigneusement de mentionner le statut de Mayotte. Mais qui peut douter que la signature de ce texte par le gouvernement comorien vaut reconnaissance implicite de la séparation et du statut français de Mayotte ?
Il est encore temps ! Ce projet d’accord ne doit être ni signé, ni ratifié par les deux parlements.
3 juillet 2014

Organisations signataires

Réseaux associatifs : Sortir du Colonialisme, Migreurop (réseau européen et africain).

Associations : Comité Maoré, GISTI (Groupe d’Information et de Soutien des Immigrés), FASTI (Fédération des Associations de Solidarité avec Tou-te-s les Immigrés), Emmaüs international, IPAM (Initiatives Pour un Autre Monde), OCU (Organisation pour une Citoyenneté Universelle), Fondation France Libertés, MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples), ATMF (Association des Travailleurs Maghrébins de France), FTCR (Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives), AFASPA (Association Française d’Amitié et de Solidarité avec les Peuples d’Afrique), LDH (Ligue des Droits de l’Homme), ACDH (Association Comorienne des Droits de l’Homme), GAC (Guilde des Artistes Comoriens), GRITAC (Groupe de Réflexion pour l’Intégrité Territoriale de l’Archipel des Comores), CDISCOM (Collectif de Défense de l’Intégrité et de la Souveraineté des Comores), CAAC (Collectif des Associations et des Amis des Comores), FNC (Front Nouveau Citoyen – Mali), RIDEC (Relais d’Initiatives de Développement Concerté – Mali), Amicale Panafricaine, FPR (Front Pour le Refus), Village d’EVA, SOS-Démocratie Comores, CDD (Collectif pour la Défense de la Démocratie aux Comores), MUSC (Mouvement pour l’Unité et la Souveraineté des Comores), ATF (Association des Tunisiens en France), Espace Farabi, IDEAL – 92, Association Femmes Plurielles, UTIT (Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens), Respaix Conscience Musulmane, DIEL (Droit Ici Et Là-bas), CSP 75 (Coordination des Sans-Papiers 75), Coordination 93 de lutte pour les sans-papiers, ACORT (Assemblée Citoyenne des Originaires de Turquie), UJFP (Union Juive Française pour la Paix), UND (Union Nationale Démocratique du Tchad), ADD (Association pour la Démocratie et le Développement – Djibouti), Mouvement Anticolonialiste Mahorais, Watwaniya, Montsi.

Partis politiques : Ensemble (mouvement politique français), DJAWABU (parti politique comorien), MDA (Mouvement Démocratique pour l’Avenir des Comores), PCA (Parti Comores Alternatives), Front Démocratique des Comores, Travayer La Rényon (groupe politique réunionnais), PCF (Parti Communiste Français), NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste), EELV (Europe Écologie-Les Verts).

http://www.temoignages.re/mayotte-comores-un-collectif-d-ong-denonce-un-accord-sur-la-circulation-des-personnes,79331.html

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OCEAN INDIEN

« …Mayotte détient le record des reconduites à la frontière car le territoire attire de plus en plus de ressortissants comoriens mais aussi de Madagascar, de Syrie et du Yémen… »

L’immigration clandestine, l’épine dans le pied de l’UE

Plusieurs centaines de disparus dans deux naufrages en Méditerranée

 21 avril 2015, par  Témoignages.re

Les ministres européens des Affaires étrangères se sont retrouvé, lundi 20 avril, à Luxembourg pour un sommet extraordinaire sur l’immigration clandestine. Cependant, après le naufrage survenu dans la nuit de samedi à dimanche dans les eaux libyennes, faisant des centaines de disparus, il a été découvert un autre bateau transportant plus de 300 migrants sombrant en mer Méditerranée.

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Plusieurs dizaines de milliers de Syriens vivent dans ce camp de réfugiés en Jordanie. C’est aussi parmi les victimes de la guerre que se trouvent les candidats à la dangereuse traversée de la Méditerranée. (UN Photo/Mark Garten)

« On a besoin de mesures immédiates de la part de l’UE et des États membres », a déclaré Federica Mogherini, la chef de la diplomatie européenne. Depuis dimanche, les déclarations sont acerbes et dramatiques, pour Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture et porte-parole du gouvernement, « l’Europe n’est pas à la hauteur. L’Europe n’a pas été à la hauteur. »

Des mots tout aussi durs de la part de la députée européenne Eva Joly qui parle d’une « faillite morale », prouvant « l’orientation absurde, inefficace et dangereuse » de la politique de Bruxelles en matière d’immigration. Alors que la situation reste tendue pour les 300 migrants en attente de secours en mer Méditerranée (à l’heure de la rédaction de cet article), il est à noter que La Réunion et Mayotte ne sont exemptes d’une telle situation.

