Madagascar 29 Mars 1947. Indigénat. Colonialisme. Front de Gauche.

29 Ambo 1

Arp Helisoa

Un 29 mars, à Madagascar

mardi 31 mars 2009.

62 années plus tard, on ne connaît toujours pas exactement le nombre de victimes de l’insurrection anticolonialiste de mars 1947, dans la Grande Île. Si on se réfère seulement à l’impressionnante surface des tombes fraternelles de Moramanga, dans l’Est du pays, on a une idée assez claire de ce que fut la répression. Comme pour le 8 mai 1945 à Sétif, cet épisode de notre histoire commune a été couvert d’une chape de silence lourde de sous-entendus, lourde de malentendus, surtout.

Pendant la seconde guerre mondiale, Madagascar, se range aux ordres de Vichy. Pour, en 42, passer à ceux des Anglais, lesquels vont rendre l’île à de Gaulle. Mais les élites rêvent d’une autre liberté, d’une reconnaissance totale de leur citoyenneté française, plutôt que d’un statut d’indigènes propre à susciter des aspirations d’indépendance, chez les jeunes gens aussi, bien sûr. De cet esprit de liberté va naître le Mouvement Démocratique de la Rénovation Malgache. Joseph Raseta et Joseph Ravoahangy, députés à l’Assemblée constituante depuis 1945, mènent une contestation qui va rapidement se muer en bain de sang. Un peu partout dans le pays, mais surtout sur la côte Est, va s’élever la dissidence, presque une jacquerie. Le MDRM appelle à la modération, mais les rancœurs sont exacerbées et l’injustice criante va, comme partout, produire de la violence, et encore de la violence en retour. Les forces coloniales se surpassent. Le chiffre des victimes fait encore débat. Mais après tout qu’importe ? 40 000 ? 80 000 ? 100 000 ? Cela change quoi au symbole, à la blessure ? Combien de « malagasy » mourront de faim dans la forêt où ils se sont enfuis ? Combien n’oublieront jamais les tortures et les exécutions sommaires ? Combien de villageois terrorisés par les représailles ? Un exemple, que vous n’oublierez pas, si vous aussi vous passez un jour par Moramanga. Moramanga qui n’a rien effacé… Rien effacé de ces centaines de militants enfermés dans des wagons bouclés et fusillés, comme ça, pour l’exemple. Quel exemple ! Le vazaha -l’européen- en voyage par ces contrées en garde un goût amer, un goût de culpabilité, un goût de responsabilité mal assumée, un goût de Français pas bien fier de sa patrie des Lumières. Les députés ? On les accusera d’avoir ourdi la rébellion, d’avoir comploté contre la République, d’avoir armé les révoltés. Ils seront condamnés à mort, puis graciés, puis exilés. Les premiers symptômes d’une indépendance, en somme. Qui mettra encore plus de dix ans à exister réellement. Mais dans les mémoires, les wagons de Moramanga pèseront lourd, encore bien longtemps.

Tôt ou tard, quand on parle de liberté des peuples, on rencontre Camus. Dès mai 47, dans Combat, il écrivait que nous faisions à Madagascar « ce que nous avions reproché aux Allemands » et il ajoutait « si aujourd’hui, des Français apprennent sans révolte les méthodes que d’autres Français utilisent envers des Malgaches ou des Algériens, c’est qu’ils vivent de manière inconsciente, sur la certitude que nous sommes supérieurs en quelque manière à ces peuples et que le choix des moyens propres à illustrer cette supériorité importe peu. »

brigitte blang pg57. lien vers l’article

Relief 1

Peintures et sculptures de Madagascar

18 août 1896 La France annexe Madagascar 29 mars 1947 : Madagascar se révolte

samedi 22 août 2015.

En mars 1946, deux jeunes députés malgaches, membres du Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM), Joseph Raseta et Joseph Ravoahangy, déposent sur le bureau de l’Assemblée Nationale à Paris, un projet de loi demandant l’indépendance de l’île dans le cadre de l’Union française. Vincent Auriol, alors président de l’Assemblée, refuse de faire imprimer ce texte car « c’était un acte d’accusation contre la France et, en somme, un appel à la révolte ». Le projet de loi est repoussé.

