Rwanda. Paul Kagamé : « Nul ne peut dicter notre conduite ». Hutus et Tutsis, le génocide…

Pour Paul Kagamé, 2017 est l'affaire du peuple

Pour Paul Kagamé, 2017 est l’affaire du peuple © Vincent Fournier/J.A.

Rwanda – Paul Kagamé : « Nul ne peut nous dicter notre conduite »

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07/04/2015 à 08:33 Par François Soudan

La campagne pour sa réélection a déjà commencé. Et le chef de l’État rwandais, Paul Kagamé, n’entend pas recevoir de leçons de l’étranger quant à une éventuelle révision de la Constitution. Pour lui, les choses sont claires : « 2017, c’est l’affaire du peuple. » Entretien.

Une paysanne fait savoir publiquement qu’elle se suicidera s’il ne se représente pas, un homme d’affaires annonce qu’il partira en exil, des militaires menacent de déserter, et les tribunes en faveur de son maintien au pouvoir se multiplient sur les radios et dans les journaux en kinyarwanda : pas de doute, la campagne pour la réélection de Paul Kagamé en 2017 a commencé.

Le plus étonnant, pour l’observateur habitué à voir ce genre d’opération orchestrée et manipulée sous d’autres cieux, c’est qu’elle n’est pas feinte. Le « désir de Kagamé » est ici réel, et peu importe s’il faut pour l’assouvir réviser une Constitution qui, pour l’instant, interdit au président sortant de solliciter un troisième mandat. Motifs : le bilan économique et social incontestablement positif de celui qui tient les rênes d’une main de fer depuis quinze ans, mais aussi et surtout la peur du vide dans un pays encore traumatisé par le souvenir du génocide.

>> Vidéo : Le miracle économique rwandais en images

Assurance-vie

Rarement l’écart entre ce qui se dit et s’écrit à l’étranger sur le régime rwandais et la perception qu’en a la majorité des habitants de ce pays aura semblé aussi béant. Le déficit de libertés politiques et civiles pointé par nombre d’ONG et les procès d’opposants passent presque inaperçus aux yeux de ceux dont la priorité absolue est l’accès à l’alimentation, aux soins et à l’école, soit 90 % des 11 millions de Rwandais – Hutus et Tutsis confondus.

Pour eux, Kagamé est une assurance-vie synonyme d’ordre et de progrès, et ils sont nombreux à penser que le départ du « Lee Kuan Yew rwandais » ouvrirait la voie à une nouvelle saison de machettes.

Autant dire que si contestation il y a face à la quasi-certitude que cet homme de 57 ans sollicite un nouveau mandat dans un peu plus de deux ans, elle viendra avant tout de l’extérieur et glissera sur les flancs des mille collines comme l’eau sur les plumes d’un héron de l’Akagera. « L’étranger ne voit que ce qu’il sait déjà », dit un proverbe rwandais. Et à Kigali, capitale aseptisée et sécurisée d’un pays géré comme une kaisha japonaise, nul n’imagine Paul Kagamé en gentleman-farmer dans son ranch du lac Muhazi…

Jeune afrique : Le 7 avril, le Rwanda commémorera le 21e anniversaire du génocide de 1994. Comment concilier ce rituel obligé avec la nécessité de présenter un autre visage : celui d’un pays en voie de réconciliation avec lui-même et en plein développement économique et social ?

Paul Kagamé : Ces deux options ne sont pas contradictoires, elles sont complémentaires. L’une concerne l’histoire et la mémoire collectives du Rwanda, l’obligation de rendre hommage aux victimes de cette tragédie. L’autre est ce que nous vivons au quotidien et qui raconte une autre histoire intimement mêlée à la précédente. Au coeur des deux, il y a notre peuple, ses souffrances, sa résilience et ses succès.

Le débat sur la révision de la Constitution est désormais ouvert et public au Rwanda. Particulièrement à propos de l’article 101, qui en l’état actuel limite à deux les mandats présidentiels, ce qui exclut votre candidature en 2017. Vous dites ne pas être concerné et pourtant, comme vous le savez, tout tourne autour d’une unique personne : vous.

