« Soamahamanina, tanindrazako ». Rtoa Rabejaona Nosy. Jolay 2016.

Tribune libre

Ph. Malagasy ve ianao a1

Soamahamanina, tanindrazako.

samedi 23 juillet

Depuis novembre 2015, la compagnie minière chinoise Jiuxing Mines s’est vue accordée l’autorisation d’exploiter les richesses minières, et en particulier l’or de la région de Soamahamanina, à 70km à l’ouest d’Antananarivo. Cette exploitation, d’une durée initiale de 40 ans renouvelables concerne environ 7500 ha de terres, soit l’équivalent de 70% de la superficie totale de la ville d’Antananarivo. On voit de suite les bouleversements irréversibles que cela ne manquera de provoquer pour cette zone. En effet, cette région de Soamahamanina constitue à elle seule un véritable concentré de trésors écologiques et historiques, sans parler des désastres sur le plan humain, socio-économique et politique.

Sur le plan historique, cette région se trouve au cœur du Royaume d’Imamo fondé par Rapeto vers le XIe siècle (probablement avant). La dynastie des Andriambahoaka a fait de l’Imamo le centre de Madagascar (Andriambahoakampovoantany).Tout ce que l’on sait de l’histoire de l’Imamo montre sa richesse et surtout son statut de vivier pour la connaissance de l’histoire de nos ançêtres tels les vazimba, le travail de la soie, de tout ce qui est métal. Le nom même de « Vatolaivy » l’atteste. Lors de fouilles archéologiques que j’ai effectuées dans la région d’Arivonimamo dans les années 80, des datations au carbone 14 ont donné la date du XIV -XV ème siècle. On y a découvert des poteries (ex : une cuillère en terre cuite), des ossements de bœuf et de porc (alors qu’actuellement le porc y est tabou) consommés par les habitants, du matériel en fer (datant d’avant Andriamanelo). La recherche archéologique est vitale pour la connaissance de l’histoire de Madagascar, pays de l’oral où le peu de documents écrits existants ont été écrits par les étrangers. Or les vestiges archéologiques se trouvent en grande partie enfouis dans notre sol. Une exploitation aurifère de grande envergure détruira à jamais ce patrimoine.

Sur le plan écologique, on sait que cette petite zone constitue l’une des deux seules régions de l’île, voire même du monde, où l’on trouve encore une forêt de tapia (arbre destiné à l’élevage du ver à soie). Or, le tapia ne se renouvelle que très lentement et pousse difficilement ailleurs, comme le rappelle un célèbre dicton. Etant donné également la relative pauvreté hydrographique de la région, on devine sans peine les conséquences d’une telle exploitation minière intensive, toujours très gourmande en eaux, sur les ressources agricoles, et donc la survie même des populations locales.

Sur le plan économique, les hypothétiques royalties et les quelques emplois locaux crées dans la foulée par cette exploitation massive seront toujours dérisoires par rapport aux ponctions gigantesques des trésors de l’île pour le seul profit de l’étranger. Et cela est d’autant plus inacceptable qu’avec les incertitudes monétaires actuelles, la possession de réserves d’or conséquentes constitue pour l’économie de notre pays une nécessité vitale.

À tout ceci on doit encore ajouter les inévitables implications politiques de cette sordide affaire, tant sur le plan national qu’international. Faut il rappeler que l’autorisation de cette exploitation aurifère gigantesque fut accordée de manière hâtive et dans la plus grande opacité ?

Cette affaire d’une gravité extrême nous oblige ensuite à nous interroger sur la nature du pouvoir central et les prérogatives délaissées à l’exécutif à Madagascar. Quel que soit en effet les arguties juridiques ou administratives que l’on pourrait invoquer, aucune autorité élue ou non ne peut s’arroger le droit de laisser se faire saccager de cette manière inique les patrimoines du pays, au détriment de la population et des générations à venir.