Aux élections législatives suivantes de novembre 1946, les trois sièges du second collège (réservés aux « indigènes »), sont remportés par les dirigeants du MDRM, Joseph Ravoahangy, Joseph Raseta et Jacques Rabemananjara.

En 1947, la Grande Île compte 4 millions d’habitants dont 35 000 Européens. C’est une colonie française dotée d’une assemblée élue, aux pouvoirs limités. Le refus obstiné des autorités françaises de modifier un tant soit peu le joug pesant sur les populations provoqua une révolte nationaliste.

L’insurrection de 1947

Le 29 mars 1947, l’île se soulève. L’administration n’est pas prise au dépourvu mais elle n’a rien fait pour empêcher l’insurrection.

A Diego-Suarez, Fianarantsoa et Tananarive, les insurgés sont tenus en échec. Ailleurs ils remportent des succès avant d’être refoulés. Des plantations européennes isolées sont attaquées.

La répression est impitoyable. Dès le mois d’avril, les autorités envoient à Madagascar un corps expéditionnaire de 18 000 hommes – essentiellement des troupes coloniales ; il sera porté à 30 000 hommes. L’armée française opère une répression aveugle : exécutions sommaires, torture, regroupements forcés, incendies de villages. Elle expérimente une nouvelle technique de guerre « psychologique » : des suspects sont jetés vivants d’un avion afin de terroriser les villageois de leur région.

La lutte va se poursuivre dans l’Est du pays, où deux zones de guérilla résistent dans la forêt pendant plus de 20 mois.

En métropole, quelques journaux parlent du soulèvement mais le gouvernement et l’ensemble des organes de presse minimisent son importance et ne disent rien de la répression.

En vingt mois, selon les comptes officiels de l’état-major français, la « pacification » a fait 89 000 victimes chez les Malgaches. Les forces coloniales perdent quant à elles 1 900 hommes. On relève aussi la mort de 550 Européens, dont 350 militaires.

Dès le début, le gouvernement de Paul Ramadier avait fait porter la responsabilité de l’insurrection sur les trois parlementaires malgaches du MDRM. Les trois jeunes parlementaires, informés du projet d’insurrection, avaient diffusé dans les villages un télégramme demandant instamment à chacun d’éviter les violences. Leur appel était resté sans effet, mais pour gouvernement français ce télégramme était en fait un texte codé qui signait leur « crime ». Leur immunité parlementaire ayant été levée, ils sont arrêtés et torturés. La justice française les jugera coupables, retenant la thèse du complot du MDRM. Deux d’entre-eux seront condamnés à mort, avant d’être finalement grâciés.

En date du 10 juillet 1947, le président de la République, Vincent Auriol, écrivait : « Il y a eu évidemment des sévices et on a pris des sanctions. Il y a eu également des excès dans la répression. On a fusillé un peu à tort et à travers ».

Ils ont sauvé l’honneur

Albert Camus avait protesté dans un article de Combat du 10 mai 1947 [1]. Constatant que « nous faisons ce que nous avons reproché aux Allemands de faire », il poursuivait :

« si, aujourd’hui, des Français apprennent sans révolte les méthodes que d’autres Français utilisent parfois envers des Algériens ou des Malgaches, c’est qu’ils vivent, de manière inconsciente, sur la certitude que nous sommes supérieurs en quelque manière à ces peuples et que le choix des moyens propres à illustrer cette supériorité importe peu. » Cette même année 1947, Paul Ricoeur écrivit un texte essentiel intitulé « La question coloniale » [2]. On y lit notamment :

« L’appétit forcené et souvent prématuré de liberté qui anime les mouvements séparatistes est la même passion qui est à l’origine de notre histoire de 1789 et de Valmy, de 1848 et de juin 1940. »,

Il faut relire le résumé que Paul Ricoeur a donné de son argumentation :

• la colonisation a pour fin la liberté des indigènes ;

• la faute originelle de la colonisation précède toutes les agressions unilatérales des indigènes ;

• l’exigence, même prématurée de liberté, a plus de poids moral que toute l’œuvre civilisatrice des pays colonisateurs ;

• le racisme est le vice des Français aux colonies ;

• ce sont des minorités qui représentent la conscience naissante des peuples colonisés.