C’est exact. Mais ce qui est à la fois intéressant, significatif et finalement gênant, c’est que ce débat sur 2017 n’a pas été lancé par les Rwandais. Depuis trois ou quatre ans, des médias, des chancelleries, des ONG étrangères donnent la fâcheuse impression d’être obsédés par cette question, comme si les affaires intérieures de ce pays les concernaient plus que la population elle-même. Maintenant, c’est vrai, le temps est venu pour nous de débattre, démocratiquement, sereinement et en toute indépendance. Les conclusions en seront tirées par les Rwandais et par eux seuls. Nous n’avons pas la prétention de dire qui doit diriger la France ou les États-Unis ; la réciproque doit être vraie.

Est-ce là votre réponse à ceux qui, comme le président François Hollande ou le secrétaire d’État John Kerry, demandent aux chefs d’État africains de ne pas modifier leur Constitution pour se faire réélire ?

Absolument. D’ailleurs, nous ne nous sentons pas visés par ce genre de leçons. Il va de soi que nul ne peut nous dicter notre conduite.

Si beaucoup de Rwandais vous demandent de vous représenter en 2017, n’est-ce pas aussi un constat d’échec de votre part ? Pourquoi n’avez-vous pas pu, ou voulu, laisser émerger un successeur crédible ?

J’ai du mal à vous suivre : ce que vous préconisez là est tout simplement antidémocratique. Où avez-vous vu, en démocratie, un président élever, fabriquer puis imposer un successeur ? Cela n’est valable que pour les monarchies ou les dictatures. Le Rwanda n’est ni l’une ni l’autre. Ce n’est pas à moi de décider qui sera mon successeur, c’est au peuple de le choisir. Pour le reste, on ne peut pas à la fois nous sommer de nous conformer aux standards démocratiques et nous reprocher de ne pas les violer. C’est absurde.

Pour la plupart des observateurs, le programme est le suivant : le Parlement va abroger l’article 101, puis les Rwandais se prononceront par référendum. Est-ce exact ?

Je n’en ai aucune idée, et vous vous adressez à la mauvaise personne. 2017, je le répète, c’est l’affaire du peuple.

À un moment, cela deviendra la vôtre. Il faudra bien que vous choisissiez.

Oui. Mais ce moment n’est pas encore venu et d’autres facteurs entreront nécessairement en ligne de compte. Mon épouse et mes enfants, par exemple, souhaitent que je me rapproche d’eux. Ils estiment que ce job a quelque chose de dévorant et qu’il serait temps pour moi de rentrer à la maison. Je ne leur donne pas tort, d’autant que, si cela ne dépendait que de moi, ma vie aurait pris un tout autre chemin que celui qui m’a mené ici. Mais l’Histoire et les circonstances ont voulu que mon existence ne soit pas confinée à ma seule famille. Il est des exigences devant lesquelles on ne peut pas, on ne doit pas se dérober.

Si votre décision est de vous représenter, vous savez très bien ce que vos opposants, mais aussi toute une partie de la communauté internationale, diront. Que tout ce débat était fabriqué, orchestré et que vous n’avez jamais eu l’intention de quitter le pouvoir…

Que ma décision soit celle-là ou l’inverse, cela ne changera rien. Ceux qui pensent avoir reçu mandat pour gérer le Rwanda à la place des Rwandais ont depuis longtemps fabriqué leur propre histoire et élaboré leur propre scénario. Imaginez que je décide de ne pas concourir en 2017 : on dira que le peuple me rejette, que la situation n’était plus tenable, que j’ai fui, que j’ai eu peur, que sais-je encore. Imaginez que je me représente : ce sera la preuve que je suis un autocrate. Dans un cas comme dans l’autre, les fictions élaborées à l’extérieur sont et seront toujours négatives. Mais ces fictions ne comptent pas. Ce qui importe pour les Rwandais, c’est le progrès, la qualité de leur vie et de la gouvernance, la vision dont leurs dirigeants sont capables. Tout le reste est trivial.

Interrogé il y a quelques mois par la revue Foreign Affairs sur l’éventualité d’un changement de la Constitution au Rwanda, le milliardaire philanthrope Mo Ibrahim a répondu ceci : « Kagamé est vraiment parvenu à faire émerger et à développer son pays. Les gens l’admirent pour cela. Ce devrait être son héritage, et j’espère qu’il prendra la bonne décision. » Que voulait-il dire par là, selon vous ?

