Joseph Ravoahangy Andrianavalona, par Robert Andriantsoa. VVS, MDRM… « Un grand nationaliste »

Joseph Ravoahangy Andrianavalona

Né le 28 octobre 1893 à Fianarantsoa (Madagascar)
Décédé le 21 août 1970 à Befelatanana (Madagascar)

Député de Madagascar de 1945 à 1951.

Joseph Ravoahangy-Andrianavalona est, avec Jean Ralaimongo, la figure dominante du mouvement national malgache au XXème siècle. Il en aura été un acteur majeur de ses origines avant 1914, jusqu’à l’indépendance en 1960, sur le terrain provincial comme à Tananarive et à Paris. C’est dans ce cadre qu’il faut replacer ses mandats parlementaires aux deux Assemblées constituantes de 1945-1946 et à la première Chambre de la IVème République, de 1946 à 1951. Ce dernier mandat a été interrompu par son arrestation en avril 1947 mais Joseph Ravoahangy, n’en ayant pas été déchu, a donc été député de Madagascar de 1946 à 1951.

L’homme qui exerça un charisme sans pareil sur les Malgaches en 1945-1947 n’est pas facile à cerner. Dissimulait-il un tempérament de nationaliste intransigeant, xénophobe, révolutionnaire même, comme on l’en a accusé, ou était-il un modéré, légaliste, attaché au dialogue avec la France, foncièrement conservateur sur le plan social, assez proche finalement d’un Bourguiba dont les circonstances ont empêché qu’il connaisse le même destin ? La seconde vision nous paraît de beaucoup la plus juste.

Ses origines éclairent le personnage. Né à Fianarantsoa en pays betsileo en 1893, il appartient à l’aristocratie Andriana de l’Imerina, plus exactement aux Andriamasinavalona, le plus élevé des groupes non-royaux. Il en tirera toujours une grande fierté, suscitant même les railleries de ses compagnons de lutte, et le refus de la démagogie. Ce groupe mobile fournissait nombre de tompomenakely, féodaux au service du souverain dans les provinces, qui ne dédaignaient pas les activités économiques, telles que le commerce et la prospection minière dans le cas de son père.

Protestant luthérien le jeune Ravoahangy fréquente l’école de la MPF (Mission protestante française) puis l’école régionale publique de Fianarantsoa, pour entrer ensuite, à Tananarive, à l’école Le Myre de Vilers, école de fonctionnaires malgaches créée par Gallieni, et enfin en 1912 à l’école de médecine. C’est là que, enthousiasmé par les thèses du pasteur Ravelojaona proposant le modèle japonais à la jeunesse malgache, il fonde en 1913 avec quelques disciples la « VVS » (Vy, Vato, Sakelika, « fer », « pierre », « ramification »), association travaillant à un risorgimento, un réveil culturel et national malgache. Mais le pouvoir colonial, fin 1915, y vit une société secrète complotant l’extermination des Européens. En février 1916, Joseph Ravoahangy est l’un des sept condamnés aux travaux forcés à perpétuité. C’était en fait une condamnation pour délit d’opinion, qui se solda par une grâce en 1922, avec réintégration à l’école de médecine en 1923. Mais une répression injustifiée eut pour effet d’ériger la « VVS » plus tard en acte fondateur du nationalisme malgache, et servit l’aura de Joseph Ravoahangy dans l’opinion.

De 1923 à 1936, il va se faire le lieutenant de Jean Ralaimongo, l’ancien combattant et instituteur betsileo qui avait milité en France pour l’amnistie des « VVS ». Après trois ans comme médecin de l’A.M.I. (Assistance médicale indigène) à Tuléar, Joseph Ravoahangy, empêché de s’établir comme médecin libre à Diego Suarez, s’y rend néanmoins en octobre 1927, à temps pour remplacer Jean Ralaimongo, jeté en prison, à L’Opinion de Diego Suarez, journal qui fait campagne pour l’accession en masse des Malgaches à la citoyenneté française, et qui s’en prend aux erreurs et abus coloniaux. Joseph Ravoahangy est ainsi amené à critiquer le redoutable décret foncier de 1926, ou la construction du chemin de fer FCE (Fianaramtsoa-Côte est) dont il démontre le coût excessif et l’inutilité, il dénonce enfin le travail forcé des jeunes conscrits du SMOTIG (Service de la main-d’œuvre des travaux d’intérêt général), qui vaut à la France une condamnation à la conférence du travail de Genève en 1930. Avec Jean Ralaimongo et un colon créole qui les avait rejoints en 1928, Dussac, Joseph Ravoahangy rédige en 1929 une pétition résumant les aspirations malgaches, que Dussac va présenter au Gouverneur général à Tananarive : telle est l’origine de la fameuse manifestation du 19 mai 1929, qui revendique la naturalisation en masse officiellement, mais qui dès cette époque était perçue, par un Joseph Ravoahangy, comme une étape vers l’indépendance.