Quel a été le nombre des victimes de la répression ?

Les chiffres cités à l’époque devant l’Assemblée nationale parlaient de 80 000 morts, une estimation qui sera reprise par les spécialistes comme Jacques Tronchon. Encore récemment, l’écrivain Claude Simon évoquait « Madagascar, dont on a longtemps caché qu’on y a tué, en 1947, 100 000 indigènes en trois jours ».

Le problème est que ces chiffres seraient faux, selon les dernières estimations de certains historiens. Maître de conférences à Paris-I- Sorbonne, Jean Fremigacci affirme, comme d’autres historiens, que le nombre de personnes tuées lors de l’insurrection n’a pas dépassé les 10 000 (dont 140 Blancs), auquel il convient d’ajouter le nombre de Malgaches morts de malnutrition ou de maladie dans les zones tenues par les insurgés.

« Cette surmortalité reste encore très difficile à évaluer, l’hypothèse la plus vraisemblable tournant autour de 20 000 à 30 000 morts » , écrit M. Fremigacci. Il n’y a pas eu de « génocide oublié » à Madagascar, conclut l’historien, mais une faute des dirigeants politiques qui, à Paris, se sont révélés incapables d’éviter un drame annoncé.

Source : Site LDH Toulon

 

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Lire Dossier : 

29 Mars 1947. Madagasikara sy ny Geja. Une lutte sans fin. Publié le

La justice coloniale française : un code pour l’indigénat

jeudi 29 mai 2014.

Le redécouvrir fait scandale : la justice n’était pas la même pour les « indigènes ».

Un article de Isabelle Merle, chargée de recherche au CNRS, publié dans L’Histoire, N° 302 – otobre 2005.

Progrès, civilisation, commerce. Le régime de l’indigénat, connu sous le nom de Code de l’indigénat ou souvent réduit à la simple formule d’« indigénat », renvoie à un ensemble de textes législatifs et réglementaires dont la fonction fut d’organiser dans les colonies françaises le contrôle et la répression des populations dites « indigènes ».

Cette justice répressive n’est pas seulement « spéciale » parce qu’elle ne concerne que les indigènes et crée de nouveaux délits et de nouvelles peines, mais aussi parce qu’elle peut être exercée par l’autorité administrative – échelons supérieurs (gouverneurs) ou intermédiaires (administrateurs, chefs de cercle ou de district, gendarmes ou chefs indigènes) – au mépris d’un principe fondamental du droit français : l’exigence d’une séparation des pouvoirs judiciaires et administratifs.

C’est au cours de la conquête de l’Algérie par la France entre 1830 et 1850 que ce régime prend naissance [1]. Dès 1834, le commandement militaire et le gouverneur se virent confier des pouvoirs exceptionnels (dits « de haute police ») permettant de prononcer sans publicité, contradiction ni défense, trois types de peine : l’internement (recouvrant l’emprisonnement, la déportation ou l’assignation à résidence), le séquestre de biens, y compris collectif (comme les terres), l’amende, qui peut, là aussi, être collective (en contradiction avec le droit français).

Pour encadrer ces pouvoirs très étendus et limiter les violences qu’ils engendrent, le gouverneur général Bugeaud édicte en 1844 un règlement qui codifie les « infractions spéciales » des indigènes soumises à amende. Cette liste d’infractions spéciales comprend le refus d’obéissance aux ordres donnés pour les corvées, le refus d’accepter la monnaie française, les désordres et les discours séditieux. Les sanctions étaient limitées, en principe, à un maximum de quinze jours de prison ou de 100 francs d’amende ; elles peuvent être cumulatives. Certains de ces délits qui n’existent pas en France sont pourtant condamnables en Algérie.