La bonne décision dépendra du contexte et elle ne sera pas obligatoirement conforme à ce que Mo Ibrahim a en tête. Mo a beaucoup de qualités, mais il n’est pas rwandais et je ne suis pas candidat à un prix que l’on ne décerne qu’à des Africains pour le seul exploit d’avoir su quitter le pouvoir, même s’ils n’ont rien accompli d’autre pour leur peuple. Le prix que je recherche, c’est celui que Mo Ibrahim devrait donner aux Rwandais pour avoir accompli tant de progrès en aussi peu de temps, après avoir frôlé l’anéantissement.

Dès qu’une personnalité rwandaise décède, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, vous êtes le suspect numéro un. Derniers exemples en date : votre ancien médecin personnel, Emmanuel Gasakure, ou l’homme d’affaires Assinapol Rwigara. Vous n’en avez pas un peu assez ?

Que j’en aie assez ou pas, cela change quoi à votre avis ? Ceux qui propagent ce genre d’insanités savent pourquoi ils le font et pourquoi ils continueront à le faire : détruire et distraire, quitte à faire croire qu’au Rwanda aucune mort ne peut être naturelle. Tout cela n’a aucun intérêt, sauf peut-être pour les psychologues. Pour ma part, je n’ai ni le temps ni le goût de m’y arrêter.

L’ONG Freedom House et le Foreign and Commonwealth Office se disent préoccupés par l’état des libertés civiles et politiques au Rwanda. Prenez-vous acte de leurs recommandations ?

J’en tiendrai compte le jour où ils appliqueront les mêmes règles et les mêmes jugements à leurs propres pays. Quand, par exemple, lorsqu’on abat des jeunes Noirs dans les rues d’une ville simplement parce qu’ils n’ont pas la bonne couleur de peau, ils oseront mettre directement en cause le président de ce pays, comme ils se permettent de me mettre directement en cause pour tout et n’importe quoi.

J’en tiendrai compte aussi quand ces institutions, ces ONG et leurs relais médiatiques changeront leur logiciel et cesseront d’écrire toujours la même chose, comme si rien n’avait changé au Rwanda depuis vingt ans. En attendant, mon travail est de diriger mon pays du mieux que je puisse le faire. Le jour où les Rwandais estimeront que j’ai échoué, ils auront le droit de me démettre, seul leur avis compte à mes yeux. En réalité, quand Freedom House et d’autres ONG prétendent évaluer le degré de liberté au Rwanda, elles le font en fonction d’une conception occidentale restrictive de cette notion. Pour nous Rwandais, il n’est pas de liberté sans la liberté de se soigner, d’être éduqué, logé, nourri, éclairé, et il n’est pas de liberté sans égalité entre hommes et femmes. On ne peut donc pas se comprendre.

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Les programmes de la BBC en kinyarwanda ont été suspendus il y a cinq mois après la diffusion d’un documentaire télévisé reprenant les thèses révisionnistes sur le génocide et ses origines. Envisagez-vous de lever cette mesure ?

Nous verrons. Ce documentaire a été volontairement et malicieusement élaboré pour détourner, altérer et déformer notre histoire avec une violence médiatique inouïe. Nous voulons savoir pourquoi la BBC a accepté de jouer à ce jeu et nous voulons que ses auteurs s’expliquent. Une commission d’enquête a été créée à ce sujet. Notre décision dépendra de ses conclusions.

La liberté d’expression existe-t-elle vraiment au Rwanda ?

Je rencontre des dizaines de milliers de personnes lors de mes meetings à travers le pays. Pendant des heures, les citoyens prennent la parole, et je les écoute. Ils critiquent leurs leaders, ils parlent de leurs voisins, de leurs soucis, de leurs revendications. Je leur réponds, j’oblige les responsables incriminés à s’expliquer, je prends des décisions. De quoi s’agit-il ici, si ce n’est de liberté d’expression ?

Pourtant, si l’on en croit les rapports de Reporters sans frontières et du Committee to Protect Journalists, les médias sont muselés…

C’est effectivement ce qu’ils prétendent, en méconnaissance volontaire de cause. Ils ne lisent pas nos journaux, ils n’écoutent pas nos radios privées. S’ils faisaient leur travail, ils s’apercevraient que, contrairement à ce qu’ils disent, on peut dans ce pays critiquer le pouvoir et critiquer Kagamé sans aller en prison. Notre loi ne sanctionne pas la critique. Elle sanctionne les abus, la diffamation, l’incitation à la haine, l’apologie du génocide. Comme dans n’importe quelle démocratie.

Vous considérez-vous comme un homme fort, un homme d’État ou les deux à la fois ?