Pour les procès qui suivent, le PCF envoie à Madagascar un avocat, Maître Foissin, qui fait une tournée dans l’île avec Joseph Ravoahangy et y implante le SRI (Secours rouge international), les partis politiques étant toujours interdits aux Malgaches. Et comme à l’époque, dans son Mémoire sur l’action économique à faire dans la lutte contre l’impérialisme (mai 1930), Joseph Ravoahangy s’exprime dans une phraséologie toute marxiste-léniniste, on comprend que le pouvoir l’ait étiqueté comme communiste, ce qu’il ne devait jamais être.

En mai 1930, le nouveau gouverneur général Cayla lui inflige cinq ans de résidence forcée à Maintirano, sur la côte ouest. Le déporté, qui s’était inscrit à la SFIO en 1929, est alors défendu par un jeune député socialiste, Marius Moutet, qu’il retrouvera comme ministre de la FOM en 1946-1947. En 1935, il rentre à Tananarive pour participer à la création d’un nouveau journal, La Nation malgache, et il sera rédacteur en chef de son successeur en 1936, Le Prolétariat malgache, organe du nouveau PCRM (parti communiste de la région de Madagascar), autorisé enfin grâce au Front populaire. Joseph Ravoahangy prend aussi une part active à la création des premiers syndicats malgaches, affiliés à la CGT, et soumis à des conditions de restriction dont il parvient à obtenir la levée en 1938. Mais son alliance circonstancielle avec les communistes ne durera guère. En juillet 1937, il patronne l’association L’Avenir (ny ho avy), d’inspiration nationaliste anti-communiste. En fait l’aristocrate fier de ses ancêtres et de ses capacités, attaché à la religion et à la conservation d’un ordre social ancien qu’il croyait modernisable sans bouleversement, ne pouvait que rejeter le marxisme et toute tutelle extérieure quelle qu’elle fût.

De 1938 à 1943, le militantisme de Joseph Ravoahangy est en sommeil. Il épouse alors la fille d’un pasteur, Flora Rabesandratana, l’une des premières bachelières malgaches, qui lui donnera quatre enfants. Il revient à la médecine, et n’essaie pas de mettre à profit l’affaiblissement de la France en 1940-1942. Cette attitude est motivée moins par la crainte de la répression vichyste que par un attachement à l’action légale : car on ne trouve aucune trace d’adhésion de Joseph Ravoahangy aux sociétés secrètes (Panama, Jiny-Jina) créées à partir de 1942, et qui seront le détonateur de 1947.

Mais à la mort de Jean Ralaimongo en 1943, il est le seul candidat potentiel à sa succession à la tête du mouvement national. Seul, il connaît aussi bien la bourgeoisie nationaliste de Tananarive que les réseaux multi-ethniques de province issus de l’ex-PCRM qui a implosé et disparu en 1939. Il peut alors s’affirmer comme l’homme fort du moment tant à la faveur des erreurs du pouvoir que de l’espace de liberté qui s’ouvre avec la conférence de Brazzaville de février 1944. Le retour des gaullistes à Madagascar s’accompagne de graves abus en matière de réquisition et de marché noir, avec un désastreux Office du riz qui crée un mécontentement profond dans la paysannerie. Joseph Ravoahangy relance alors l’action syndicale en présidant un syndicat des agriculteurs et des planteurs, au prix d’ailleurs d’un sérieux conflit avec la CGT communiste et son représentant P. Boiteau. Il participe, avec les principales figures du nationalisme, à un « Comité de salut public » (référence claire au modèle français !) qui se fait le porte-parole des doléances de la population. Il s’impose enfin, en 1945, en jouant sur deux registres.

