Caylah slame la colère de Madagascar

Une jeune slameuse malgache, prénommée Caylah, a partagé un clip tourné dans les rues de Tananarive à Madagascar. Elle raconte avec force la colère et la fierté liées à l’histoire et au quotidien de l’île.

La pluie inonde les rues de Tananarive, l’orage gronde, pendant qu’entre deux bouffées de cigarette une jeune femme entonne une mélodie. Puis la caméra se projette dans les rues de Tanarive , suivant Caylah qui lâche un slam « enragé », colère libérée contre les injustices sociales et historiques dont souffre l’île. Le tonnerre gronde aussi dans le coeur des Malgaches.

Vidéo

 

Le clip, soigneusement réalisé par Denis Sneg et Philippe Chevallier, annonce, selon un post de l’artiste sur Facebook, un projet de documentaire consacré à Madagascar, intitulé Mada underground.

Jeune Afrique.

Le Point Afrique – Publié le 17/02/2016 à 16:00

Musique – Madagascar – Caylah : la révolution slam de la Grande Île

VIDÉO. Voix haute, coeur haletant, regard droit, Caylah, 22 ans, exprime son ressenti sur Magagascar minée par l’instabilité politique et économique.

  Caylah & Men en concert le 30 janvier 2016 à L'Is'art Galerie, à Tananarive.   

  Caylah & Men en concert le 30 janvier 2016 à L’Is’art Galerie, à Tananarive.    © Facebook
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Propos recueillis par Le buzz, ce n’est pas vraiment ce que cherche Caylah. Bien sûr, cela peut aider à faire avancer les projets dans un pays où les artistes sont peu soutenus dans leurs activités. La jeune artiste malgache ne mâche pas ses mots. Dans le clip vidéo qu’elle a publié le 9 janvier dernier, elle marche dans les rues pluvieuses de Tananarive, la capitale, capuche sur la tête, à contresens des passants au début de la vidéo, puis de face pour laisser en fin place à ce visage juvénile, mais téméraire. À tout juste 22 ans, rien ne lui a échappé de la réalité que vit son pays depuis l’époque coloniale jusqu’à l’indépendance, le 26 juin 1960, et aujourd’hui. La politique, l’économie, dans le détail, le coût de la vie, la culture malgache qui ne s’apprend plus dans les écoles. C’est que la mondialisation, Caylah en a un goût amer. Lassée des coups d’État politiques, des retombées économiques qui se font attendre, de l’image de carte postale diffusée partout à propos de la Grande Île, elle clame haut et fort ce que beaucoup de Malgaches pensent tout bas. Loin de la décourager, elle veut se faire la porte-parole d’une génération d’éclairés au service de la Grande Île. Alors, quand sa vidéo Slam gasy fait le buzz, c’est l’occasion pour la jeune femme titulaire d’une licence en communication des entreprises d’expliquer sa démarche, et sa vision pour son pays. Bien présente sur les réseaux sociaux, c’est à travers eux qu’elle communique le mieux. Avec à peine 4 % de la population qui a accès à l’Internet à Madagascar, Caylah montre aussi que les temps changent, et ce, malgré l’incertitude politique. Sa vidéo a été vue, selon Radio France Internationale (RFI), plus de 70 000 fois en date du 23 janvier. Investie dans le social à travers des cours de slamothérapie qu’elle donne dans un centre pour mères adolescentes, elle s’est confiée au Point Afrique pour quelques minutes.

Le Point Afrique : quelles sont vos sources d’inspiration ?

Caylah : Pour moi, il y a trois sortes d’inspiration : la première, du cerveau intellectuel, quand on demande décrire sur un thème ; la seconde, du coeur, des émotions, joies, tristesse colère, haine, et qui nous pousse à écrire la troisième, d’une entité supérieure, qu’on ne connaît pas, car il me plaît de dire que les artistes sont des intermédiaires entre le monde imaginaire et la réalité

Êtes-vous en colère, Caylah ?

Je ne suis pas en colère vis-à-vis de mon pays, c’est plus de la tristesse que de la colère vis-à-vis de ce qui se passe à l’intérieur. Le plus difficile pour moi est de voir ce que les Malgaches eux-mêmes font à leur pays. C’est ce qui me décourage vraiment. C’est pourquoi dans le texte tout le monde en prend pour son grade, que ce soient ceux en costard ou le Malgache d’aujourd’hui. Parce que, si on est pauvre, c’est aussi de notre faute quelque part, parce qu’on est pauvre au niveau de l’esprit, je trouve.

À qui vos textes s’adressent-ils ?