Par la loi du 28 juin 1881, la IIIe République confère un cadre législatif au régime des « infractions spéciales à l’indigénat ». Applicable d’abord en Algérie, ce code sera étendu progressivement par décret à l’ensemble des colonies françaises.

Ainsi stabilisé, le régime de l’indigénat recouvre un double niveau de répression. Le premier, exercé par le gouverneur, concerne les actes graves ou jugés comme tels, mettant en péril la sécurité publique. Aucune liste de ces actes n’est a priori définie, ni la forme ou la durée des peines, ce qui laisse au gouverneur une très large marge d’appréciation. On pense ici à l’ampleur des répressions menées contre les révoltes indigènes au XIXe siècle, notamment celle de Mokrani en Kabylie (1871). On pense aussi aux hommes et aux femmes qui purent être internés sur la base d’enquêtes administratives expéditives et sur simple accusation.

Le régime de l’indigénat est aussi un moyen de répression « de proximité » et de « simple police », placé entre les mains d’agents subalternes de l’administration qui sont chargés de sanctionner les indigènes en fonction d’une liste d’infractions précise par des peines en principe strictement définies et limitées. On trouve dans toutes les colonies une même panoplie de délits dont on peut accuser les seuls indigènes : la désobéissance, l’irrespect à l’égard des représentants de l’autorité, le refus de payer l’impôt de capitation ou de travailler. A cela s’ajoutent des listes d’infractions spéciales produites localement par les gouverneurs de chaque colonie qui témoignent d’une volonté de surveillance rapprochée touchant à tous les domaines de la vie quotidienne : règles vestimentaires, signes d’allégeance aux agents du pouvoir, interdiction des fêtes tradi¬tionnelles, etc.

Le caractère exorbitant au regard des principes fondamentaux du droit français de ce montage juridique est dénoncé dans ces termes dès 1888 au Sénat et de façon récurrente tout au long de la période coloniale.

Pour justifier un tel régime juridique, ses défenseurs mettent en avant son caractère transitoire. Le régime de l’indigénat est voté en 1881 pour une période de sept ans, temps nécessaire, dit-on, à l’apprentissage des subtilités de la justice française dans un pays en voie de pacification. Il est présenté comme un passage obligé dans le lent travail que nécessite l’oeuvre de la mission civilisatrice.

De période transitoire en période transitoire, le régime de l’indigénat est en fait prorogé dans toutes les colonies (moyennant quelques aménagements) jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Il a été aboli par le décret du 22 décembre 1945.

Isabelle Merle. Front de Gauche

 

Le colonialisme a-t-il été positif ? NON, c’est un crime contre l’humanité (dossier)

lundi 14 mars 2011.

La colonisation, sous prétexte d’apporter LA civilisation à des peuples considérés comme arriérés, parce que vivant sous une autre culture que celle d’occident, s’est faite sur une base profonde de racisme, de xénophobie. La principale différence avec l’esclavagisme est que le colon n’achetait plus les hommes, n’exerçait plus le droit de vie ou de mort, bien que souvent, les conditions de travail étaient telles, que la différence n’était pas si évidente : il suffit de revoir le film documentaire de René Vautier « Afrique 50 » qui en fait la démonstration.

Le code de l’indigénat, définissait un droit d’infériorité, de sous citoyens des colonisés. Les révoltes étaient sévèrement réprimées. La scolarisation des « indigènes » n’a été que très limitée, et en fonction du besoin minimum pour être assez productif. Les routes ou voies de chemin de fer n’ont été construites que pour transporter les matières premières. Les indépendances n’ont pas été accordées par générosité d’âme, mais parce que les mouvements d’émancipation étaient tellement puissants qu’ils y auraient conduit de toutes façon. Un certain nombre de pays ont du mener des guerres (même si elles n’ont pas eu cette qualification, ou bien plus tard : Vietnam, Madagascar, Algérie, Cameroun… par exemple), générant de véritables massacres.