D’une part, il s’est acquis l’estime et l’appui de hauts responsables coloniaux, contre le pasteur Ravelojaona vu comme le représentant du nationalisme « vieux hova » anti-français. D’autre part, il mobilise les militants d’avant-guerre et de l’ex-PCRM dans des  » comités Ravoahangy  » qui donneront une dimension nationale à sa candidature comme député à la première Constituante de 1945-1946. Le 18 novembre 1945, il est élu au second tour contre Ravelojaona, par 15 878 voix contre 6 833, dans la première circonscription (centre et est de l’île). Le second siège (ouest de l’île) échoit à Raseta, qu’il a en fait désigné. L’année suivante, aux élections de la seconde Constituante, le 2 juin 1946, il est plébiscité par plus de 90 % des électeurs : entre temps, il est devenu l’idole des foules grâce à son action en France, et à la résonance qu’elle rencontre à Madagascar.
Le premier combat, essentiel à ses yeux, est celui qu’il mène au Parlement à Paris.

Le 21 mars 1946, s’inspirant de la Charte de San Francisco et de l’exemple d’Ho Chi Min il dépose une proposition de loi faisant de Madagascar « un Etat libre, ayant son gouvernement, son parlement et son armée, au sein de l’Union française ». Mais il se heurte à l’attitude dilatoire des partis, le PCF compris. Le MRP objecte que Raseta et lui ne représentent que les « Hova ». Les socialistes, eux, demandent l’accord des futures assemblées provinciales, un projet dont Joseph Ravoahangy ne veut à aucun prix, y voyant une volonté de diviser les Malgaches. Il n’obtiendra pas plus de résultats auprès de la seconde Constituante quand il essaie de reprendre le problème en juillet 1946. Il espère que Madagascar pourra choisir par référendum le statut d’Etat associé dans l’Union française. Mais finalement, l’île reste un territoire d’Outre-mer dans la République une et indivisible, et le Gouvernement impose par décret ses cinq assemblées provinciales coiffées par une assemblée représentative à Tananarive. Joseph Ravoahangy estime pourtant son bilan parlementaire de 1946 positif : il a collaboré de près avec Houphouët-Boigny à la loi du 11 avril 1946 abolissant le travail forcé. Et l’accès des Malgaches à la citoyenneté a progressé grâce à l’abolition de l’indigénat, à l’unification de la justice et à la loi Lamine-Gueye du 25 avril 1946. Tous ces progrès, il va pouvoir s’en prévaloir auprès des Malgaches, car il dispose désormais de puissants relais politiques.

Le premier est un nouveau parti politique, le MDRM (Mouvement démocratique de la rénovation malgache) créé à Paris (car la loi de 1901 n’est pas encore promulguée à Madagascar) en février 1946. Même si l’initiative en revient surtout à des Malgaches fixés en France comme J. Rabemananjara, Joseph Ravoahangy en est le chef incontesté. Autre relais, les tirailleurs toujours en attente de rapatriement en 1946. Dès janvier 1946, il leur rend visite dans leurs camps du midi, et en juillet 1946 obtient le retour de plus de 6 000 d’entre eux sur l’Île-de-France. Leur rancœur contre une France jugée ingrate bien plus que le discours qu’il leur adresse à Cherbourg, le 13 juillet 1946, devait faire d’eux les agents dévoués du MDRM, et les cadres actifs de l’insurrection de 1947.

Un premier retour à Tananarive, le 5 mai 1946, avait déjà été un triomphe pour Joseph Ravoahangy, accueilli par la foule à l’aéroport. Une presse nationaliste bourgeonnante ne cesse de marteler que tous les acquis récents sont dus aux députés, et à Joseph Ravoahangy d’abord, qui va se trouver dépassé par les événements. La fin du travail forcé entraîne une crise de main-d’œuvre qui paralyse ports et plantations. Le Haut commissaire de Coppet juge bon de faire appel au député, en lui prêtant son avion personnel pour une tournée de l’île en août 1946. Partout Joseph Ravoahangy prononce des discours modérés, appelant au travail, qu’il présente comme la condition de l’indépendance future. Mais les populations, travaillées par un MDRM en plein essor, voient dans cette tournée la preuve qu’une passation des pouvoirs est en cours. Sur la côte est, des Betsimisaraka baisent la main du député et clament  » voici notre sauveur « . Le 10 novembre 1946, sa réélection à l’Assemblée nationale (par 44 701 voix contre 5 718 à son suivant immédiat) n’est qu’une formalité.