Je suis un homme qui a donné sa vie pour la cause de son peuple et de son pays. Je ne suis donc pas exactement réductible au premier quidam croisé dans la rue, j’en conviens. Pour le reste, appelez-moi comme vous le voulez. Vous pouvez même m’ignorer, je ne m’en plaindrai pas.

Vous avez reçu l’ancien président français Nicolas Sarkozy fin février, en marge d’une visite au siège de l’Unesco, à Paris. Pourquoi avez-vous tenu à le rencontrer ? 

Avec Nicolas Sarkozy à Kigali, en février 2010.Crédit : Rémy de la mauvinière/AFP

Des amis communs m’ont fait savoir qu’il était disponible et que nous pourrions nous rencontrer. Lorsqu’il était aux affaires, le président Sarkozy a pris de bonnes initiatives pour réduire et apaiser le contentieux qui existait entre la France et le Rwanda. Je tenais à le lui redire. Nous avons parlé de tout cela, du chemin qui a été parcouru, de ce sur quoi nous sommes d’accord, de ce sur quoi nous sommes d’accord pour ne pas être d’accord, et de ce qui reste à accomplir.

Avez-vous parlé de politique intérieure française ?

Non. C’est un débat dans lequel je n’ai pas ma place.

Lors de votre entretien avec le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, à Libreville en août dernier, vous auriez promis d’écrire une lettre au président Hollande pour lui expliquer ce que vous reprochiez précisément à la France pendant la période du génocide. Est-ce exact ?

Non. Je n’ai aucun engagement, surtout pas de ce type, à prendre devant un ministre des Affaires étrangères. J’écris si et quand je le souhaite, et je n’ai rien à promettre. Les ministres des Affaires étrangères ne traitent qu’avec leurs homologues, moi aussi.

Êtes-vous préoccupé par la dégradation de la situation intérieure au Burundi, à quelques mois de l’élection présidentielle ?

Si j’en crois ce que l’on nous rapporte de différentes sources, nous avons en tant que voisins quelques motifs sérieux d’inquiétude. Le climat politique est tendu, des risques d’explosion existent, et nous craignons que cette spirale potentielle de violence soit exploitée contre nous par les forces négatives qui opèrent dans l’est de la RD Congo. Nous avons surtout, en premier lieu, des craintes pour le peuple burundais. Ce sont nos frères et nos soeurs. Tout ce qui les affecte nous affecte.

Depuis plus d’un mois, les forces armées congolaises ont lancé l‘opération Sokola 2 pour en finir avec les rebelles hutus rwandais des FDLR [Forces démocratiques de libération du Rwanda] présents dans les deux Kivus. Êtes-vous confiant dans les résultats de cette offensive menée contre vos ennemis ?

J’y croirai quand les résultats, comme vous dites, seront là. S’ils sont au rendez-vous, je serai le premier à m’en féliciter.

L’armée congolaise combat seule pour l’instant, sans le soutien de la Monusco [la mission de l’ONU en RD Congo] et de sa brigade d’intervention rapide composée de soldats sud-africains et tanzaniens. Que pensez-vous de cette inaction ?

Je constate, comme tout le monde, que cette brigade a été créée pour combattre les FDLR et qu’elle reste l’arme au pied, alors qu’elle s’est montrée extrêmement agressive lorsqu’il s’est agi d’attaquer les rebelles du M23 [Mouvement du 23-Mars], considérés à tort comme proches de nous. Cela en dit long sur l’hypocrisie et le deux poids deux mesures qui préside à ce type d’intervention. Et cela ne fait que renforcer notre détermination à ne compter que sur nos propres forces.

Des membres des FDLR en 2014. Crédits : Kenny Katombé/Reuters

Les FDLR ne constituent plus qu’une guérilla résiduelle de 2 000 hommes environ. Les considérez-vous encore comme une menace militaire pour le Rwanda ?

La question n’est pas là. Si ces groupes de criminels, que la Monusco, le gouvernement congolais et la communauté internationale dans son ensemble considèrent – ou feignent de considérer – comme tels depuis des lustres, opèrent toujours sans qu’aucune offensive sérieuse ne soit montée contre eux, c’est que le problème est ailleurs. Raison de plus s’ils sont affaiblis : les réduire n’en devrait être que plus aisé ! Or rien ne se passe. Le problème est donc à rechercher du côté de ceux qui collaborent avec eux, qui les protègent ou qui refusent de les traiter.

