Marins malgaches pris en otages à l’île Maurice. Béatrice Attalah et l’ambassade … pas au courant ! Lamentable.

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Six marins malgaches bloqués à Maurice depuis 2013

Inhumaines : c’est ainsi que l’on pourrait qualifier les conditions de six marins malgaches qui sont bloqués à Maurice depuis 2013. Ils logent sur leur bateau, Glory 2, en rade, sans eau ni électricité. Pour vivre, ces marins, âgés entre 30 et 50 ans, perçoivent une allocation de Rs 200 par jour … qu’ils doivent se partager.

Pains et sardines. C’est le repas le moins cher que peuvent s’offrir Fredo Guido (49 ans), Tsar Amila (31 ans), Razakasoa Junot Letovona (46 ans), Serge Leonard Razafindramora (26 ans), Nestor Jacques (40 ans) et Rolland Zafisolo (42 ans). Ils n’ont pas d’autres choix, car avec Rs 200 par jour pour six personnes, ils ne peuvent trouver mieux. Ils vivent avec le strict minimum depuis mai 2015. C’était le début de leur long calvaire.

Cette hallucinante histoire prend naissance en mai 2013, année où 17 Malgaches, originaires de Tamatave, prennent de l’emploi à la Hung Company Sarl, comme on peut le lire sur leur contrat. Ils montent à bord de Glory 2, comme graisseur, matelots, mécaniciens ou soudeurs. En fait à ce moment-là, la compagnie possédait deux bateaux de pêche, notamment Glory 1 et Glory 2. Durant les deux premières années tout allait bien pour les Malgaches qui participaient régulièrement dans des campagnes de pêche sur les bancs.

Rupture de paiement

contrat

Les choses se corsent en mai  2015, année où la compagnie allait jouer aux abonnés absents quand il fallait passer à la caisse. « Les 17 marins étaient affectés sur Glory 2, qui battait pavillon comorien. Ce navire entra en rade pour des réparations en mai 2015 et depuis n’en est plus ressorti. Tous ces marins ont été ainsi bloqués à Maurice. Depuis, 11 d’entre eux ont été réaffectés sur d’autres navires de pêche, mais six  Malgaches sont toujours à Maurice attendant le remboursement de leur salaire », affirme Lindsay Méyépa, directeur de l’Apostolat de la Mer, qui s’occupe tant bien que mal à leur apporter un peu de réconfort.

Comment vivent-ils et ils font quoi de leurs journées ? C’est à partir de là qu’on a compris le cauchemar de ces hommes venus à Maurice, croyant à l’Eldorado. Depuis près de 15 mois, ils sont contraints de se rendre dans le centre de Port-Louis, soit à la rue Joseph Rivière, où se trouve les bureaux de la Pioneer Fishing Co Ltd. Ils y vont tous les jours pour recevoir les précieuses Rs 200 qui leur permettent de survivre un jour de plus. Sinon, le petit groupe ne fait rien, à part flâner dans les rues de la capitale, cherchant à être connecté à un spot Wifi gratis afin de pouvoir communiquer avec leurs proches dans la Grande île.

Mme Wong : « Ils vont être réglés dans une semaine »

Dans le cadre de cette enquête, nous nous sommes rendus à la rue Joseph Rivière, au siège la compagnie Pioneer Fishing Co Ltd, et d’où avons rencontré la directrice, Hung Fung Ing, connue comme Mme Wong. « Une compagnie taiwanaise nous doit près de Rs 16 millions. J’attends ce paiement afin de pouvoir payer ces travailleurs », affirme-t-elle (voir vidéo).

Pressée de questions, elle avoue toutefois que « j’ai vendu le bateau à une compagnie maritime Taiwanaise pour la somme de Rs 16 millions. Le virement a été effectué hier (ndlr : mercredi) et je pense que d’ici 48 heures, l’argent sera sur le compte de la compagnie. D’ici la semaine prochaine, je pense pouvoir les payer leurs dûs de ces trois dernières années. »

Mme Wong insiste toutefois sur le fait qu’elle veille personnellement que les six Malgaches ont de quoi se nourrir.

Tout est bien qui finit bien est-on tenté de dire après avoir entendu la directrice de la compagnie. Mais ce n’est pas la première fois que les Malgaches se sont vus confrontés à de telles promesses. En effet, nous avons pu récupérer des documents, soit une lettre échangée entre le consulat malgache et la compagnie Pioneer Fishing CoLtd, faisant état d’un règlement dans les deux mois qui suivent. La lettre est datée du… 8 juin 2016. On peut y lire : « Je réserve le droit de plaider que ma compagnie est dans les niveaux financiers les plus sombres de son histoire. J’ai approché une banque locale qui m’a demandé plusieurs garanties et soixante jours de travail au plus tard pour le décaissement qui servira à payer ces marins, qui seront rapatriés aux frais de la société ». Près d’une année plus tard, les choses en sont toujours au point de départ. De plus, plusieurs promesses similaires ont été faites dans le passé, selon les marins malgaches.

