Hommage. Eugène Bullard (1895-1961).

Né le 9 octobre 1895 en Georgie aux USA, Eugène Bullard est le fils d’un ancien esclave martiniquais, et d’une amérindienne de la tribu des Creeks. Il reçoit une éducation sommaire et son père le bat souvent. Pourtant Bullard est persuadé qu’une autre voie existe. Victime du racisme en Amérique, son père lui dit  » En France, un homme y est jugé par son mérite, et non par la couleur de sa peau « .

Suite à ces paroles, il désire rejoindre la France mais n’ayant aucun moyen, il va vivre en errance pendant plus de deux ans, avec des gens du voyage qui lui apprendront à monter à cheval. Il parvient à devenir garçon d’écurie puis jokey.

En 1912, il réunit toute ses économies et part pour l’Ecosse en bateau, ou il devient un spectacle humain dans une foire, avant de se lancer dans des championnats de boxe.

En 1913, ses succès l’emmènent combattre à Paris, ou il voudra s’installer. Au déclenchement de la guerre, il se vieilli d’un an sur ses papiers, et s’engage aussitôt dans la légion étrangère. Il est affecté au 1er régiment étranger d’infanterie et envoyé au combat.

Transféré au 2ème régiment de marche, Il participe aux combats de la Somme, de Champagne et de Verdun avant d’être grièvement blessé à la cuisse le 5 mars 1916.

Envoyé en convalescence, il fait la fierté de ses officiers. Il est cité à l’ordre du régiment, et décoré de la croix de guerre. Déclaré inapte à l’infanterie, il part le 2 octobre 1916 pour effectuer une formation de pilote. Il devient l’un des premiers pilotes de chasse noirs de l’histoire. Il abat deux appareils ennemis.

Avec la volonté des USA d’entrer dans la guerre à partir d’août 1917, il tente de se faire enrôler dans le « Lafayette Flying Corps », mais ses succès entraînent la jalousie des autres pilotes américains, notamment à cause de sa couleur de peau. Pour ne pas qu’il s’engage, les américains vont prétexter une bagarre avec un adjudant français qui l’aurait insulté, pour le déclarer inapte médicalement au vol. Il réintègre le 170ème régiment d’infanterie français, en servant d’aide de camp à l’arrière jusqu’à l’armistice.

Après la grande guerre, il devient musicien de jazz dans les cabarets parisiens et est nommé responsable d’un bar à Pigalle, dont le succès fait qu’il le revend pour acheter un autre bar et ouvrir une salle de sport. En 1923, il se marie avec Marcelle Strautmann, fille d’un commerçant alsacien.

Ses relations dans le monde de la nuit vont l’amener à se construire un cercle d’amis aujourd’hui mondialement connus : Louis Armstrong, Joséphine Baker et Langston Hughes.

Les américains vivant à Paris ne supportent pas l’ouverture d’esprit des français par rapport aux soldats de couleur, et Bullard sera de nombreuses fois diffamé et attaqué physiquement et verbalement. Un énième scandale éclate, lorsque les américains décident d’inaugurer un monument pour les pilotes de la « Lafayette Flying Corps ». En effet, le nom de Bullard n’y apparaît pas. Devant le scandale, et Bullard qui est protégé par ses anciens officiers français, la plaque ne contiendra finalement que les noms de ceux morts au combat.

Parlant couramment allemand, il devient agent de contre espionnage pour la France dès 1939. Il se réengage dans l’armée, et part pour le front en 1940 avec le 51ème régiment d’infanterie d’Orléans. Blessé le 18 juin 1940 à la colonne vertébrale, il est évacué en secret et soigné en Espagne. En juillet 1940, il part pour les USA avec ses filles, devant encore subir la ségrégation du personnel médical qui ignore complètement son parcours. Il devient alors un ardent défenseur de la résistance, et fait l’éloge de ces français qui ont refusé de se soumettre.

Après la seconde guerre mondiale, il exerce divers petits métiers, mais sa blessure le limite fortement. Il perçoit une rente de blessé de guerre de l’Etat français, et achète un appartement dans le quartier de Harlem à New York. En 1949, il participe à une manifestation pacifiste pour les droits des afro américains et on peut l’apercevoir sur un film se faire battre par deux policiers sans aucune raison.

Se sentant rejeté partout ou il va, il vit seul dans son appartement, entouré des photos des stars qu’il a connu, et de ses décorations. En 1954, il est invité par la France pour ranimer la flamme sur la tombe du soldat inconnu. Charles de Gaulle en profitera pour, en 1959, lui décerner la légion d’honneur avec ces mots « un véritable héros français, et le plus français des américains ! ».

Bullard meurt dans l’anonymat et la solitude, d’un cancer de l’estomac le 12 octobre 1961. Il est enterré avec son uniforme de légionnaire, et ses officiers de la grande guerre font le déplacement pour lui rendre les honneurs au cimetière de Flushing.

Histoires de nos aïeux

Publicités

A propos Mouvement des Citoyens Malagasy de Paris

Pour une prise de conscience citoyenne des Malagasy
Galerie | Cet article, publié dans Non classé, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s