Que ce soit au Vietnam, ou en Algérie, les crimes contre l’humanité sont patents : les tortures, les viols, les exécutions sommaires (corvées de bois), les crevettes Bigeard, les villages rasés au napalm,… sont des réalités. Les essais nucléaires au Sahara, les défoliants au Vietnam (même si les américains ont ensuite terriblement accentué leur utilisation) continent encore aujourd’hui de générer des victimes. A Paris 2 crimes d’état ont été perpétrés sous la responsabilité du sinistre Papon : 17 octobre 1961 et 8 février 1962. Tous ces crimes n’ont toujours pas été reconnus par l’Etat Français, ni condamnés. Aujourd’hui, la voix de la France serait plus crédible, et entendue, si elle avait fait cette démarche, et enfin, nos leçons de démocratie de Droits de l’Homme auraient enfin un sens.

Pourquoi ne pas retenir, l’idée d’une journée de mémoire du colonialisme, comme cela s’est fait pour l’esclavage en 2006 ?

2) Depuis 2002, on assiste à une volonté de réhabilitation du colonialisme

Depuis 2002, on constate peu à peu une volonté de réhabilitation de l’idée du colonialisme, de le présenter comme « positif ». C’est la loi du 23 février 2005 qui inscrivait dans le marbre législatif « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord… » Un tollé, initié en particulier par des historiens, obligeait Jacques Chirac à faire supprimer cet alinéa de l’article 4. Mais cette loi scélérate conserve son esprit colonialiste. La « Fondation pour la Mémoire de la Guerre d’Algérie », prévue dans cette loi est entrain de se mettre en place : les 2 principales organisations d’Anciens Combattants (l’ARAC et la FNACA) en sont exclues.

Avant 2002, il n’existait qu’une quinzaine de stèles, en France, glorifiant l’Algérie Française, maintenant ce sont près de 70 répertoriées à ce jour et honorant souvent l’OAS. Un certain nombre se permettent même de rendre un « hommage » aux 4 responsables de l’OAS condamnés à mort et exécutés pour le leurs crimes commis au nom de cette organisation factieuse : Bastien-Thiry, responsable de 2 attentats conte le Général de Gaulle en sa qualité de Président de la République, Degueldre chef des réseaux Delta véritables escadrons de la mort responsables de près de 3.000 morts et de milliers de victimes, ainsi que ses lieutenants Piegts et Dovecar. Ces « honneurs » sont de plus en plus souvent rendus en connivence entre l’extrême droite, les associations pro-OAS et les élus, principalement UMP.

C’est le discours du 7 février 2007 à Toulon, du candidat Sakozy, par lequel il définit sa conception colonialiste des rapports qui vont être virement réactivés sous sa présidence avec les anciennes colonies. Puis ce fut l’engagement de réhabilitation de l’OAS qu’il prenait dans sa lettre du 16 avril 2007 au Clan-R. Ensuite, on se souvient du discours prononcé à Dakar, insultant les Africains. Une orientation politique déterminée.

3) Quand le « Naturel » colonialiste gouvernemental fait surface de façon éhontée

Comment s’étonner du comportement scandaleux, honteux de notre ministre des affaires étrangères ? Le Président Sarkozy montrait le chemin, à peine élu Président de la République, il prenait des vacances sur le luxueux bateau de son ami Vincent Bolloré, ce milliardaire qui doit sa fortune comme colon s’enrichissant, moyennant corruption avec les dictateurs ivoiriens, togolais…

Alors, il est tout naturel que MAM aille passer ses vacances en Tunisie, en pleine tourmente, pour tenter de sauver les hommes du clan de l’ami Ben Ali, et en profite pour réaliser de fructueuses affaires, en famille. A ce moment là, le Président Sarkozy ne passait-il pas, comme en 2009, quelques jours à la résidence « Jnane Lekbir » de son ami le roi Mohamed VI, près de Marrakech ? Par qui était financé ce séjour ?