Floue dans les contrats

Des floues subsistent toutefois sur les conditions sous lesquelles les marins malgaches ont été recrutés. En effet, en parcourant leur contrat, on se rend compte, selon le document en notre possession que les marins ont des engagements avec la Hung Company Sarl et non pas avec Pioneer Fishing  Co Ltd. Quels sont les liens existants entre ces deux compagnies, dont l’une, Pioneer Fishing Co Ltd, a pris des engagements auprès du consulat malgache ? A cette question, Hung Fung Ing dira que « je possède plusieurs compagnies à Maurice ». Toujours est-il que le même contrat, signé à Toamasina, à Madagascar, ne porte aucun sceau ni de nom. Si l’on se base sur ces documents, le contrat a été signé par deux personnes anonymes.

Nous apprenons que des officiers du ministère du Travail alerté par le cas des six marins malgaches ont effectué une descente des lieux la semaine dernière pour essayer de décanter la situation. Mais sans succès. Il faudra donc attendre la semaine prochaine pour connaitre le sort qui sera réservé à ces hommes qui doivent entretemps manger du pain noir. S’il leur cas est suivi de près par l’Apostolat de la Mer, il n’en demeure pas moins vrai qu’ils ne veulent qu’une chose : rentrer chez eux, à Madagascar et mettre un terme à trois années de galère.

Témoignages

Serge Leonard Razafindramora Il n’a que 26 ans. Serge Leonard Razafindramora opère comme graisseur sur le bateau de pêche Hung Company Sarl. Et ce depuis 2013. Depuis mai 2015, ce jeune homme n’a plus de contact avec sa grand-mère âgée de 50 ans, celle qui l’a élevé depuis tout petit. Depuis, ce jeune homme de Tamatave arpente les rues de la capitale pour se connecter gratuitement au Wifi pour pourvoir parler à ses proches via Facebook. Son souhait: c’est de regagner la Grande île. « Je ressens de la détresse. Je perçois Rs 5 000. Et via Western Union, j’expédie Rs 4 000 à ma grand-mère. Depuis le mois de mai, elle n’a pas d’argent. Je ne sais pas ce qu’elle mange ou ce qu’elle boit. J’ai envie de pleurer toutes les larmes de mon corps. Aidez-moi s’il vous plaît! », plaide le jeune homme.

Rolland Zafisolo

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Rolland Zafisolo est père de deux enfants. L’un est âgé de 18 ans et l’autre de 12 ans. Depuis mai 2015, ce soudeur n’a aucune nouvelle de sa famille. Tout ce qu’il sait ce que ses enfants ne vont plus à l’école et ce depuis deux ans. L’école etant payante à Madagascar. Quant à Ginette, l’épouse de Rolland, elle l’appelle constamment sur son portable: elle a reçu sa démission du propriétaire de la maison. « La maison que je loue coûte Rs 7000 avec l’eau et l’électricité. Depuis deux ans, on n’a payé le loyer. Je ne sais pas si ma famille y habite toujours. Donnez moi mon salaire pour que je puisse rentrer dans mon pays », implore ce père de famille avec peine.

Fredo Guido

Fredo Guido a six enfants. Ils sont âgés de 22 ans, 18 ans, 16 ans, 14 ans, 12 ans et 8 ans. Cinq de six ses enfants ont dû sécher leurs scolarités. Avec la complicité des proches, selon ce mécanicien, sa famille arrive tant bien que mal à sortir la tête hors de l’eau.

 

 

 

L’ambassade de Madagascar n’est pas au courant 

« L’ambassade s’en occupe », c’est la réponse que  Le Point a obtenu d’une responsable à l’ambassade de la République de Madagascar jeudi après-midi. Selon cette dernière, le consulat n’est pas au courant de ce problème. Or, Le Point est en présence d’une lettre expédiée par Pioneer Fishing Co Ltd. Lettre dans laquelle, la directrice, Hung Fung Ing, évoque une situation financière difficile de la société. Et qu’elle prend l’engagement de rapatrier les six marins malgaches au frais de la compagnie une fois que sa demande de prêt est approuvée.  La lettre est signée en date du 8 juin 2016.

De son côté, un homme de loi de la capitale parle de floue totale. Dans une déclaration accordée à Le Point, l’avocat dénonce le mutisme de l’ambassade face à ce problème. « Je ne comprends pas comment l’ambassade reste insensible à ce drame humain. Même si on envisage une action légale, il se peut que la société n’ait pas d’argent. Il faut aussi savoir en quoi consiste au juste ce business », explique l’homme de loi.

Textes: Hervé Runga/Emma Chelumbrum. Le Point

Maurice Ile

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