Mayotte détient le record des reconduites à la frontière car le territoire attire de plus en plus de ressortissants comoriens mais aussi de Madagascar, de Syrie et du Yémen. De plus, chaque année, de nombreux kwassa kwassa s’échouent dans l’Océan indien, mettant en exergue le même problème qu’au large des côtes européennes et nécessitant des mesures d’urgence.

L’UE tente de trouver une solution

Critiquée pour son laxisme sur la question, l’Union européenne a réagi rapidement après le naufrage de 700 migrants. La chef de la diplomatie de l’UE, l’Italienne Federica Mogherini, avait annoncé qu’elle allait « présenter une série de propositions concernant la Libye, une des principales routes du trafic illégal de migrants ». Dans un communiqué de presse, elle jugeait qu’il était temps de « prendre le problème à bras le corps ».

La chef de la diplomatie européenne a lancé : « Nous n’avons plus d’alibi »assurant également que « les tragédies de ces derniers jours, de ces derniers mois, de ces dernières années, c’en est trop ». Pourtant, la question est restée en suspend durant plusieurs décennies, toutefois le cadre législatif a évolué en fonction des drames constatés tant en mer que sur terre, notamment dans le Nord-pas-de-calais, où des migrants tentent de passer vis des camions de livraison pour aller au Royaume-Uni.
Cependant, avec l’arrivée massive de migrants, de nombreux dirigeants européens, particulièrement venant d’Italie, de Malte, d’Espagne et de Grèce, mais aussi du Royaume-Uni et de France, ont fait pression sur l’Union européenne, afin de mettre en place des actions communes de lutte contre l’immigration clandestine.

Pour Henri Labayle [1], directeur du CDRE, laboratoire de recherches spécialisé en matière européenne et notamment en matière de droits fondamentaux, d’immigration et de sécurité intérieure, l’Union européenne « a les moyens de faire face à condition de faire preuve de davantage de solidarité et de renforcer l’espace Schengen ».

Dans une interview accordée au journal Le Figaro, il a expliqué que l’UE « agit déjà, mal ou insuffisamment mais elle agit, seule le plus souvent c’est-à-dire sans l’appui réel de ses Etats membres ». La solution d’un co-développement est souvent mise en avant par les politiques, mais pas mises en place, alors qu’il apporterait des solutions viables aux populations désireuses de quitter leur pays pour un avenir meilleur, et aux Etats qui peinent à gérer le flux migratoire constant.

Cependant, « cette prise en charge internationale exige des efforts et de la compétence, tant de la part des États membres de l’Union, contraints à une lecture qui ne soit plus celle de leurs propres intérêts, et de l’Union européenne qui en fasse une priorité de sa diplomatie si celle-ci existe un jour », a indiqué Henri Labayle.

Pour de nombreuses associations et ONG, il existe des solutions pour éviter de tels drames, mais la volonté politique tarde à ériger une réelle politique globale à la fois aux frontières de l’Europe, mais aussi auprès des États concernés, avec lesquels la coopération pourrait aller au-delà de l’aspect immigration, mais développement économique.

Traiter la situation humainement

Pour l’heure, les responsables politiques mettent la faute sur les passeurs considérés comme les « nouveaux esclavagistes », a indiqué Mateo Renzi, Premier ministre italien et François Hollande, ce dernier a été plus loin, les désignant de « terroristes » lors d’une interview sur Canal +. Cependant, l’inaction de l’Ue reste au centre des débats, pour le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, la situation actuelle en va de « la crédibilité de l’Europe ».

Malgré les déclarations, la mesures tardent à se mettre en place. Tout d’abord, l’aide que pourrait fournir l’UE au gouvernement d’union nationale en Libye est toujours en débat. Le pays est le point de départ des migrants, mais le contexte politique reste difficile. Ensuite, la possibilité de dépêcher des navires de guerre au large de ses côtes pourrait entraîner d’autres départs de migrants. En effet, d’après l’agence de presse, Reuters, les autorités européennes craignent que les migrants comptent sur ces patrouilles pour les secourir en mer.

Cet argument évoqué par certains responsables politiques est vivement critiqué par Jean-François Dubost, d’Amnesty International France, qui constate que depuis l’arrêt en octobre 2014 de l’opération de secours lancée par l’Italie, Mare Nostrum, les flux migratoires se sont intensifiés. Pour ce dernier, « il y a un manque de volonté politique de la part de l’Union européenne qui ne voit cette question de l’immigration clandestine que sous l’angle économique. Or, les candidats à l’immigration viennent en Europe, car ils sont acculés et n’ont pas d’autres solutions ».