En fait, Joseph Ravoahangy va se trouver pris en tenailles entre une aile extrémiste du MDRM noyautée par les sociétés secrètes, et une administration coloniale désormais décidée à combattre les « séparatistes » par tous les moyens. Les premiers lui reprochent (mais non ouvertement) sa « trahison » depuis sa conférence du Lutétia, le 17 septembre 1946 à Paris, où il avait réaffirmé son objectif, négocier une indépendance dans l’Union française. Les extrémistes veulent l’indépendance totale, arrachée au besoin par la force. On sait à présent que les « miaramila Ravoahangy », la milice organisée dans la zone forestière fin 1946, étaient une création de ses adversaires dans le MDRM, désireux d’utiliser son nom et de le compromettre. L’administration coloniale, elle, accuse Joseph Ravoahangy de duplicité, et est persuadée qu’il est aux ordres du PCF.

Quand l’insurrection éclate, le 29 mars 1947, Joseph Ravoahangy la désavoue immédiatement et propose sa collaboration au pouvoir, mais il se fait éconduire. Pourtant de Coppet, disposant de renseignements précis, doutait fort de l’implication de Joseph Ravoahangy dans le mouvement. Mais le 12 avril 1947, le secrétaire général adjoint du MDRM, Martin Rakotovao, soumis à des sévices policiers, met en cause le député, qui est immédiatement arrêté en dépit de son immunité parlementaire. Après enquête d’une commission présidée par Maurice Viollette, et dont le rapporteur est le futur président René Coty, cette immunité est levée par un vote du Parlement le 1er août 1947.

A la suite du procès dit « des parlementaires » tenus à Tananarive de juillet à septembre 1948, Joseph Ravoahangy est condamné à mort le 4 octobre 1948. Son pourvoi en cassation est rejeté le 7 juillet 1949, mais dès le 15, le président Auriol commue la peine en détention à perpétuité dans une enceinte fortifiée.
Joseph Ravoahangy était-il coupable ? En fait, le pouvoir doutait bien de la valeur des preuves policières, mais il imputait au député la responsabilité du climat pré-insurrectionnel qui s’était instauré à Madagascar avant le 29 mars 1947. Au surplus, une condamnation politique exemplaire réaffirmait aux yeux des populations malgaches la volonté de la France de maintenir sa souveraineté sur Madagascar. Tout comme jadis la reine Ranavalona III en 1896-1897, Joseph Ravoahangy a payé l’utilisation que les insurgés ont faite de son nom. Après l’indépendance en 1960, il devait continuer à nier toute participation à ce que les nationalistes malgaches considéraient comme la page la plus glorieuse de leur lutte de libération. En 1967, lors de la première commémoration officielle de l’insurrection, il appela ses compatriotes à oublier le « cauchemar » de 1947. De fait, ce drame avait ruiné ses chances de devenir le premier président d’une république indépendante de Madagascar.

Pour autant, son rôle n’est pas terminé après 1948. Emprisonné aux Comores, puis en septembre 1950 à Calvi en Corse, il est libéré le 29 mars 1956, mais astreint à résidence fixe à Toulouse, où il travaille comme médecin dans un hôpital. Il exerce une véritable magistrature morale sur le nationalisme malgache, qui fait de son amnistie et de son retour son premier objectif. Nombre d’observateurs croient, en 1958-1959, que ce retour donnera le pouvoir aux durs de l’AKFM, le parti qui se veut l’héritier du MDRM, au détriment de Tsiranana et de son PSD (Parti Social Démocrate) francophile. En réalité, l’influence de Joseph Ravoahangy s’exerce toute entière dans le sens de la modération. Il reste très méfiant vis-à-vis de l’AKFM soviétophile, il pousse les anciens chefs locaux du MDRM à rallier Tsiranana, et se déclare lui-même en faveur de l’entrée de Madagascar dans la communauté en décembre 1958. Tsiranana, de son côté, accroît son crédit dans l’opinion malgache en ramenant les exilés à Madagascar en juillet 1960. En échange, Joseph Ravoahangy va lui rendre un immense service en lui apportant la caution mérina et protestante qui lui faisait défaut.