Tout comme notre Premier Ministre Fillon, il est tout naturel de concilier fonction officielle et avantages personnels : comment refuser à l’ami Moubarak (ce despote désigné par Sarkozy pour être le président de l’UPM – l’Union pour la Méditerranée-) d’être hébergé dans l’un des plus luxueux hôtels égyptien ?

Pour ces gens là, la politique n’est rien d’autre qu’un moyen de se servir de leurs relations pour un profit personnel à partager entre amis, entre nantis.

Le 14 juillet dernier, pour « fêter » les 50 ans d’indépendance des anciennes colonies, notre Président avait convoqué les dictateurs mis en place, soutenus par le système de la Françafrique. C’est en effet la cellule Afrique de l’Elysée qui orchestre, depuis 50 ans leur maintien, leur soumission, y compris avec les services de mercenaires comme Bob Dénard pour maintenir les intérêts des groupes financiers dits français, ainsi que les éliminations des Sankara, Lumumba… Les photos de « famille » montrent les connivences entre ces « coquins » qui s’enrichissent sur le dos des peuples de façon éhontée et en font profiter leurs mentors avec les systèmes de commissions, retro-commissions, compromissions… Ces relations occultes entre ces chefs d’état de ces anciennes colonies et la Gouvernance française permettent ainsi les financements de partis politiques au pouvoir et les enrichissements personnels scandaleux.

4) Janvier 2011, Un tournant historique dans le monde

La révolution tunisienne restera une date historique, marquante : qu’un peuple opprimé, se lève massivement, pour exiger plus de libertés, des réformes économiques… et obtienne de chasser le dictateur, malgré un quasi soutien international est devenu un exemple, un espoir pour les autres peuples vivant dans des conditions d’oppression similaires.

Le peuple égyptien a gagné, lui aussi, et chassé le despote qui semblait indéboulonnable.

En Algérie, au Yémen, au Bahreîn, en Lybie, au Maroc,… ces régimes se sentent ébranlés. Les manifestations souvent importantes, sauvagement réprimées ont poussé certains de leurs chefs d’états dictatoriaux à accorder des mesures économiques (souvent l’augmentation des fonctionnaires et tout particulièrement les policiers et les militaires afin de conserver un appui en espérant tenter de casser le mouvement populaire), des engagements pour lever les entraves aux libertés d’expression… Ces dictateurs sentent bien qu’ils n’ont, comme seule issue pour tenter de conserver le pouvoir, que de lâcher du lest. Ils sont pris au piège de perdre leur légitimité imposée par la force ou risquer d’être chassé.

Comme dans les pays d’Amérique Latine qui se sont libérés du joug impérialiste américain, il est bien prévisible que ces dictateurs, même s’ils son déchus, tenteront de trouver des mercenaires, des groupes de pressions pour tenter de déstabiliser les nouveaux systèmes mis en place. Faisons confiance aux peuples qui ont montré une très grande maturité, une détermination, une sagesse pour faire aboutir leurs revendications. Besson risque bien d’être écouté pour que la France de Sarkozy accorde généreusement l’asile politique aux soutiens de ces tyrans sanguinaires.

Mais nul doute que ces exemples qui animent le Maghreb, les pays arabes, risquent aussi d’inspirer les autres peuples africains, et que la contagion ne gagne tout le continent, et peut-être même au delà.

Quel exemple de démocratie, où la voix du peuple a été entendue, pas comme en France où la représentation est truquée par des lois électorales dénaturant l’expression populaire. Et notre Sarkozy qui ne constatait aucun conflit social s’opposant à sa politique en début de mandat, qui n’a pas vu défiler assez de manifestants contestant la casse du droit à la retraite, ne risque-t-il pas d’être obligé demain, si le mouvement populaire s’amplifie, de reculer sous la pression déterminée de la rue ?