Lors du dernier séminaire national des dirigeants rwandais, que vous avez présidé début mars, vous avez une nouvelle fois exhorté les participants à acquérir la culture du résultat et de la responsabilité. Cela fait des années que vous le dites. N’êtes-vous pas las de vous répéter ?

Non. Le fait de se répéter est partie intégrante de mon job. Ce n’est pas celle que je préfère, mais il faut marteler pour que le clou s’enfonce.

Pourquoi êtes-vous obsédé par la nécessité de rendre des comptes ?

Parce que personne ne peut produire de résultats s’il n’est pas tenu de rendre des comptes. Comment gagner la bataille de la santé et de l’éducation si une partie de l’argent qui y est consacré disparaît en toute impunité ? C’est une exigence que je m’applique à moi-même : chacun peut me demander des comptes.

Ce sera le cas lors de la présidentielle de 2017 ?

C’est le cas à tout moment. Chaque année, chaque mois, chaque jour. Et les Rwandais ne s’en privent pas.

« Vous ne devez pas réclamer votre dû pour vos sacrifices du passé, nous ne vivons pas dans le passé », avez-vous déclaré récemment devant les cadres du Front patriotique rwandais. N’avez-vous pas l’impression d’être souvent trop dur, trop exigeant, trop intransigeant avec vos collaborateurs, vos ministres, votre peuple ?

Ne comptez pas sur moi pour que je m’en excuse. Je sais que les Rwandais travaillent dur, mais je sais aussi que l’on doit toujours repousser ses limites si l’on veut atteindre ses objectifs. Je me suis appliqué cette règle à moi-même tout au long de ma vie. Si nous voulons devenir un pays à revenu intermédiaire dans cinq ans, nous n’avons pas d’autre choix.

Cela ne doit pas être de tout repos de travailler avec vous. Vous exigez la perfection !

Oui. Tout en sachant que la perfection n’est pas humaine et que je suis moi-même humain.

Lee Kuan Yew, l’ancien Premier ministre de Singapour, vient de décéder. C’était votre modèle ?

À l’évidence, une source d’inspiration. Un grand homme, mû par de grands principes et qui a réalisé de grandes choses avec un petit pays. Lee Kuan Yew a transformé Singapour et la vie de son peuple. C’est aussi ce que nous sommes en train de faire au Rwanda.

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Génocide rwandais: l’Élysée déclassifie les documents de la présidence française

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Génocide rwandais: l'Élysée déclassifie les documents de la présidence française

Génocide rwandais: l’Élysée déclassifie les documents de la présidence française © AFP

Après un an de préparatifs conduits dans le plus grand secret, l’Élysée a déclassifié mardi les archives de la présidence française sur le Rwanda pour la période 1990 à 1995, un geste important au jour du 21e anniversaire du déclenchement du génocide rwandais, le 7 avril 1994.

Les relations entre la France et le Rwanda avaient été plombées par une violente polémique autour du rôle éventuel des forces françaises dans le génocide. Elles ont même été totalement gelées entre 2006 et 2009.

« Le secrétaire général (Jean-Pierre Jouyet) a signé aujourd’hui la décision portant déclassification des archives des documents de l’Élysée relatifs au Rwanda entre 1990 et 1995 », a annoncé l’entourage du président Hollande.

La décision a été signée en présence de Dominique Bertinotti, ancienne ministre et mandataire des archives de la présidence de François Mitterrand, a précisé l’Élysée.

Entre avril et juillet 1994, quelque 800. 000 personnes avaient été tuées en une centaine de jours, selon l’ONU, des membres de la minorité tutsi pour l’essentiel. Les massacres avaient débuté au lendemain de l’attentat qui avait coûté la vie au président hutu Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994.

Selon l’entourage de François Hollande, le président « avait annoncé il y a un an que la France devrait faire preuve de transparence et faciliter le travail de mémoire sur cette période sans que cette décision ne soit rendue publique ».

Depuis, le recensement des archives a été « lancé et coordonné » par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), les documents mêlant des notes des conseillers diplomatiques et militaires de l’Élysée, mais aussi des comptes rendus de conseils restreints de défense ou de réunions ministériels.

« Rien n’interdit plus la consultation de ces archives » qui seront ainsi à la disposition des chercheurs, des associations de victimes ou de la société civile, souligne la présidence française qui parle d’un « souhait de vérité ».