En effet, « étiqueter les migrants et demandeurs d’asile, de clandestins ou d’illégaux dès qu’ils cherchent à fuir un conflit (…), les considérer comme une menace publique sous prétexte qu’ils importeraient leurs problèmes avec eux, et les transformer de populations soumises à un risque en populations dangereuses, voire les considérer en bloc comme des criminels, ou des alliés du terrorisme international, ne peut apporter un socle rationnel ou même raisonnable pour élaborer une politique européenne globale sur l’espace migratoire et pour gérer les relations de l’Union avec les pays qui l’entourent dans un cadre de liberté et de respect des individus qui circulent », ont expliqué les chercheurs de « Culture et Conflits », dans un article commun [2].


[1Henri Labayle, professeur agrégé des facultés de droit françaises, en poste à la faculté de Bayonne, à l’université de Pau. Il dirige le CDRE, laboratoire de recherches spécialisé en matière européenne et notamment en matière de droits fondamentaux, d’immigration et de sécurité intérieure. Il est également membre du réseau Odysseus et directeur du GDR « Droit de l’espace de liberté, sécurité, justice ».

[2« Une politique européenne commune sur l’immigration clandestine ? Sangatte et au-delà », Paru dans Cultures & Conflits, 45 | printemps 2002

Témoignages (La Réunion)

Mayotte, cette île qui expulse plus de clandestins que toute la métropole

Dans le 101e département français, aucun débouté ni aucun migrant en situation irrégulière n’échappe à la reconduite à la frontière. Le droit des étrangers y est «particulier».

En toute innocence, en toute impartialité, ce qui revient tout de même à jeter des baquets d’huile sur le feu, la Cour des comptes relance une des questions les plus obsessionnelles du débat national: pourquoi la France n’expulse-t-elle pas davantage de migrants en situation irrégulière? Dans un rapport fort sévère adressé au Premier ministre, le 20 octobre, Didier Migaud, son premier président, déplore que le gouvernement ne parvienne pas à faire exécuter les mesures de renvoi applicables aux déboutés du droit d’asile. Un nombre dérisoire de demandeurs récusés seraient expulsés, chaque année: moins de 4%, en 2014, soit 1.432 personnes sur les quelque 40.000 migrants qui se sont vu refuser le droit d’asile, et ce, alors que, dans une autre catégorie, les étrangers«économiques» en situation irrégulière, le pourcentage, même faible, atteint 16,8%.

Dans sa réponse à la Cour, Manuel Valls a voulu expliquer que la réalité des«reconduites à la frontière» est plus compliquée, et les chiffres un peu moins ridicules qu’il n’y paraît si l’on y ajoute, ou plutôt si l’on en retranche, les déboutés du droit d’asile quittant d’eux-mêmes le territoire, sans y être forcés, ou ceux qui obtiennent un permis de séjour à un autre titre, et qui restent donc non expulsables, par exemple à celui de «migrant malade» (6.500 personnes en 2014) ou de parents d’un enfant français (9.000 personnes). Mais trop tard! De telles nuances sont devenues inaudibles. «Le bloc réactionnaire», dernière appellation de gauche à la mode pour désigner l’extrême droite et la partie de la droite (LR) qui cherche à reprendre à la première l’étendard de la chasse au clandestin, s’est jeté sur l’aubaine que lui offrait l’estimable institution pour redoubler ses critiques à l’égard du gouvernement.

Au nom du Front national, Florian Philippot réclame «une réforme drastique du droit d’asile». Quant au député LR Guillaume Larrivé, il est formel: «Le gouvernement français, assure-t-il, a renoncé à expulser.» La réplique du pouvoir, il faut le dire, est assez piteuse, tentant de persuader la Cour et ses contradicteurs que les déboutés du droit d’asile et les étrangers en situation irrégulière laissent peu souvent leurs adresses et qu’il est des plus malaisés de tenir des statistiques fiables, compte tenu de la complexité des procédures de l’accueil en France. En outre, et le ministère de l’Intérieur socialiste présente l’argument comme un progrès flatteur, ce régime-ci expulse davantage que sous le quinquennat précédent (plus 12%).