Aux législatives de septembre 1960, la liste indépendante, mais pro-Tsiranana, de Joseph Ravoahangy obtient deux des cinq sièges de Tananarive, face à l’AKFM. Dans le premier gouvernement malgache indépendant, Joseph Ravoahangy est ministre de la santé. Il sera ensuite, après 1965, ministre d’Etat délégué à la présidence de la République. Mais, si son prestige personnel reste intact, l’échec de sa liste aux élections municipales de Tananarive en 1969 montre qu’il est atteint par l’usure du régime et que son influence décline inexorablement. A sa mort, le 21 août 1970, il reçoit des funérailles nationales et laisse à l’historien l’image d’un destin inachevé.

recueillis par Robert ANDRIANTSOA. Toliara tsy miroro

Madagascar, François Hollande 1947.Il reconnait les crimes, mais pas de « repentance ».

Francophonie: Hollande reconnaît les crimes commis par la France en 1947

1947 Moramanga

Publié le 27-11-2016

Madagascar a accueilli, cette année, le sommet de la Francophonie ; la participation de François Hollande marque aussi la première visite du président français dans la Grande Île. Outre son discours à la tribune, samedi 26 novembre, le chef de l’Etat français a aussi reconnu les crimes commis par la France coloniale en 1947. Il s’agit bien là d’une reconnaissance de ces crimes mais pas des excuses officielles de la France.

Moment de recueillement au lac d’Anosy au cœur d’Antananarivo où se trouve le monument aux morts des tirailleurs malgaches. C’est la première fois qu’un président français vient s’y recueillir. Dépôt de gerbes, les hymnes – la Marseillaise puis l’hymne de Madagascar – sont joués.

François Hollande a rappelé l’histoire des combattants malgaches, morts pour la France, lors de la Première Guerre mondiale puis la Seconde, mais ce n’est pas tout. En 1947, le Mouvement pour l’indépendance de Madagascar fut brutalement réprimé par la France : « C’est bien parce qu’il y avait eu cet engagement des Malgaches pour la France mais aussi pour la liberté, que beaucoup, après la Seconde guerre mondiale, ont commencé à songer à l’indépendance, à cette aspiration qui montait du peuple. Ce mouvement a soulevé l’île tout entière en 1947 et elle fut brutalement réprimée par la France », a donc déclaré François Hollande avant de rendre hommage aux victimes du massacre de 1947.

« Je rends hommage à toutes les victimes de ces événements, aux milliers de morts et à tous les militants de l’indépendance qui ont alors été arrêtés et condamnés pour leurs idées » a-t-il poursuivi.

Reconnaissance oui, repentance non

Le président français reconnaît les crimes de la France coloniale à Madagascar mais il ne reconnaît que des milliers de morts là où beaucoup d’historiens parlent de plusieurs dizaines de milliers de morts. Par ailleurs, François Hollande ne demande pas pardon au nom de la France.

Depuis son arrivée au pouvoir, il y a près de cinq ans, le chef de l’Etat français a rendu hommage aux victimes de plusieurs crimes coloniaux. Ce fut le cas pour le massacre de Thiaroye en 1944 au Sénégal. Il l’a également fait pour la terrible répression des UPCistes avant et après l’indépendance du Cameroun. Aujourd’hui, ce sont les tueries à Madagascar en 1947, sans parler aussi de la chasse à l’homme contre les indépendantistes algériens le 17 octobre 1961 à Paris.

François Hollande a rendu hommage aux victimes de tous ces crimes coloniaux mais jamais le chef de l’Etat français n’est allé jusqu’à présenter des excuses au nom de son pays. Reconnaissance oui, repentance non.

RFI.

François Hollande Niaiky ny heloky ny Frantsay tamin’ny 1947

28/11/2016

Nandritra ny fanaterany fehezam-boninkazo teny amin’ny anjely mainty eo afovoan’ny farihin’Anosy ho fahatsiarovana ireo Malagasy maty niady ho an’i Frantsa no naneken’ny filoha Frantsay François Hollande fa tena namono sy nandripaka ny Malagasy ny Frantsay tamin’ny 1947.