Dans quelque temps, précise-t-elle encore, d’autres archives seront déclassifiées, celles de l’Assemblée nationale et des ministères des Affaires étrangères et de la Défense, chacun allant « à son rythme » dans cette procédure.

– « Exigence de vérité et de transparence » –

Parmi ces documents, figurent les « archives Quilès », du nom de l’ancien ministre socialiste Paul Quilès qui avait présidé la mission des commissions de la Défense et des Affaires étrangères de l’Assemblée sur les opérations militaires conduites par la France et l’ONU, notamment, au Rwanda entre 1990 et 1994. Son rapport avait été publié en décembre 1998.

Dans un communiqué publié mardi soir, SOS Racisme se « félicite » de cette déclassification, un acte répondant à « une exigence de vérité et de transparence ».

« Depuis plusieurs années, la France a soufflé le chaud et le froid face à la responsabilité de certains de ses ressortissants dans la préparation et le déroulement du génocide », or « le respect dû aux victimes de ce drame tout autant que la reconstruction des rescapés ne peuvent se faire que par une exigence de vérité et de transparence à laquelle participe François Hollande à travers cet acte », estime l?association antiraciste.

L’Union des étudiants juifs de France (UEJF) « salue » elle aussi « un pas important », espérant qu?il « facilitera la lutte contre le négationnisme malheureusement répandu au sein d?une partie de la classe politique française ».

SOS Racisme considère néanmoins que « le chemin est encore long et escarpé » : la France devra notamment « accepter de reconnaître l?implication de certains de ses ressortissants » dans le génocide « et faire en sorte qu?ils aient à répondre de leurs actes devant la justice ».

L’actuel président rwandais Paul Kagame accuse toujours la France de complicité dans le génocide, reprochant à Paris d’avoir soutenu le gouvernement extrémiste hutu qui avait déclenché les tueries. Mais Paris a rejeté à de multiples reprises ces accusations, assurant que les forces françaises n’avaient fait qu’oeuvrer à la protection des populations civiles.

Cette procédure de déclassification, spécifie-t-on par ailleurs à l’Elysée, est distincte de la vingtaine de procédures judiciaires toujours en cours au pôle « crimes contre l’humanité » du tribunal de Paris. En mars 2014, Pascal Simbikangwa a été condamné à 25 ans de réclusion à l’issue d’un premier procès à Paris.

Deux autres Rwandais, les anciens bourgmestres Tito Barahira et Octavien Ngenzi, ont été renvoyés devant la cour d’assises et attendent désormais leur procès qui pourrait se tenir entre mai et juillet 2016 dans la capitale française.

Lire l’article sur Jeuneafrique.com : | Génocide rwandais: l’Élysée déclassifie les documents de la présidence française | Jeuneafrique.com – le premier site d’information et d’actualité sur l’Afrique

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Génocide des Tutsi du Rwanda: à quand la vérité?

07/04/2015
Vingt-et-un ans après le génocide de 1994 qui a coûté la vie à un million de Rwandais tutsi, et s’est accompagné du massacre de milliers de Hutu opposés à ce crime, la question des responsabilités de l’Etat français se pose plus que jamais au vu des nouveaux éléments à charge apportés depuis douze mois.

En avril 2014, au moment de la vingtième commémoration, l’ancien ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner a ainsi confirmé que « le gouvernement génocidaire a été formé dans l’enceinte de l’ambassade de France en avril 1994 », et que « Paris lui a livré des armes jusqu’en août 1994 ». Des livraisons d’armes implicitement reconnues par Hubert Védrine, Secrétaire général de l’Elysée en 1994, devant la commission de la Défense de l’Assemblée nationale.

Interrogé le 16 avril 2014 par le député Joaquim Pueyo, qui lui demande : « Est-ce que la France a livré des munitions aux forces armées après le début du génocide ? À quelle date ? », Hubert Védrine répond qu’à partir de 1990, la France a armé les Forces armées rwandaises (FAR) pour résister aux attaques du Front Patriotique Rwandais (FPR) et permettre la négociation d’un compromis politique.

Il ajoute : « Donc, il est resté des relations d’armement et c’est pas la peine de découvrir sur un ton outragé qu’il y a eu des livraisons qui se sont poursuivies : c’est la suite de l’engagement d’avant, la France considérant que pour imposer une solution politique, il fallait bloquer l’offensive militaire » [1].

