Madagasikara, « Mpanjaka Malagasy ». Ranavalona Ière, symbole de patriotisme. Rois et Reines.

Le Rova. Andrianampoinimerina (1787-1810)

Radama Ier (1810-1828). Ranavalona Ière (1828-1861).

Radama II (1861-1863). Rasoaherina (1863-1868).

Ranavalona II (1868-1883). Ranavalona III (1883-1897).

Ranavalona 1ère

Photo de Malagasy Ladies and Gentlemen.

Malagasy Ladies and Gentlemen

la reine Ranavalona 1ere, est réputée pour son intolérance au christianisme. Pourtant les Malagasy d’aujourd’hui ne devraient pas la juger trop vite. En effet, le contexte politique de cette époque suggère que les missions religieuses de l’occident furent utilisée comme arme de colonisation pour effacer une culture et donc l’identité d’un peuple. Phénomène observé dans toutes les  » ex-colonies » du Monde. ( Livres: Religions et Colonisations Auteur : sous la direction de Dominique Borne et de Benoît Falaize.)

Ainsi voici un extrait de la lettre de la reine aux missionnaires Europeens ( francais et anglais): 26 février 1835, lu par Ratsimanisa chez le Rev.D. Griffiths:

  » La Reine apprecie les nombreux bienfaits que les Europeens ont faits pour son pays; mais le culte religieux du dimanche ou d’autres jours de la semaine, le Bapteme,, les Oeuvres de charite seront interdits à mon peuple. J’accepte toute sagesse et toute connaissance utile a ce pays. Mais je refuse absolument que les coutmes de mes ancêtres soient remises en cause « .

La Reine Ranavalona Ière de Madagascar, symbole de patriotisme

Ranavalona IerRanavalona Ière

 

Appartement à la dynastie Merina et née en 1788, elle accède au trône en tant queMpanjakan’i Madagasikara, « souverain de Madagascar », après la mort de son mari Radama Ier. Elle porte aussi le nom de Ranavalo-Manjaka Iere (« Ranavalona régnante »). Le règne de Ranavalona Iere, de 1828 à 1861, est caractérisé par une très grande affirmation de la souveraineté de son pays face aux pressions des conquêtes des Européens qui vagabondaient, à cette époque, au-delà de leurs contrées en quête de pillage.

En nationaliste intrépide, elle mène une lutte sans merci contre l’expansion des religions étrangères et mène la vie dure aux missionnaires européens, installés dans son pays avant son accession au trône et venus apporter l’Évangile de leur Dieu. Elle rompt radicalement avec les méthodes de son défunt mari qui avait ouvert le pays aux influences culturelles et politiques européennes. Ainsi, elle interdit le Christianisme dans son pays, chasse les missionnaires européens en 1835, et remet en question le traité anglo-malgache de 1820 (signé sous le règne de son mari).

Bien avant leur expulsion, elle adresse aux missionnaires une lettre, datée du 26 février 1835, dans laquelle on peut lire:

«… Mais si je vois quelques-uns de mes sujets vouloir changer le moins du monde les règles établies par les douze grands rois, mes ancêtres, je n’y saurai consentir; car je ne permettrai pas que les hommes viennent changer quoique ce soit à ce que j’ai reçu de mes ancêtres, dont j’ai accepté, sans honte et sans crainte, toutes les idées. Il vous est loisible d’enseigner à mon peuple la science et la sagesse; mais quant à ce qui est de toucher aux coutumes des ancêtres, c’est un vain travail, et je m’y opposerai entièrement.

 Aussi, en ce qui concerne la religion, soit le dimanche, soit la semaine, les baptêmes et les réunions, j’interdis à mes sujets d’y prendre part, vous laissant libres, vous, Européens, de faire ce que vous voudrez … »

D’ailleurs les missionnaires, profondément mis en échec dans leur besogne par cette Reine nationaliste, n’ont pas tardé à la décrire dans leurs ouvrages en utilisant des termes infamants à son égard comme c’est le cas dans l’extrait suivant:

« C’est l’heure où la reine sanglante, Ranavalona Ire, vient de monter sur le trône et s’apprête à déchaîner, contre ses sujets chrétiens, une persécution violente qui durera plus de trente ans. Les missionnaires anglais sont chassés, le culte chrétien interdit.

 […]Et pour nous, protestants français, il est juste que nous associons leur souvenir à celui de nos propres martyrs, de toits ces hommes, de toutes ces femmes, qui, en France ou dans les vallées vaudoises du Piémont, du XVIe au XVIIIe siècles, ont été, eux aussi,  » lapidés, torturés, persécutés, maltraités, eux dont le monde n’était pas digne, et à la foi desquels il a été rendu témoignage…  » (Hébr. XI : 37-39)

 […]Il s’agit d’aider fraternellement les descendants spirituels de ces admirables martyrs, à maintenir leurs positions, et à conquérir à la foi évangélique, les vastes régions de leur île encore plongées dans la nuit du paganisme. » Jean Bianquis, Directeur de la Société des Missions évangéliques de Paris, dans la préface de « Rafaravavy Marie, Une Martyre Malgache sous Ranavalona 1re » du Missionnaire Gustave Mondain.