Il existe bien un endroit qui pourrait rendre un peu le moral à toutes ces parties –Cour des comptes, «bloc réactionnaire» et gouvernement–, pour lesquelles, apparemment, il y a urgence à éconduire. Un endroit où l’on expulse si résolument, si parfaitement, que pratiquement aucun débouté, ni aucun migrant en situation irrégulière n’y échappe. C’est un coin de France lointain, et c’est un peu pour ça qu’on l’oublie, dans l’Hexagone, un «confetti de l’empire» devenu le 101e département, en 2011. Mayotte. L’île de l’archipel des Comores, coincé entre la côte africaine du Mozambique et Madagascar, qui a eu la bonne idée de préférer rester dans l’ensemble français, en 1976, lors du référendum d’autodétermination, au contraire des trois autres entités insulaires des Comores, qui ont opté, elles, pour l’indépendance.

Casernement digne du bagne

À elle seule, l’île de l’Océan indien renvoie davantage de «clandestins» et de déboutés, placés en centre de rétention administrative (CRA), que les quatre-vingt-quinze départements de métropole réunis. Elle remet au bateau, ou à l’avion, essentiellement pour les Comores voisines, près de 40% du total national des reconduites. Avec un casernement digne du bagne, toutes ces dernières années, où l’on s’entassait, dans des conditions dénoncées par toutes les instances des droits de l’homme, sur une centaine de matelas jetés à même le sol, la brave Mayotte a réussi le tour de force de renvoyer presque 100% de ses hôtes obligés. Soit 19.900 personnes pour la seule année 2014, pendant que les centres de rétention hexagonaux peinaient à dépasser ensemble le seuil des 15.000 éloignements.

Les immigrés en situation irrégulière sont renvoyés avant que les juges n’aient eu le temps d’étudier d’éventuels recours, voire de s’opposer à une expulsion, et les avocats de plaider leur cause

Elle met même à l’exercice une certaine astuce qui pourrait servir ailleurs, et Florian Philippot, Guillaume Larrivé et les responsables actuels du ministère de l’Intérieur devraient venir y voir par eux-mêmes. Sûr qu’ils apprécieraient: les représentants de la police de l’air et des frontières (PAF) ne peuvent être soupçonnés d’abuser du maintien en rétention, car les immigrés en situation irrégulière ne restent jamais longtemps au CRA de Pamandzi, installé dans l’île de Petite-Terre, en face de Mamoudzou, la préfecture mahoraise. Ils sont renvoyés avant que les juges n’aient eu le temps d’étudier d’éventuels recours, voire de s’opposer à une expulsion, et les avocats, les associations de plaider leur cause.

La moyenne des durées de rétention n’excède pas 0,78 jour contre 12,3 jours, en métropole. Le score de Mayotte fait tomber la moyenne ultramarine à des durées de 1,94 jour, devant la Guyane (2,6 jours) et la Guadeloupe (4,38 jours). En fait, les irréguliers comoriens ne sont souvent «expulsables» que pendant quelques heures, le temps d’un repas, peut-être d’une douche, et se retrouvent expulsés, avant le soir. En clair, Pamandzi «fait du chiffre», et la première caractéristique de Mayotte paraît être sa contribution active, et discrète, aux statistiques nationales de l’éloignement.

Pouvoirs de gouvernorats néocoloniaux

Mais laissons là l’ironie. Le cas de Mayotte tient, comme celui de la Guyane, dans une moindre mesure, de l’anomalie dérogatoire, ce qui pourrait déjà interroger ceux qu’opposent ces querelles de chiffres. L’Etat profite des distances physiques, et de contextes locaux particularistes, pour maintenir, outre-mer, des fonctionnements administratifs qui échappent à la règle commune et aux contre-pouvoirs démocratiques. Les préfectures des départements ultramarins ont des pouvoirs de gouvernorats néocoloniaux et, sur le dossier des migrants, l’arrivée de la gauche n’a pas marqué de nette rupture avec les pratiques en vigueur pendant la décennie précédente.

La Cimade, la grande association d’inspiration protestante, publie chaque année, avec quatre autres organisations vouées à l’accompagnement des étrangers (Assfam, France Terre d’asile, Forum Réfugiés et Ordre de Malte) des rapports distincts sur l’accueil, outre-mer, tellement la situation décrite échappe au cadre national de la politique migratoire. Au fronton de ces textes, comme de ses lettres d’information, revient ce générique: «Loin des yeux, loin du droit». En métropole, il est par exemple devenu interdit de placer des enfants et des mineurs dans les CRA. La dernière réforme parlementaire du droit d’asile, adoptée cette année, en atteste, même si une centaine de cas d’enfermements abusifs a encore été signalée, en 2014. La même année, Mayotte a placé sans encombres 5.500 enfants et mineurs en rétention. Pour tenir les promesses de la campagne présidentielle, le ministère de l’Intérieur avait rappelé les restrictions concernant les non-adultes, dans une circulaire, dès le 6 juillet 2012, mais la même recommandation en avait exempté l’outre-mer.