« [L]a poursuite des livraisons d’armes aux Forces armées rwandaises jusqu’en juillet 1994 » est également mentionnée dans une note du 24 février 1995 de la Délégation aux affaires stratégiques (DAS) du ministère de la Défense, rendue publique le 22 avril 2014 par Patrick de Saint-Exupéry.

Pour sa part, l’ex-capitaine Guillaume Ancel, qui a participé à l’opération Turquoise, a raconté comment il avait été chargé de détourner l’attention des journalistes, dans la deuxième quinzaine de juillet 1994, alors qu’un convoi d’armes destinées aux FAR était acheminé vers le Zaïre.

Le témoignage précieux de Guillaume Ancel éclaire aussi les objectifs réels de l’opération « humanitaire » Turquoise. L’ex-officier affirme en effet avoir reçu deux ordres de combattre le FPR. Le premier, transmis le 22 juin 1994, était de réaliser un raid sur Kigali, lors duquel le rôle d’Ancel était d’aller près du front pour désigner aux avions leurs cibles. Le second, le 30 juin, était d’aller stopper par la force le FPR à l’est de la forêt de Nyungwe.

Une opération annulée in extremis, le 1er juillet vers 5 h 30 du matin : « Mon hélico a déjà décollé quand un officier de l’état-major du COS vient nous faire atterrir en urgence et annule toute l’opération. Cela veut dire qu’il y a eu un ordre politique, de très haut niveau, qui a dû être donné au dernier moment (vers 5 h du matin à Paris, puisque l’heure française est la même que l’heure rwandaise). Il a donc dû résulter d’un long débat nocturne, suscité par une des (rares) personnes qui à Paris sont informées de cette opération ».

Briser la chape de plomb

De ces discussions au plus haut niveau de l’Etat, nous savons encore trop peu. Le travail de Jean-François Dupaquier (Politiques, militaires et mercenaires français au Rwanda, Karthala, 2014) a certes permis de documenter la désinformation menée par les services rwandais à destination des autorités françaises dans le but de faire passer, avec l’aide de certains officiers français, la guerre contre le FPR pour une agression extérieure commise avec l’aide d’une puissance anglophone, l’Ouganda. Une présentation taillée sur mesure pour cadrer avec l’obsession des responsables français pour la « stabilité » des alliés africains et réactiver le « syndrome de Fachoda », la vieille rivalité d’influence avec les « Anglo-Saxons ».

Cette désinformation dont ils ont été la cible n’explique pas pour autant pourquoi les dirigeants français, par ailleurs correctement renseignés par la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), ont maintenu envers et contre tout leur alliance avec les génocidaires. Selon la note de la DAS citée par Patrick de Saint-Exupéry, la DGSE avait même proposé le 4 mai 1994 « une condamnation publique, sans appel, des agissements de la garde présidentielle rwandaise et du colonel Bagosora ».

Ce dernier est considéré comme l’architecte du génocide, dont la garde présidentielle était l’un des principaux fers de lance. Le 18 mai 1994, devant l’Assemblée nationale, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé parle de « génocide » et déclare que « les troupes gouvernementales rwandaises se sont livrées à l’élimination systématique de la population tutsi ».

Dès lors, pourquoi, deux mois plus tard, évacuer le gouvernement intérimaire rwandais vers le Zaïre ? Pourquoi faire de la force Turquoise un bouclier protecteur pour les FAR, derrière lequel elles pourront se réfugier avant de fuir le Rwanda pour se reconstituer au Zaïre, avec l’aide française ? A ces questions, comme à tant d’autres, les citoyens français n’ont reçu, pour toute réponse, qu’un récit falsifié de la politique menée au Rwanda par un petit cercle de dirigeants politiques et militaires, un récit qui reçoit visiblement l’aval des plus hautes autorités de la République.

Raphaël Doridant

Cameroonvoice

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08/04/2015 14:26:33
Rwanda: Kagame met en garde contre le révisionnisme concernant le génocide de 1994

Les auteurs du génocide sont traités comme des hôtes de marque dans certains pays étrangers où ils sont libres de circuler et de répandre des fausses informations sur le génocide au Rwanda, a déclaré M. Kagame.

Xinhua

Prezida Paul Kagame yiyamye amahanga adacira imanza abaregwa jenoside

Le président rwandais Paul Kagame a averti les gens, au Rwanda comme ailleurs dans le monde, qu’il ne fallait pas « répandre des fausses informations visant à démentir le génocide de 1994 au Rwanda ».