Source : Billets d’Henri Pouillot dans la presse (Mediapart, L’Huma) pour la semaine anticoloniale 2011

Madagascar

Pour Chirac, la répression de 1947 était «inacceptable»

3 500 rebelles appartenant au Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM) revendiquant l'indépendance de l'Ile de Madagascar dans la région de Tamatave.(Photo: AFP)

3 500 rebelles appartenant au Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM) revendiquant l’indépendance de l’Ile de Madagascar dans la région de Tamatave.
(Photo: AFP)
Jacques Chirac est le troisième président français en visite officielle à Madagascar, après Charles de Gaulle en 1958 et François Mitterrand en 1989. Jeudi, il a fait ses premiers pas de chef de l’Etat français sur la Grande île, à Majunga (au Nord-Ouest), tête de pont de la conquête coloniale française, en 1895, aujourd’hui le premier port de pêche malgache. Depuis 2002 et l’élection du président Marc Ravalomanana – que Paris a tardé à admettre – , les intérêts français battent de l’aile à Madagascar. En célébrant «l’amitié franco-malgache», Jacques Chirac a qualifié d’«inacceptable» la répression sanglante du soulèvement qui a fait 89 000 morts parmi les nationalistes malgaches officiellement passés par les armes de l’armée coloniale française au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, entre 1947 et 1948. Marc Ravolomana est d’accord pour tourner la page.

L’Histoire de la colonisation française retient comme une marque tout particulièrement sanglante la répression de l’insurrection malgache du 29 mars 1947. A l’instar des médias français de l’époque, l’Histoire de France a en revanche choisi de l’occulter. Jacques Chirac a entrouvert le rideau de silence. Mais il ne s’est pas étendu sur les heures noires sonnées par la France dans son ancienne colonie (indépendante depuis le 26 juin 1960). Marc Ravolomana ne l’a pas non plus incité à évoquer plus avant la conquête au canon de Madagascar par le général Duchesne. Il aurait fallu égrener toute une liste de héros de la bataille de la Marne, inscrits au panthéon de la bravoure française. Le général Gallieni, par exemple, qui se vit confier en 1896 le commandement civil et militaire de la Grande île, pour mater les partisans de la turbulente reine Ranavalona. Celle-ci fut finalement déposée et exilée tandis que Gallieni poursuivait d’une main de fer sa mission de «francisation», instaurant le travail forcé et appuyant l’immigration de colons à Madagascar. Autre héros français de la Première Guerre mondiale, le futur maréchal Lyautey arriva en renfort en 1900, pour achever la «pacification» du Sud.

Au passage des généraux Gallieni et Lyautey, le nouvel armement français avait fait ses preuves à Madagascar, en prévision de la Grande Guerre, pour laquelle Madagascar a fourni son quota de chair à canon. Entre les deux guerres, malgré la très rude «pacification», la résistance malgache à la domination française a multiplié les sociétés secrètes. En 1940, la défaite de la France face à l’Allemagne a ébréché le mythe de l’invincibilité de son armée. Conjugué au travail forcé, l’effort de guerre exigé des Malgaches, en riz et en hommes (15 000 serviront sous les drapeaux français), les réquisitions de toute sorte ont en même temps grossi les réseaux indépendantistes des Patriotes nationalistes malgaches (Panama) et de la Jina respectivement fondés en 1941 et en 1943. Parallèlement, les fidélités vichystes de l’administration coloniale menaçaient alors la France de perdre Madagascar. Et à la libération, le général de Gaulle aura dû beaucoup insister pour que les Britanniques lui «rendent» l’île qu’ils ont occupée en 1942 après un débarquement à Diego-Suarez. Entre temps, son discours de Brazzaville avait donné quelque espoir d’émancipation à l’élite urbaine malgache.

Espoirs d’émancipation réprimés

En novembre 1945, deux médecins malgaches représentent la Grande île dans la première Constituante d’après-guerre, Joseph Raseta et Joseph Ravoahangy. Ils seront élus à l’Assemblée nationale française en novembre 1946 avec un troisième représentant malgache, le futur écrivain, Jacques Rabemananjara. Au début de cette même année 1946, les trois hommes ont participé à la création d’un Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM). Cette rénovation, ils l’inscrivent dans un projet de loi indiquant que «Madagascar est un Etat libre ayant son propre gouvernement, son Parlement, son armée, ses finances, au sein de l’Union française». Le texte est repoussé. Mais à Madagascar, l’opinion est gagnée à la cause défendue par les députés. En France, le ministre socialiste des Colonies, Marius Moutet s’en inquiète. En septembre 1946, il proclame «la lutte contre l’autonomisme malgache». Un vent de révolte se lève. Quelques mois plus tard, une insurrection armée éclate, débordant le MDRM.