Mes textes s’adressent à tout le monde, vieux, jeunes, riches ou pauvres.

Quels sont vos messages ?

J’aspire à une prise de conscience collective en fait, et mes messages ne s’adressent pas seulement au malagasy, mais aussi aux étrangers.

Comment voyez-vous l’avenir du pays ?

Je vois malheureusement un avenir sombre, même si j’observe une lueur d’espoir quand même à l’horizon parce que les gens commencent à prendre conscience de ce qui ne va pas et font des actions. Comme l’embellissement de mon quartier à la suite de la diffusion de ma vidéo. Mais on est encore loin d’un avenir glorieux pour Madagascar. Pourtant, petit à petit, on avance.

Comment gérez-vous votre soudaine notoriété ?

Le buzz, ça n’a rien changé dans ma vie, je suis restée la même malgré tout. Et puis ça fait deux ans qu’on peut dire que je suis connue dans le milieu. J’ai été déjà championne des champions de slam à Madagascar en 2014, alors, de ce côté-là, je n’ai pas eu du mal.

Où en est le projet du documentaire Mada Underground ?

Phillipe Chevalier et Denis Sneg (les deux coréalisateurs du clip Slam gasy) vont revenir certainement bientôt pour terminer ce qu’on a commencé. C’est toujours en cours de financement, mais le documentaire suscite déjà beaucoup d’intérêt et ça ne saurait tarder.

La colonisation, vous avez beaucoup à dire sur le sujet ?

Oui, la colonisation est toujours présente, mais d’une autre façon. La mondialisation, on peut dire ce qu’on veut, mais c’est une forme de colonisation moderne ! Si un pays ne fait pas attention, il peut être engrené dans ce système.

Quel est votre message aux jeunes, dont vous êtes proche par vos activités ?

Au niveau de l’éducation, je pense qu’il faudrait plus de professeurs qualifiés dans les écoles publiques. Mais aussi instaurer une bonne base dès les premières années : c’est le secret. Étant une population jeune, nous les jeunes, les enfants qui vont grandir à leur tour, on est l’avenir du pays, donc il faut donner une bonne base dès la petite école, et ce, dans un cadre favorisant la création et donnant l’envie d’aller à l’école et d’étudier tout simplement.

Vous êtes assez pessimiste…

Je ne suis pas pessimiste. Je suis, au contraire, très optimiste, j’y crois, mais à ce stade-là rien ne semble changer ! Regardez ce texte, je l’ai écrit il y a quatre ans et, aujourd’hui, il est toujours d’actualité ! Je n’attends rien de nos dirigeants, j’attends plus de chacun de nous Malgaches, quel que soit le niveau, j’appelle à une prise de conscience collective et individuelle. Qu’on se donne la main et qu’on mette nos forces en commun pour assurer un meilleur avenir à notre pays et à nos générations futures.

Avez-vous un album en préparation et de quoi sera-t-il fait ?

J’ai un groupe actuellement : Caylah and Men. Il s’agit de trois artistes, Miora Rabarisoa, Éric Harilala et Andriantiana Nantenaina. Nous mélangeons slam, poésie, rap et chant. On est assez ouverts. Mais nos textes sont clairement engagés d’un point de vue social, politique et culturel. Nous sommes encore à la recherche de sponsoring pour le produire, surtout après le concert réussi que nous avons fait à l’Is’art Galerie Ampasanimalo. Le Point Afrique.

 

REGARDEZ, Caylah dans son clip vidéo Slam gasy coréalisé par deux Français :

Portrait : Caylah, une slameuse révoltée !

Caylah, la petite slameuse révoltée. (Photo Facebook)

Révolte, prise de responsabilité, engagement… des mots qui la définissent. A tout juste 22 ans, Caylah voit déjà très loin. Elle fait partie de ces jeunes qui ne veulent plus subir.