Le président Kagme a tenu ces propos mardi après avoir allumé la « Flamme de l’Espoir » au Centre mémorial sur le génocide à Kigali, une flamme qui brûlera pendant 100 jours pour commémorer le 21ème anniversaire du génocide au Rwanda.

M. Kagame a également dénoncé la communauté internationale d’ alors pour « avoir été réticente à éliminer les FDLR », une milice largement considérée comme responsable du génocide de 1994 contre les Tutsi au Rwanda.

« Notre pays ne laissera jamais aucune chance à ceux qui voudraient défendre le révisionnisme et nous ramener à cette période sombre. Nous sommes prêts à combattre pour nos droits », a- t-il déclaré.

Le Rwanda « a changé en mieux et pour toujours », a-t-il dit, soulignant que la reconstruction, l’unité et la réconciliation étaient au coeur du Rwanda aujourd’hui.

« Nous devons condamner le révisionnisme en honorant la mémoire des victimes et les survivants du génocide qui se battent pour la vérité et la justice », a-t-il dit.

Les auteurs du génocide sont traités comme des hôtes de marque dans certains pays étrangers où ils sont libres de circuler et de répandre des fausses informations sur le génocide au Rwanda, a déclaré M. Kagame.

« Notre passé nous a donné des forces sans précédent pour faire face à ce défi. Nous avons été blessés, mais nous sommes toujours debout et nous n’allons pas fuir. La communauté internationale est intervenue pour résoudre le problème des rebelles du M23 en République démocratique du Congo à l’Est, mais il continue de fermer l’oeil sur les auteurs du génocide », a-t-il déclaré.

La commémoration a débuté le 7 avril et comprendra plusieurs activités dont des visites et des dépôts de fleurs sur des sites de commémoration, des funérailles décentes accordées à des dépouilles du génocide précédemment récupérées, des témoignages et des conférences, des défilés à la chandelle et des activités en faveur des rescapés du génocide, entre autres.

Les commémorations se poursuivront jusqu’au 4 juillet, à la mémoire des 100 jours du génocide.

Les commémorations de cette année se concentreront principalement sur le dialogue avec les communautés nationale et internationale sur les questions de négationnisme et de révisionnisme, ont déclaré les organisateurs.

Au centre mémorial, M. Kagame a déposé une gerbe de fleurs pour honorer les plus de 250 000 victimes du génocide enterrées dans ce mémorial.

Dans le cadre des commémorations, les Rwandais se sont réunis dans leurs villages pour rendre hommage aux victimes du génocide, et des conférences et débats publics sont organisés pour discuter de la manière dont on peut faire face aux idéologies du génocide et au négationnisme.

Le génocide de 1994 a éclaté lorsqu’un avion transportant le président rwandais d’alors Juvénal Habyarimana, de l’ethnie majoritaire des Hutus, a été abattu le 6 avril 1994, causant la mort de toutes les personnes à bord.

Les Hutus ont rendu l’ethnie Tutsi responsable de cette attaque et cherché à se venger immédiatement. Les extrémistes hutus se sont armés de machettes, de massues, d’objets contondants et d’ autres armes meurtrières pour violer, mutiler et tuer leurs voisins tutsis.

Plus d’un million de personnes sont décédées dans ce massacre qui a duré 100 jours entre avril et juillet 1994.

Cameroonvoice

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Génocide au Rwanda : 21 ans déjà !

« Nous étions une famille nombreuse, à peu près 150 personnes. Mais elles ont été toutes tuées de la même façon. Et je suis le seul survivant. Je ne pourrais jamais oublier toutes les horreurs que j’ai vécues à cette époque. C’était tout simplement inexplicable. J’ai réussi à me cacher sinon je ne suis plus ici, maintenant», témoigne Adrien Rangira, 50 ans, l’un des survivants du Génocide au Rwanda, en 1994.  En effet, près de 800 000 Rwandais ont péri lors de ce massacre, dont généralement les Tutsis, mais également les Hutus modérés, des Twas, et d’autres. Des massacres résultant «d’une haine profonde» entre ethnies, explique-t-on.

La diaspora rwandaise à Madagascar, en collaboration avec le Système des Nations Unies (SNU) a procédé hier, dans la maison commune des Nations Unies, à la cérémonie de la 21e commémoration de ce Génocide, en présence de Fatma Samoura, Coordonnateur résident des Nations Unies.

Midi M/car

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