L’Empire français s’efforce de ravaler sa façade avec l’Union française. De l’autre côté du continent africain et de l’Atlantique, les Etats-Unis le fustigent. A Madagascar, colons et autochtones savent qu’une révolte se prépare. Les députés malgaches aussi bien sûr. Le 27 mars, ils lancent un appel au calme. L’administration française arrache les affichettes qu’ils ont fait apposer. Elle les accusera ensuite d’avoir eux-mêmes fomenté l’opération, l’appel au calme devant servir de feu-vert. Arrêtés et torturés, les députés seront pour deux d’entre eux condamnés à mort, le troisième au bagne à perpétuité. Leurs peines finalement commuées, ils feront neuf ans de prison. Le 29 mars 1947, des attaques ont semblé dans un premier temps surprendre le dispositif sécuritaire français. Mais très vite, le MDRM est désigné comme la cible principale d’une répression qui use de tous les classiques – encore inédits à l’époque – de la guerre psychologique et de la stratégie de la terreur : arrestations et exécutions massives, torture, villages brûlés, prisonniers jetés vivants depuis un avion.

L’insurrection compte dans ses rangs de nombreux «tirailleurs» malgaches, ulcérés par l’absence de reconnaissance de la «mère patrie» à leur égard. Beaucoup de cheminots participent aussi à la guérilla qui s’incruste dans la forêt de l’Est et suit la ligne de chemin de fer. Les insurgés se réclament d’un ressourcement identitaire contre l’assujettissement colonial. Mais ils ont davantage de sagaies que de fusils d’assaut. Et surtout, ils comptent trop sur le soutien militaire de Washington. Il ne viendra jamais. En décembre 1948, les derniers carrés de résistants s’enfoncent pour longtemps dans la forêt malgache. De 18 000 hommes à la mi-avril 1947, le corps expéditionnaires dépêchés sur place a atteint des effectifs de 30 000 hommes.

Officiellement 89 000 morts malgaches

Les forces coloniales auraient perdu 1 900 hommes supplétifs malgaches dans la bataille. Sur les 30 000 européens cohabitant avec les quatre millions de Malgaches de 1947, 550 auraient été tués dont 350 militaires. Selon les comptes officiels de l’état-major français, les vingt mois de répression auraient fait, directement, 89 000 morts malgaches. En janvier 1949, le haut-commissaire de Madagascar, Pierre de Chevigné a revu cette évaluation à la hausse, en lui ajoutant les pertes enregistrées par les fuyards dans la forêt, et en estimant le bilan final à «plus de 100 000 morts».

L’insurrection malgache de 1947 a précédé d’une poignée d’années la défaite française en Indochine et le début de la guerre d’Algérie. Le taba taba (les troubles), comme disent toujours les Malgaches, a finalement été passé à la trappe des mémoires collectives, à Madagascar comme en France. A l’occasion de cette visite destinée à resserrer les liens, Jacques Chirac a qualifié d’«inacceptable» la répression de 1947. Marc Ravalomanana a répondu qu’il était prêt à tourner la page. «Les relations entre la France et Madagascar sont en bonne santé. Le ciel est bleu», il ne faut «pas oublier» 1947, convient-il avec le président Chirac, mais il s’agit d’abord de célébrer «la bonne santé» retrouvée des relations franco-malgaches.

par Monique  Mas

Article publié le 22/07/2005

Jacques Chirac. Président de la République française :

«Il faut avoir conscience du caractère inacceptable des répressions engendrées par les dérives du système colonial…»

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Convoi militaire français, à Madagascar, le 25 septembre 1947 (AFP).

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