Rehefa nitsoka ny rivotry ny fitakiana fahaleovantena taorian’ny ady lehibe faharoa sy taorian’ny nandraisan’ny Malagasy anjara tamin’ny ady tany ivelany teo anilan’i Frantsa dia nihetsika ny nosy iray manontolo ka nitolona ho amin’ny fahaleovantena, hoy i François Hollande. Henjana ny nanakanan’i Frantsa izany. Miondrika manoloana ireo olona an’arivony maty  sy nenjehina ary nosamborina noho ny foto-kevitra nijoroan’izy ireo aho, hoy hatrany ny filoha Frantsay.

Tsy niala tsiny kosa anefa izy na dia niaiky io famonoan’olona nataon’ny Frantsay teto Madagasikara io aza.

RTT. TiaTanindrazana.

MDRM a

Ravoahangy, Raseta, Rabearivelo.

Un 29 mars, à Madagascar

mardi 31 mars 2009.

62 années plus tard, on ne connaît toujours pas exactement le nombre de victimes de l’insurrection anticolonialiste de mars 1947, dans la Grande Île. Si on se réfère seulement à l’impressionnante surface des tombes fraternelles de Moramanga, dans l’Est du pays, on a une idée assez claire de ce que fut la répression. Comme pour le 8 mai 1945 à Sétif, cet épisode de notre histoire commune a été couvert d’une chape de silence lourde de sous-entendus, lourde de malentendus, surtout.

Pendant la seconde guerre mondiale, Madagascar, se range aux ordres de Vichy. Pour, en 42, passer à ceux des Anglais, lesquels vont rendre l’île à de Gaulle. Mais les élites rêvent d’une autre liberté, d’une reconnaissance totale de leur citoyenneté française, plutôt que d’un statut d’indigènes propre à susciter des aspirations d’indépendance, chez les jeunes gens aussi, bien sûr. De cet esprit de liberté va naître le Mouvement Démocratique de la Rénovation Malgache. Joseph Raseta et Joseph Ravoahangy, députés à l’Assemblée constituante depuis 1945, mènent une contestation qui va rapidement se muer en bain de sang. Un peu partout dans le pays, mais surtout sur la côte Est, va s’élever la dissidence, presque une jacquerie. Le MDRM appelle à la modération, mais les rancœurs sont exacerbées et l’injustice criante va, comme partout, produire de la violence, et encore de la violence en retour.

Les forces coloniales se surpassent. Le chiffre des victimes fait encore débat. Mais après tout qu’importe ? 40 000 ? 80 000 ? 100 000 ? Cela change quoi au symbole, à la blessure ? Combien de « malagasy » mourront de faim dans la forêt où ils se sont enfuis ? Combien n’oublieront jamais les tortures et les exécutions sommaires ? Combien de villageois terrorisés par les représailles ? Un exemple, que vous n’oublierez pas, si vous aussi vous passez un jour par Moramanga. Moramanga qui n’a rien effacé… Rien effacé de ces centaines de militants enfermés dans des wagons bouclés et fusillés, comme ça, pour l’exemple. Quel exemple ! Le vazaha -l’européen- en voyage par ces contrées en garde un goût amer, un goût de culpabilité, un goût de responsabilité mal assumée, un goût de Français pas bien fier de sa patrie des Lumières. Les députés ? On les accusera d’avoir ourdi la rébellion, d’avoir comploté contre la République, d’avoir armé les révoltés. Ils seront condamnés à mort, puis graciés, puis exilés. Les premiers symptômes d’une indépendance, en somme. Qui mettra encore plus de dix ans à exister réellement. Mais dans les mémoires, les wagons de Moramanga pèseront lourd, encore bien longtemps.

Tôt ou tard, quand on parle de liberté des peuples, on rencontre Camus. Dès mai 47, dans Combat, il écrivait que nous faisions à Madagascar « ce que nous avions reproché aux Allemands » et il ajoutait « si aujourd’hui, des Français apprennent sans révolte les méthodes que d’autres Français utilisent envers des Malgaches ou des Algériens, c’est qu’ils vivent de manière inconsciente, sur la certitude que nous sommes supérieurs en quelque manière à ces peuples et que le choix des moyens propres à illustrer cette supériorité importe peu. »

brigitte blang pg57. lien vers l’article

Lire:

Madagascar, 1947. Répression sanglante et violente

29 Mars 1947. Madagasikara sy ny Geja. Une lutte sans fin.

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A propos Mouvement des Citoyens Malagasy de Paris

Pour une prise de conscience citoyenne des Malagasy
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