Tout est un peu ainsi, dans la France du bout du monde, au regard du droit des étrangers. Les régimes réglementaires qui y sont appliqués sont déclarés«particuliers», et leurs dispositions y sont plus répressives, tandis que les contrôles de l’État par la société civile, notamment pour les associations habilitées à entrer dans les CRA, sont assimilables à des parcours d’obstacles. Affaire d’héritage historique, où domine la peur de l’autre. Priorité donnée à une idée ancienne, rugueuse, du maintien de l’ordre, au milieu de «l’étrange étranger». Dans la France ultramarine, les migrants sont partout. Tout autour de la civilisation tricolore, qui se vit toujours, malgré la modernité, comme encerclée. Les migrants sont majoritaires, sur place, au contraire de l’Europe. Les duretés administratives sont une manière de ne pas reconnaître qu’ils sont chez eux, plus légitimes que l’ancien envahisseur blanc, dont la présence, même longtemps après les redécoupages constitutionnels, vaut ce que vaut, par tous les habitants d’une même région, l’acceptation des traités.

«Cousins» comoriens devenus «immigrés»

Le statut évolutif de Mayotte, de 1976 à la départementalisation récente, a défini juridiquement une importante population de Comoriens, déclarée «irrégulière»du jour au lendemain, installée dans l’île souvent depuis des décennies mais originaire des îles voisines, devenues indépendantes, et donc étrangères. De«cousins» qui allaient et venaient d’une côte à l’autre, ces Comoriens sont devenus des «immigrés», à la manière métropolitaine, et la plupart en situation irrégulière. Ils sont désormais 80.000, sur une communauté mahoraise de 185.000 âmes, et les libertés de circulation qui étaient encore possibles, dans les années 1980 et 1990, sont devenues inquiétantes, du point de vue du ministère de l’Intérieur, quand la différence de niveau de vie entre Mayotte et l’Union comorienne est devenue béante.

Les duretés administratives sont une manière de ne pas reconnaître que les migrants sont chez eux, plus légitimes que l’ancien envahisseur blanc

Dans les années 2000, la pression migratoire est devenue trop forte, et l’État a été contraint d’ériger les mêmes herses que celles qu’il a l’habitude de dresser devant les «clandestins» cherchant à s’implanter en métropole. Ouverture du CRA, bataillons de policiers de la PAF, patrouilles de navires et d’hélicoptères… À la vérité, la préfecture pourrait aller saisir son quota d’illégaux directement dans les bidonvilles mahorais, où s’entassent les Comoriens étrangers. Ceux qui n’ont pas obtenu la citoyenneté française ou qui ne sont pas détenteurs d’un permis de séjour sont légion. Mais c’est de la mer que vient le danger le plus immédiat. Du bras de mer, large de soixante-dix kilomètres, qui sépare l’île d’Anjouan de Mayotte, où se noient des centaines de Comoriens qui tentent leur chance à bord de kwassa-kwassa, ces longues barques à moteur, à étrave surélevée. Les femmes de l’archipel et de Madagascar cherchent à venir accoucher dans les hôpitaux mieux équipés de l’île française. Des dizaines de milliers de jeunes, souvent mineurs, viennent rejoindre des membres de leurs familles, ils cherchent du travail, ou voudraient intégrer le système éducatif tricolore. Potentiellement, si le voisinage ne parvient pas à créer ses propres richesses, ce sont les Comores toutes entières, Madagascar et la côte indienne de l’Afrique qui pourraient se déverser sur la minuscule entité française.

Telle est la hantise. Aussi le pouvoir séculier national s’embarrasse-t-il fort peu des droits formels que l’Europe accorde –encore– aux étrangers. Il repousse, à cadences forcées, et s’inquiète de risquer de perdre, un jour, la bataille pour la défense de sa citadelle assiégée. Il interpelle les mêmes, souvent, les renvoie sans attendre, pour les voir revenir aussitôt. Une situation analogue est vécue par les policiers et les douaniers guyanais, qui repoussent vers le Brésil et le Surinam une population migrante qui ne se lasse pas de réapparaître aussitôt. C’est même pire en Guyane qu’à Mayotte, puisqu’il n’y a qu’un fleuve à traverser, ce qui prend vingt minutes: l’Oyapock, depuis le Brésil; le Maroni, depuis le Surinam. À ce rythme, les riches enclaves tricolores vont vite devenir un handicap pour l’ancien colonisateur. La migration à outrance, comme une forme de revanche historique.