Au début du mois de janvier, sa vidéo fait le tour des réseaux sociaux. Politique, économie, social… elle aborde tous les sujets et dit tout haut ce que la plupart pensent tout bas. Une manière de dire et d’aborder les choses qui font preuve d’une grande maturité. Ses mots en témoignent. « Laissons l’histoire juger du passé, juger du présent. Laissons le futur murmurer son cours. Madagascar, terre sainte, terre riche d’histoire s’est faite souiller par les colons, par la mentalité occidentale. Malgré la malgachisation, malgachisation de notre terre, car le malgache est notre langue mère. Cependant, elle n’a guère le mérite de nous plaire. Stéréotypé made in Mada, au même titre que made in China. Je te dirai pourtant que les Malgaches sont les meilleurs. Malgache is good, beautiful. N’en aie pas honte. N’essaie pas d’être quelqu’un d’autre. Reste toi-même. Certains ne le comprennent toujours pas. Excusez-moi, c’est la mode aujourd’hui de parler français. Rien d’étonnant. Aujourd’hui tout le monde se prend pour un étranger. Sur la côte, les tomates se vendent en euros. Toi, côté ariary, t’es encore à zéro. Globalisation, mondialisation, c’est le développement. Et Madagascar ne cesse de s’enfoncer dans la pauvreté. Les Malgaches d’aujourd’hui sont connus pour leur connerie. Ils n’ont plus d’identité comme ils n’avaient plus de fierté. Ils ont oublié leurs valeurs. Madagascar mon pays, Madagascar terre de mes ancêtres. Tu es souillée aujourd’hui par le Malgache en costard. Patrie, liberté, développement alors qu’on ne cesse de régresser. Patrie, liberté, égalité, la corruption règne. Les riches s’enrichissent. Patrie, liberté, amour, les Malgaches s’entretuent et se méfient entre eux. Pillage, violence, massacre, Madagascar, terre de mes ancêtres, mon héritage, mon patrimoine génétique, avec du sang de mes ancêtres. Notre histoire a été écrite mais aujourd’hui,  personne ne s’en soucie, personne ne les respecte. Personne n’honore leur mémoire alors qu’ils se sont battus pour notre gloire. Où sont passés nos valeurs : à la fraternité, l’égalité, un pour tous ? Aujourd’hui, c’est chacun pour soi. Quand l’un s’enfonce, l’autre le regarde sans l’aider.  Quand l’un se débat, c’est qu’il y a un autre qui le bat. Si tu n’as pas de muscle, c’est que tu as tort. Manger ou être mangé, à toi de décider. Ce qui m’amène à  constater que la vérité peut s’acheter. Que la vérité appartient aux riches. Que les dirigeants administrant dans leur propre intérêt. Que l’intérêt du peuple n’a jamais existé. Je ne peux pas fermer les yeux à cette injustice. Je ne fais pas de politique. Je ne fais que raconter les faits pour que l’histoire puisse en juger. Pour que Madagascar puisse connaitre la paix ». Une vidéo, des mots qui l’ont sorti de l’anonymat et l’ont motivée à agir à son échelle, pour son pays.

Passionnée. Devenir célèbre n’a jamais été sa motivation. Sans le vouloir, elle l’est cependant devenue, pour de vrai. Championne par équipe du slam en 2014, elle est déjà connue. Avec ce clip, celle où elle fait part de sa rage et crie haut et fort les maux de ce pays, de « Madagascar », la jeune femme a créé le buzz et a gagné encore plus en notoriété. Elle a frappé fort et marqué les esprits. Sa vidéo a très vite fait le tour du net. « Caylah, la petite slameuse en colère »  se fait connaître, hors de son cercle, du grand public, enfin, des accro des réseaux sociaux.

L’histoire entre Caylah et les mots ne date pourtant pas d’hier. Passionnée de musique et de littérature depuis sa tendre enfance, Landy Cathia Razanandranto, de son vrai nom, s’essaie à l’écriture très tôt. A six ans, elle signait déjà ses premiers poèmes et chansons, mais ce n’est que bien plus tard qu’elle intègre le monde du slam. Il y a trois ans, elle entame les choses sérieuses. Elle participe à différents concours, mais ce n’est qu’en 2014 qu’elle s’illustre. La manière dont elle s’exprime, dont elle dit les choses séduit le jury qui la consacre et fait d’elle la Championne des Champions (challenger) tournois NFL Slam Ballon. Elle remporte également le titre de Champion par équipe Slam National 2014, aux côtés de Benson et de Poun. Rêvant d’aller toujours plus loin, ambitionnant d’approfondir, elle ne s’arrête pas là et continue son petit bonhomme de chemin. Caylah s’ouvre alors à d’autres horizons, d’autres disciplines artistiques et multiplie les collaborations avec des photographes, des danseurs, des musiciens connus et reconnus pour ne citer que Miary Lepiera. Aujourd’hui, elle évolue en quatuor. Caylah est devenu Caylah and MEN ( Miora Rabarisoa, Eric Harilala et Nantenaina), de jeunes et talentueux musiciens qui partagent sa vision.
Mahetsaka Midi M/kara.

Caylah

Tanindrazana

A propos Mouvement des Citoyens Malagasy de Paris

Pour une prise de conscience citoyenne des Malagasy
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