On peut aussi lire dans l’introduction du même ouvrage l’extrait suivant:

«Ce qui a caractérisé, en grande partie, le règne de Ranavalona Ire (1828-1861), c’est la méfiance et l’hostilité manifestées par cette reine contre tout ce qui était européen. Il lui semblait que son devoir de protectrice de son peuple entraînait pour elle l’obligation de lutter contre toutes les influences étrangères, de quelque nature qu’elles fussent. 

 […]elle fit habilement la discrimination entre les missionnaires blancs et les adeptes malgaches des nouvelles idées. C’est contre ces derniers qu’elle exhala sa fureur et promulgua des édits de persécution des plus rigoureux. »

En réponse aux calomnies des missionnaires, elle dira: « ny fomban-drazako tsy mba mahamenatra ahy na mampatahotra ahy ! » (« Je ne ressens ni honte ni crainte au sujet des coutumes de mes ancêtres ! »). Elle essaya d’éradiquer totalement le Christianisme parmi ses sujets et les convertis étaient perçus comme des traîtres, «mpivarotra tanindrazana » (« vendeurs de la terre ancestrale », « qui vend son pays »). La Reine voyait dans le Christianisme, et l’évangélisation, un moyen sournois d’infiltrer son pays pour le soumettre aux ambitions coloniales européennes. Concernant ces convertis, la Reine déclara au cours d’un discours en 1849: « Miala amiko ka mba ialako, mahafoy ahy ka mba foiko ! » (« Ils m’ont reniée comme symbole vivant de leur patrie, aussi je les renie; ils ont renoncé à moi, je renonce à eux ! »).

 

MadagascarMadagascar

 

En 1845, l’armée repousse les attaques des marines françaises et anglaises et la Reine consolide la souveraineté de son pays dans les zones côtières afin d’empêcher les Français de s’y établir. La Reine Ranavalona avait une aversion très prononcée envers les Européens et la vigueur de son hostilité envers eux se manifestait principalement dans ledomaine idéologique et religieux tout en les tolérant dans d’autres secteurs liés à son programme de modernisation du royaume. Cependant, elle s’abstient des services des Britanniques au profit de techniciens indépendants de toutes instrumentalisations politiques étrangères. Mais suite à des complots et nombreuses intrigues contre elle, mêlant plusieurs Européens et impliquant également son fils, tous les Européens sont priés de quitter le pays en 1857.

Jusqu’à la fin de son règne, la Reine fût le symbole du patriotisme et d’une grande fierté nationale alors que les Européens la présente dans leurs ouvrages comme une souveraine autoritaire, un symbole d’obscurantisme et de cruauté.

À sa mort, son fils lui succéda au trône sous le nom de Radama II. Plus perméable aux idées européennes, il ouvrit à nouveau le pays aux étrangers sans restrictions et rétablit la liberté des cultes. Les Européens expulsés sous le règne de Ranavalona furent autorisés à revenir. Fortement influencé par le Français Jean Laborde, précédemment expulsé du pays par la Reine Ranavalona puis revenu dans le pays sous le nouveau roi à titre de Consul de France, Radama II abolit les coutumes et les institutions traditionnelles pour en créer d’autres calquées sur les différents modèles européens.

 

Radama IIRadama II

 

La présence et l’influence de la France s’accentua dans le pays progressivement. Plusieurs décisions en faveur des Européens suscitèrent un profond malaise dans le royaume. Par exemple, il donna à un Français le droit exclusif d’exploitation de la partie nord de Madagascar. Cette décision créa une grande inquiétude chez son premier ministre qui craignait que ce geste compromette à jamais la souveraineté de son pays.

 

Les réformes libérales de Radama II, en décalage avec les réalités du pays, suscitèrent des troubles et de l’insécurité au point d’aboutir à un changement de régime violent en 1863 qui mit fin brutalement à son règne. Radama II fût tué par étranglement au cours de cette circonstance.

Fait intéressant, Radama II fût considéré comme un roi traître dans son pays, un souverainfaible, influençable, et incompétent. Cependant, dans les ouvrages européens il est présenté comme le « prince de la Renaissance malgache ».

Ceci nous enseigne que nous devons toujours refuser la version de notre histoire racontée par les étrangers, quelque soit la sympathie avec laquelle ils voudraient nous la présenter. Nous avons vu dans le cas de la Reine Ranavalona Ier, grande patriote, les Européens n’ont pas hésité à la dénigrer et à user de tout le vocabulaire ordurier pour salir le prestige de cette grande Reine, ardente protectrice de sa Nation contre les vautours étrangers en quête de pillage. Par contre pour son fils Radama II, visiblement un incompétent et poreux à tous les souffles du monde, ces mêmes Européens ont couvert son règne d’un long florilège d’éloges qu’il ne méritait pourtant pas.

Aujourd’hui, la danse des mystificateurs se poursuit à travers la puissance des machines médiatiques et cinématographiques européennes et américaines au point que nos leaders intègres et inflexibles y sont présentés comme des méchants, des êtres abjectes, alors que les médiocres parmi nous y sont exhibés et mis en valeur comme des libérateurs. Pour les non-avertis, l’opération de désinformation est constamment couronnée de succès.

Ce qu’on peut retenir de l’histoire de Ranavalona Ier et de Radama II, c’est de prendre conscience fermement qu’il faut aimer ceux que les Européens détestent et détester ceux que les Européens aiment.

 

Salutations révérencielles à Sa Majesté Ranavalo-Manjaka Ire.

Malagasy Ladies and Gentlemen

Madagasikara.

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