18 763 expulsions depuis Mayotte en 2015

mercredi 2 mars 2016

 

Données pour 2015

Dans une conférence de presse sur les « chiffres catastrophiques » de la délinquance à Mayotte, le 7 février 2016, le préfet a donné quelques informations sur les statistiques des mesures d’éloignement en 2015 depuis Mayotte (mêlant d’ailleurs, comme c’est l’usage deux sujets bien différents).

En 2015 :

  • 18 763 reconduites à la frontière (enfants compris) ;
  • 9 878 passagers de kwassas interceptés.

C’est moins qu’en 2014 ce qui est « explicable par une mauvaise météo ».


Évolutions annuelles

Nombre de reconduites à la frontière depuis Mayotte

Reconduites 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015
Majeurs 13 329 16 725 20 249 16 374 13 001 11 861 14 425
Enfants 2 966 3 057 5 870 5 978 3 388 3 747 5 566
Total 16 295 19 782 26 119 22 352 16 389 15 908 19 991 18763

> Sources :

  • conférences de presse annuelles du préfet mêlant des informations sur l’état de la délinquance au cours de l’année antérieure et sur les nombres d’expulsions et de kwassas interceptés par la PAF. comité interministériel de contrôle de l’immigration, 11e rapport, 15 avril 2015, et rapports antérieurs. Chiffres 2014 communiqués par le ministère de l’intérieur [1]

Kwassas interceptés

Année 2011 2012 2013 2014 2015
Embarcations 449 412 476 597
« Passeurs » 623 478 518 610
Passagers 11 412 10 132 10 610 12 879 9 878

Source : Préfet de Mayotte, conférences de presse, 3 février 2014, 11 avril 2015 et 7 février 2016.


En 2016, la guerre contre les migrants continue au même rythme.

Selon un article de France Mayotte matin :

« Le nouveau centre de rétention administrative, mis en service en septembre dernier et doté de 148 places, a une capacité d’accueil très insuffisante. Ainsi, en 2015, depuis l’ouverture du centre, 36 locaux de rétention administrative (LRA) ont du être ouverts face à l’importance du flux migratoire.
Au mois de janvier 2016, 15 LRA ont, de la même façon, été créés. Selon le calcul du quotidien France Mayotte matin, cela témoigne de l’accueil de 2 200 étrangers en situation irrégulière au minimum, soit une moyenne de 71,61 personnes expulsées chaque jour.
 »


Une partie du nouveau CRA est régulièrement transformée en LRA … pour mieux y entasser les personnes retenues…

 

[1] Ces statistiques relatives aux éloignements exécutés en 2014 et celles qui suivent ont été communiquées par le ministère de l’intérieur aux associations intervenant dans les centres de rétention pour assurer une mission d’aide à l’exercice des droits (ASSFAM, la Cimade, FTDA, Forum-Réfugiés Cosi, l’ordre de Malte). Migrants OutreMer

À Mayotte, la chasse aux migrants est le symptôme des difficultés de l’archipel

mis à jour le 11/05/2016 à 12:49

Le 101e département français est confronté à un fort flux migratoire en provenance des Comores, l’archipel voisin.

Loin de l’Europe, il se rejoue entre les côtes de Madagascar et de l’Afrique de l’Est, au milieu du canal de Mozambique, une crise migratoire à échelle réduite, mais toute aussi dramatique. Les rives de Mayotte, devenu le 101e département français en 2011, sont distantes de quelques dizaines de kilomètres de celles de l’archipel des Comores, devenu indépendant en 1975. Chaque année, des milliers de Comorais tentent d’entrer illégalement en territoire français, à la recherche d’un emploi, en traversant le détroit en zodiac ou à bord de barques. Nos confrères de Slate.fr avaient pointé du doigt le fait que plus d’immigrés clandestins étaient expulsés chaque année du territoire de Mayotte, que de l’ensemble de la France métropolitaine.

Le flux d’immigration vers le 101e département français ajouté à la forte pression démographique de l’île – la population est passée de 212.000 habitants en 2012 à 226.000 en 2015 et la densité est de 603 habitants au km² – provoque des tensions qui se traduisent notamment par une augmentation des actes xénophobes sur l’île.

Le site de la chaîne France 24 a rapporté mardi 10 mai, qu’«une chasse aux Comoriens» bat actuellement son plein en toute impunité à Mayotte. «Selon la presse locale, près de cinquante maisons de fortune, appelées bangas, ont été détruites, laissant plusieurs familles à la rue dimanche 8 mai dans la ville de Choungui, au sud de l’île. Ces personnes sont originaires de Grande Comore ou d’Anjouan, deux îles de l’archipel des Comores», note France 24.