Car il ne fait aucun doute que cette destruction massive et irréversible de la région centrale de Madagascar ne manquera d’affecter l’ensemble des hautes terres, et par la suite, bien au-delà. Le cœur géographique de Madagascar, que l’on sait maintenant bien pourvu en richesse minière deviendra propriété étrangère pour de nombreuses décennies renouvelables. Après un tel précédent, n’importe quelle autre région de l’île, à commencer par les plus riches et les plus prometteuses en ressources naturelles ou agricoles pourront également passer entre les mains de l’étranger, mieux équipés pour se les approprier.

Sur le plan international également, le fait que la prédatrice soit ici une grande entreprise chinoise, avec ce que cela comporte de participation gouvernementale, est loin d’être anodin. La perspective d’une nouvelle colonisation de notre pays se profile aussitôt devant nos yeux. La Chine n’a jamais fait mystère de ses insatiables ambitions d’expansion territoriale. Il suffit de rappeler qu’elle entretient des litiges frontaliers avec la totalité de ses voisins : la Russie, l’Inde, le Japon, et même la Malaisie, l’Indonésie et les Philippines. Malgré ainsi sa condamnation par la Cour Permanente d’Arbitrage de la Haye le 12 juillet dernier au profit des Philippines, elle refuse d’obtempérer, au point de menacer de recourir plutôt à la guerre, y compris contre les États-Unis d’Amérique. C’est dire si elle est prête à tout pour assouvir ses ambitions territoriales. Voilà le genre de puissance étrangère que le gouvernement malgache vient de laisser s’implanter au cœur même de Madagascar.

Nous assistons actuellement à un début de recolonisation massive de notre patrie par des meutes entières de prédateurs étrangers dont la seule préoccupation est de piller l’ensemble de nos richesses, le plus rapidement possible, sans tenir compte des conséquences pour les habitants, avec des moyens financiers et technologiques inconnus auparavant. Des prédateurs pour lesquels les populations locales représentent, au mieux de la petite main d’œuvre exploitable à merci, et au pire, des occupants gênants qu’il importe de neutraliser ou même d’éliminer sans ménagement.

Les autochtones de Madagascar sont donc véritablement menacés de dépossession massive. Désormais, nous risquons de subir le même sort que les autochtones des Amériques, les Polynésiens d’Hawaï ou les aborigènes d’Australie.

Face au danger mortel qui plane sur notre patrie, les élucubrations au sujet d’hypothétiques retombées économiques que ces implantations étrangères pourraient apporter relèvent d’une sinistre plaisanterie ou de la naïveté. Aucune prétendue « aide financière » ou technologique, aucun dédommagement ou « aménagement » de circonstance au profit des populations lésées ne pourrait contrebalancer nos pertes ou atténuer la destruction irrémédiable de nos patrimoines et au pillage direct de nos richesses. Ce qui rappelle aussi que les sommes distribuées par les prédateurs étrangers à certains responsables corrompus ou inconscients constituent des miettes ridicules sans commune mesure avec ce qu’on leur fait perdre, à eux et à tout le pays. Ceux qui ont permis cette catastrophe ont échangé des trésors inestimables comme la survie de leurs enfants contre des bouts d’os à ronger.

Il est donc de notre devoir de résister par tous les moyens à cette destruction de Soamahamanina qui prélude à la mainmise sur l’ensemble de nos richesses et à la colonisation de tout Madagascar. Une colonisation dont nous nous relèverons difficilement étant donné les circonstances. Devant nous se profile la menace, non pas seulement de la servitude et de la misère perpétuelle mais aussi de la destruction pure et simple de notre pays, de tous nos héritages culturels et identitaires.

Masina ny tanindrazana…

Rtoa RABEJAONA Nosy
Jolay 2016
Zanakandriamasoandro, taranak’Andriambahoakampivoantany
Tompontanindrazana ao Soamahamanina
rabejanosy@gmail.comZana

NB : miala tsiny, miala fondro mampiasa teny vahiny fa natao izany ho mafonja fiantefa ny tolokevitra.

Tribune Madagascar.

Soamahamanina couverture

-!

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