L’antenne locale de la Cimade, une association française qui défend les droits des personnes étrangères, dénonce également la hausse des actes xénophobes sur l’archipel, en rappelant que des expulsions d’immigrés clandestins – mais aussi des immigrés Comoriens en situation régulière – avaient déjà été organisées par des habitants en janvier 2016.

«Une guerre de libération»

«Les élus locaux sont restés très silencieux. Aucune indignation ou communication publique n’a été prononcée. Et s’ils ne s’indignent pas devant de tels actes, certains vont même à contre-sens de ce que l’on pourrait attendre d’élus de la République. Ainsi, Bacar Ali Boto, premier adjoint à la Mairie de Mamoudzou, chef-lieu de l’île, évoque « une guerre de libération », même s’il assure ne pas la souhaiter. Mayotte traverse une situation de crise où la déception d’une départementalisation qui n’a pas amené ‘l’égalité réelle’. Comme souvent en temps de crise, c’est l’étranger qui devient la cible privilégiée», s’indigne la Cimade.

La situation économique de Mayotte est alarmante. Le taux de chômage atteignait plus de 36% au début de l’année 2016. Dans un article très complet, Le Monde racontait comment la «départementalisation hâtive» de l’archipel avait accentué ses problèmes économiques.

«Il en résulte d’immenses difficultés pour l’Etat à recouvrer l’impôt, une rétraction des bases locatives, une augmentation excessive des taux pour ceux qui s’en acquittent et des risques de contentieux fiscal majeurs en matière d’impôts locaux. La plupart des communes sont en déséquilibre». 

Slate Afrique

FRANCE 10/05/2016

F24, Les Observateurs.

La chasse aux Comoriens bat son plein en toute impunité à Mayotte

Mohamed Moigni . La Cimade Mayotte

Près de 300 personnes d’origine comorienne dorment le long d’une route depuis dimanche à Mayotte. Ces familles, installées pour certaines depuis plusieurs années sur l’île, ont été expulsées de leurs habitations par un groupe de Mahorais, les habitants de Mayotte, qui les accusent notamment de vol. Un nouvel épisode dans la vague de violences que subissent depuis plusieurs mois les personnes d’origine étrangère dans ce département français d’outre-mer.

Selon la presse locale, près de cinquante maisons de fortune, appelées bangas, ont été détruites, laissant plusieurs familles à la rue dimanche 8 mai dans la ville de Choungui, au sud de l’île. Ces personnes sont originaires de Grande Comore ou d’Anjouan, deux îles de l’archipel des Comores, à l’ouest de Mayotte dans l’océan Indien. L’archipel des Comores comprend quatre îles : trois constituent un État indépendant, et la quatrième, Mayotte, est un département français, qui attire les familles comoriennes pour des raisons économiques ou médicales, les hôpitaux comoriens étant souvent dans un état catastrophique.

Sans perspective de relogement, ces familles ont installé un campement improvisé à l’entrée du village.

« Les maisons ont été cassées et pillées, une petite fille a été blessée à l’œil »

Mohamed Moigni

Mohamed Moigni et l’un des responsables de l’association de la communauté comorienne du sud de Mayotte, créée en février 2016 après une expulsion similaire à Tsimkoura, un village à 5 km de Choungui. Il coordonne l’organisation du camp.

Je me suis rendu ici à Choungui dimanche après-midi. Les familles m’ont assuré qu’elles avaient été expulsées par une centaine de Mahorais du même village, dimanche matin. Les maisons ont été cassées et pillées. Une petite fille a été blessée à l’œil. La raison ? On les accuse d’occuper des terrains illégalement et d’être des voleurs. En réalité, la plupart des Comoriens de Choungui travaillent pour des Mahorais. Ils sont dans la construction, font des ménages…

Les habitants expulsés organisent un camp le long de la route, à l’entrée du village. Photo envoyée par un Observateur.

Avec mon association, nous avons aidé les populations expulsées à installer un camp à 50 mètres du village. Les forces de l’ordre entourent le campement pour éviter d’autres incidents. Il y a beaucoup d’enfants, dont certains en bas âge. Nous avons essayé de récupérer des bâches pour faire des tentes, mais cela fait deux jours que les familles dorment à même le sol et ici, il y a beaucoup de moustiques. Il faut absolument trouver une autre solution mais les autorités locales nous disent qu’elles n’en ont pas.

Des enfants dans le camp improvisé. Photo envoyée par un Observateur.

Et au lieu de s’occuper de reloger tout le monde ou de punir les auteurs de cette expulsion forcée, les forces de l’ordre ont fait venir ce matin la police des frontières qui a embarqué une cinquantaine de familles en situation irrégulière ! Les familles qui restent sont elles en situation régulière. Certains enfants sont nés à Mayotte et d’ailleurs ils sont quasiment tous scolarisés ici, même si depuis lundi ils n’y vont plus. Tout le monde reste dans le camp par peur des représailles.

Certains Mahorais n’approuvent pas ce genre d’expulsion et nous avons pu constater une certaine solidarité : plusieurs personnes apportent des vivres depuis lundi.

Contacté par France 24, le maire de la ville assure : « La mairie n’a pas de solution de relogement : c’est à la préfecture d’en trouver une. Je condamne l’intervention des habitants, mais je rappelle que ces familles squattaient des terrains. Par ailleurs, la ville a connu une recrudescence des vols, ce qui explique que les habitants se fassent justice eux-mêmes. »

Dès le mois d’avril, l’association française Cimade, qui défend les droits des personnes étrangères, a pointé du doigt la multiplication des violences faites aux familles d’origines comoriennes sur l’île depuis le début de l’année 2016. F24, Les Observateurs.

Mayot’ News. 19 Mai 2016.

Expulsions Comoriens : Situation « préoccupante » selon François HOLLANDE.

François Hollande a appelé à la vigilance, mercredi 18 mai lors du conseil des ministres, au sujet de la situation sur Mayotte, « extrêmement préoccupante » aux yeux du chef de l’Etat, a rapporté le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll.

« Il y a là, avec l’immigration qui vient des Comores, un sujet sur lequel le statu quo ne peut pas être accepté », a souligné Stéphane Le Foll, insistant : « C’est un sujet extrêmement brûlant sur lequel il va falloir que l’on prenne des dispositions. »

« Les tensions liées aux migrations aujourd’hui à Mayotte conduisent à des choses qui sont assez inacceptables », a-t-il ajouté, jugeant que l’Etat va devoir « renforcer aussi ses outils ».

Mayotte, qui compte 40 % d’étrangers, sur une population de 212 600 habitants, connaît une forte pression migratoire des 3 îles des Comores, ce qui contribue aux tensions communautaires, alors que l’immigration clandestine a un impact sur le système de santé et les écoles, complètement saturés. L’Etat a reconduit à la frontière plus de 18 000 personnes en 2015.

Depuis le mois de janvier, les Mahorais ont délogé de force plus d’un millier d’étrangers, pour la plupart comoriens, selon des chiffres de l’antenne locale de la Cimade, association nationale de défense des droits des étrangers.

Ainsi, le 15 mai, plus d’une centaine de villageois ont sillonné les rues de Bouéni dans le sud, tapant avec des bâtons sur des casseroles et chantant, et pénétré dans les cases en tôles des personnes qu’ils souhaitaient déloger de force car elles occupaient leurs terres sans autorisation.

C’est la quatrième opération de ce genre en cinq mois. Les résidents, rassemblés en collectif, accusent les comoriens de « vols, agressions et meurtres au quotidien », d’occupation illégale des terrains, et d’être responsables des « écoles surchargées » et du « système de santé débordé » de l’île.

En situation régulière ou non, ce sont surtout les Comoriens qui sont ciblés. Plus de 500 « expulsés » se sont réfugiés place de la République à Mamoudzou où ils sont pris en charge par des associations mahoraises mais également par la Cimade et la Croix-Rouge, qui tentent de les reloger et de rescolariser les enfants.

Mais à ce jour, aucune solution n’a été trouvée.

Photo de Mayot' News.

Mayot’ News. 19 Mai 2016.

Immigration : L’Etat va envoyer 76 policiers supplémentaires pour lutter contre l’immigration clandestine.

Dans un communiqué publié ce merdredi, les ministères de l’intérieur et des outre-mer ont annoncé des renforts de force de l’ordre compte tenu de la situation préoccupante que connait Mayotte actuellement.

Selon ce communiqué, 822 policiers et gendarmes sont mobilisés à Mayotte et 76 policiers supplémentaires seront affectés à la lutte contre l’immigration clandestine.

Un plan d’action contre l’insécurité et l’immigration clandestine devrait en outre être présenté à la fin du mois à la demande de Manuel Valls.

Photo de Mayot' News.

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A propos Mouvement des Citoyens Malagasy de Paris

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